C'est entendu.
Affichage des articles dont le libellé est tw dl. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est tw dl. Afficher tous les articles

mardi 28 septembre 2010

"tw;dl" #4


par Emilien Villeroy
art par Jarvis Glasses

Ça y est. J'en ai déjà trop dit. C'est déjà trop tard. J'aurais mieux fait de me taire. De ne pas écrire. De ne même pas penser à écrire. De ne même pas penser à ne pas penser à écrire. Mais non. Tout est fichu. La moindre lettre était une condamnation. Une trahison. Une erreur. Le coup de trop. Trop tard. Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. Et mettre beaucoup trop de mots sur le silence. Ou plutôt le bruit total et continu. J'imagine que nous serons à mi-chemin entre l'extrême rien et l'extrême tout aujourd'hui, puisque nous allons écouter de l'Onkyo. Nous allons même écouter le disque de l'Onkyo. Terme générique pour justifier mon choix de néophyte qui veut passer pour un expert. Peu importe. Nous allons écouter un album collaboratif et improvisé. A moins que ce ne soit lui qui nous écoute ? Ou, pire!, qu'il nous fasse nous écouter ? Qu'il ne soit qu'un intermédiaire entre soi et soi ? Arrêtez-moi.

Sachiko M, Toshimaru Nakamura & Otomo Yoshihide - Good Morning Good Night (2004)


L'idée m'est venue de vous parler de cet étrange album après avoir lu l'excellent texte sur la Lowercase Music écrit par l'ami lamuya-zimina, a.k.a. mon parrain pour tout ce qui s'apparente à de la musique bizarre et nippone, celui qui m'a fait découvrir Boredoms quand j'étais jeune et svelte. A un moment, il évoquait les improvisations électro-acoustiques japonaises aux volumes minimaux plus connues sous le nom de Onkyo(kei), qu'on pourrait traduire par "réverbération de son", ou même "musique de son" ou encore "son" tout court, et citait donc pour le coup les papes de ce genre discret, à savoir Sachiko M ou Otomo Yoshihide (lui-même déjà évoqué en ces lignes). Et soudain m'est revenu à l'esprit un étrange essai musical d'un peu plus de 101 minutes, un curieux monolithe de parasites qui ne s'écoute que dans un silence absolu quoique de légères interférences sonores extérieures puissent lui apporter un complément involontaire et pas désagréable. Mais avant de plonger dans les bras de ce monument statique et grouillant, il convient de se pencher un peu sur le parcours des participants, afin de peut-être mieux comprendre en quoi on a ici une rencontre au sommet. D'un côté, Otomo Yoshihide, héros moderne sorti de son projet Ground-Zero pour se concentrer au début des 00's sur un turntablism minimaliste et extrême, avec des platines modifiées et violentées, allant du bruit le plus insoutenable au souffle le plus discret. De l'autre, Sachiko M, elle aussi membre de Ground-Zero, avait par la suite formé le duo Filament avec Otomo, aimant se considérer comme une "non-musicienne", et travaillant sur les ondes sinusoïdales internes aux machines, sons purs qu'elle fait durer pendant des heures. Enfin, on a Toshimaru Takamura, chercheur en sons minimaux depuis 1992 et ayant collaboré avec tout le petit monde de l'improvisation tokyoïte. Tous font donc partie de la scène électro-accoustique japonaise, qui explore les détails des sons électroniques et acoustiques au travers de longues pièces de "bruit calme". Chacun avait déjà mené ses petites expéditions en solo dans le domaine de l'infra-volume, mais les voir s'asseoir ensemble, les 2 et 3 Août 2003, pour enregistrer un album improvisé, c'était un événement. Et chacun sur cet album s'en est tenu au strict minimum, épurant son style à l'extrême pour donner finalement cet œuvre qui semble venir d'une seule entité aussi magique que mystérieuse. Le titre ? C'est comme un câlin. "Good Morning Good Night."


(Good Afternoon)

Soyons d'abord terriblement terre à terre et posons-nous cette simple question : qu'est ce qu'on entend sur cet album ? Nos trois explorateurs immobiles sont chacun équipés d'un matériel bien précis. Otomo dispose d'une platine vinyle sur laquelle il n'y a pas de vinyle, mais qui est amplifiée tout de même, et il s'amuse avec la tête de lecteur. Sachiko triture un sampleur entièrement "vide", n'ayant donc en lui que certaines tonalités continues, des sinusoïdales plus ou moins discrètes qu'elle fait varier de manière très précise. Quant à Toshimaru, il se sert de sa traditionnelle "table de mixage sans entrée", sur laquelle tous les périphériques de sortie sont reliés aux périphériques d'entrée, ce qui entraine donc un feedback numérique permanent qu'il contrôle, le rendant grave ou bien aigu. Pour ceux qui connaissent déjà les travaux de ses musiciens, il sera plus aisé de savoir à peu près qui fait quoi, bien que leur répartition dans l'espace musical soit le fruit d'une entente collective riche les faisant presque devenir un seul et même être vivant. Pour les autres, disons que les "bip" à haute fréquence sont de Sachiko, que le léger souffle qui varie vient d'Otomo et que les bruits parasites réguliers dans le fond appartiennent à Toshimaru. Mais là encore, ce serait trop arbitraire, chacun des musiciens tirant de son "instrument" une palette sonore très large. Large. Large. Respiration. 4 morceaux. Good Morning. Good Afternoon. Good Evening. Good Night. Quatre temps, quatre moments, quatre longues progressions pour un seul tout. Chaque morceau lié à une pochette dans l'artwork très sobre, disposées dans l'ordre tout au long de cet article. Avec à chaque fois un petit symbole : un insecte pour le matin ? des nuages dans l'après-midi ? un oiseau au coucher de soleil ? la lune qui éclaire la longue nuit ? Ce que l'on a ici est peut-être la description d'une journée comme les titres l'indiquent. Les morceaux en eux-même s'étendent et laissent le temps aux sons d'aller et venir, à gauche et à droite. Il faut se plonger dans cet album tout seul et l'œil ouvert pour en comprendre clairement la composition. Quand on leur demandait de décrire cet album, les artistes ont dit qu'ils cherchaient une musique verticale, à l'opposé de la musique horizontale qui est privilégiée la plupart du temps. Vous voyez ? Une musique verticale.


On peut prendre cet album comme une série d'évocations. On peut prendre cet album comme une description minutieuse de la nature aux bourdonnements infinis, des mille et uns bruits autour de nous qui nous prouvent qu'il y a encore du son, donc de la vie. On peut prendre cet album comme un test sain pour savoir si l'on est toujours vivant. Ce que les musiciens cherchent à atteindre ici (faute de frappe que je viens de corriger mais qui faisait curieusement sens : "cherchent à attendre ici"), c'est un équilibre de l'ordre des sons qui soit harmonieux, donc par extension naturel. Je ne sais pas s'ils y parviennent, mais ils atteignent une ascèse assez puissante qui donne finalement sens à tous les bruits microscopiques qui peuvent vous entourer en les dépeignant de manière pointilliste et sensible. Cet album vous entoure parce que vous l'avez peut être déjà entendu sans l'entendre. Vous voyez ce que je veux dire ? Moi non plus. Restent des sensations et une vraie douceur sur toute la longueur de ce tour de force délicat et léger. A un moment, en écoutant cet album au casque, tout seul dans ma chambre, j'ai eu une sorte de frayeur. J'ai ressenti soudain comme une sensation de froid dans le fond de l'oreille droite. Comme si les petits sons suraigus qui allaient et venaient entre le marteau et l'enclume s'étaient matérialisés en quelque chose de physique, affectant mon corps, mon tympan, mon être tout entier. Je me suis rendu compte tout de suite après que mon oreille s'était bouchée, sans raison apparente, rien de grave, il suffit de se pincer le nez et de respirer très fort et tout rentre dans l'ordre. Mais paradoxalement, cette sensation de peur était presque agréable sur le moment, comme si soudain, en ces temps de compositions qui vous passent sur le corps comme une mauvaise pluie sur un imperméable, la musique retrouvait de sa force originelle, celle qui vous atteint réellement, qui vous fait ressentir quelque chose d'autre qu'un ennui infini. C'est comme au tout début de Good Night. Dans l'une des oreilles, il y a comme un bourdonnement grave et régulier. A la première écoute, j'étais très perplexe, je ne savais pas si ce son venait de la musique ou s'il était dû aux battements de mon cœur qui résonnaient dans ma tempe. Artefacts soniques de la vie. Ce n'est pas en écoutant de l'indie-rock en 2010 que ça risquera de vous arriver. Cette musique vous englobe en elle et rend absolument tout autour de vous musique. Et, oui, long, prétentieux, poussif, ennuyeux, inutile et n'importe quels autres adjectifs pourront être utilisés par les détracteurs, mais, que voulez-vous ? Comme on aime sans explication un ami qui sait se taire quand il le faut, on peut aimer cet album pour la longitude qu'il apporte à celui qui l'écoute, presque pour la sensation de bien-être qu'il offre. Une respiration remplie de milliers de petites particules. Et les mots sont alors inutiles puisque l'air ne parle pas. Tant à apprendre.



Vrac :
- J'aime à me dire que cet album, de par son taux élevé de très hautes fréquences, ne peut s'écouter pleinement que lorsque l'on est jeune, encore doté d'un tympan capable de les entendre. Mais en même temps, je me dis qu'Otomo, Sachiko et Toshimaru, qui avaient déjà tous la quarantaine au moment de l'enregistrement, n'ont peut-être pas entendu tous les sons qu'ils ont enregistrés. Paradoxalement, on a peut-être ici un album qu'une frange de la population peut entendre mieux que ses créateurs même.
- Si le terme "Onkyo" n'existait pas, je classerais sans doute cet album dans un genre très précis : l'easy listening.
- Vous allez vous moquez de moi, mais je peux très bien entendre les différences entre chacun des morceaux, c'est vrai, à l'instant même, je me suis dit "hm, on est déjà passé à Good Night ?", j'ai vérifié mon lecteur, et c'était le cas. Deux enseignements : Petit un, cet album n'est pas qu'un amas aléatoire de bruit divisé arbitrairement. Petit deux, le temps passe plus vite quand on écoute cet album, et/ou il coule avec plus d'aisance.
- Ça n'a pas l'air, mais cet album est assourdissant. Vraiment. Mais de manière douce.
- Quand j'écoute cet album, je reste la bouche ouverte. Ou en tout cas, je garde ma mâchoire ouverte. Avez-vous remarqué que quand vous avez les dents serrés, il y a un espèce de bourdonnement dans vos oreilles? Une fréquence aiguë et un bourdonnement grave qui apparaissent, sans doute à cause du déplacement de votre mâchoire et de la pression exercée sur les dents, enfin, je n'en sais rien. Dans la vraie vie, ce petit désagrément n'est pas gênant. Quand j'écoute cet album, ça l'est. Alors je reste la bouche entrouverte. Cet album permettrait-il donc de diminuer l'usure des dents ?
- Le seul problème de cet album, c'est que je ne sais pas à quel niveau sonore il faut l'écouter. J'ai toujours la crainte de l'écouter trop ou pas assez fort. C'est le problème lorsqu'on écoute un disque pour lequel il n'y a pas de norme.
- Une fois, j'écoutais l'album de manière assez religieuse. Soudain, j'entends comme un parasite dans mon oreille gauche. Un son étrange, familier, que je n'arrivais pas bien à déchiffrer, mais qui se mariait harmonieusement à l'ensemble. Regard jeté à la fenêtre : il pleuvait. Vingt secondes plus tard, l'averse était déjà terminée. Un peu comme si les nuages avaient décidé de participer à l'ensemble avec la même parcimonie que les trois musiciens. Histoire vraie.
- Le morceau le plus court de l'album, c'est Good Afternoon. Ça peut sembler absurde, mais pas du tout. Dans une journée, c'est l'après-midi qui est le plus court. Ça commence à 13h et ça finit à 18h pour laisser place à la soirée. Enfin, je trouve. Et je suis large. Pour moi, dès 17h c'est la soirée. Sachiko, Otomo et Toshimaru ont raison. Le plus long dans une journée, c'est la nuit. Puis le matin. Puis la soirée. L'après-midi n'intervient qu'ensuite. De l'utilisation de cet album comme "cadran sonique".
- Une fois, j'ai lancé l'album, puis j'ai été très préoccupé au bout de trente secondes de n'avoir toujours rien entendu. Pas même un "bip". Vérification faite, le son était au minimum. Une fois le volume relevé, j'étais surpris d'entendre tant de choses. Hé, vous voyez que ce n'est pas que du silence!
- Idée pour tuer le temps : la prochaine fois que j'oublie mon baladeur mp3 quand je prends le train ou le métro, imaginer que j'écoute "Good Morning Good Night", mais que les petits sons sont annihilés par le raffut abrutissant des gens et des machines. Quoique non, mauvaise idée, ça me donnera encore plus envie de rentrer chez moi.
- Un jour, j'ai voulu jouer au roi du silence avec cet album. C'est lui qui a gagné. De peu.
- Quand cet album est fini et que le silence relatif repose enfin sur mes tympans, j'ai parfois l'impression d'entendre encore des petits bruits dans le creux de mon oreille, comme si mon cerveau s'était mis sur la fréquence de nos trois improvisateurs et s'amusait à jouer tout seul une bonus track.

mardi 6 juillet 2010

"tw;dl" #3

par Emilien Villeroy
art par Jarvis Glasses

"Bon, Émilien, un peu de sérieux, tu écris sur des artistes bizarres, ok, mais ça veut pas dire que tu dois parler de Japonais tous les mois !" Ça, c'est ce que je me dis à chaque fois que je cherche un nouveau sujet pour cette rubrique. Toujours ce même mot d'ordre : éviter le Japon, ne pas tout de suite foncer dans le repaire de la bizarrerie moderne, esquiver le pays officiel de l'incompréhension musicale pour essayer d'aller voir ailleurs. Mais, que voulez-vous, c'est plus fort que moi, le cœur à ses raisons que la raison ignore, il y a toujours un coin qui me rappelle, et me pousse à revenir vers cet archipel complètement cinglé et névrosé, comme un magnétisme intellectuel très puissant qui me force, depuis ma plate adolescence, à me fader des heures de raffut juste parce qu'elles viennent du pays du Soleil Levant. Ainsi donc, pour combler mes tristes penchants et ne plus me fader de douloureux débats intérieurs à l'orée de chaque mois, je vous propose tout l'été une série d'articles garantis 100% japonais et 100% wtf : un ALL SUMMER NIPPON qui nous emmènera de n'importe ou jusqu'à nulle part. Et pour débuter ce cycle aventureux...

Shiina Ringo - Karuki Zamen Kuri no Hana
[椎名 林檎 - 加爾基 精液 栗ノ花]
2003

Imaginez un instant. Vous êtes face à quelqu'un qui n'a jamais écouté un seul album de rock de sa vie, pensant que c'était un genre vraiment mauvais et vous devez lui faire tomber ce pucelage musical. Vous faites quoi ? Vous avez l'air bête, hein ? Par quoi commencer ? La base ? Lui filer les Sun Sessions d'Elvis ? Non, ça ne sert à rien. Alors un truc très récent ? Pas forcément très judicieux. Je me suis toujours dis que si j'étais dans cette situation, je balancerais à la personne un truc vraiment osé. Le premier album des Raincoats par exemple, ou "Doolittle" des Pixies. Peut-être même le premier Velvet. Quitte à ce qu'il soit paumé, qu'il n'aime pas, qu'il retourne écouter autre chose, peu importe, l'important c'est qu'il soit marqué, rendant par là ensuite le reste de ce qu'il pourra écouter dans le genre moins complexe à appréhender, et lui laissant l'image d'un genre qu'il n'a pas pigé plutôt que pas aimé, de quelque chose pas fait pour lui plutôt que méprisable. C'est un peu ma situation aujourd'hui voyez-vous. Je suis devant vous, et je vais vous causer d'un album de J-Pop. Vous vous dites "oh, non, pas ça." Mais j'insiste. Et plutôt que d'essayer de vous faire écouter du Hiraku Utada ou du Morning Musume, ce qui aurait pu être intéressant cependant si j'avais voulu démontrer que la soupe est sans frontière mais s'accommode des particularismes locaux, je préfère mettre les pieds dans le plat et vous offrir autre chose, quelque chose comme de la j-pop expérimentale avec une fille bizarre mais fascinante : Shiina Ringo.

(Meisai)

Nous sommes en 2003. Shiina a 25 ans. Elle est déjà titulaire de deux albums qui l'ont propulsée en haut des charts, principalement "Shouso Strip" (pochette de folie à votre droite) sorti en 2000 , dont le mélange curieux entre gros indie rock complètement nippon inspiré par Number Girl et pop plus classique quoiqu'un peu barrée s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires. Ce n'est pas vraiment une star, plutôt une sorte d'électron libre à la fan-base dévouée, qui vend mais étonne aussi pas mal et peut s'autoriser un album de reprises dans lequel elle chante Les Feuilles Mortes à côté de Yer Blues des Beatles. Oui, Shiina peut à peu près tout se permettre à ce moment-là, sauf qu'elle décide de produire son troisième album toute seule, de se débarrasser de son arrangeur pour participer elle-même à la composition orchestrale, d'enregistrer la plupart des instruments avec son propre ordinateur et même de mixer certains morceaux elle-même. Elle s'entoure de toute une ribambelle de collaborateurs et sort finalement un album-somme complètement fou, "Karuki Zamen Kuri no Hana." Avant même de vous parler vraiment de ce grand bazar, il suffit d'énoncer quelques anecdotes sur l'album pour que vous pigiez dans quoi on met les pieds au niveau de la conceptualisation. Il dure 44:44, sachant que le précédent durait 55:55. Il est composé de 11 morceaux qui forment un grand palindrome : le titre du premier comporte le même nombre de caractères que celui du dernier et ces deux morceaux sont interprétés par Shiina accompagnée des mêmes personnes réunis sous un nom de groupe particulier pour l'occasion, et cela pareillement pour le deuxième et l'avant-dernier morceau, le troisième et l'antépénultième, etc, avec un autre nombre de caractère et d'autres collaborateurs. Les paroles de cet album sont écrites dans un Japonais parfois assez archaïque, avec des idéogrammes peu usités et sont remplies de métaphores très étranges. Enfin, le titre de l'album lui-même est sensé être un palindrome olfactif, et peut se traduire "Chaux, Sperme, Fleurs de Châtaigniers". Maintenant, de deux choses l'une : soit vous avez déjà fui, soit vous êtes intrigués.

(Yattsuke Shigoto)

Si vous êtes dans cette seconde catégorie, il est temps de vous préparer tant "Karuki" est réservé aux gens qui n'ont peur de rien et surement pas des mélanges contre-nature. Le spectre musical brassé dans ce pot-pourri en décomposition est large, trop large. Dès le premier morceau, Shuukyou, dans le player sur votre gauche, tout est brouillé, le shamisen disparait dans l'orchestre avant qu'une lourde batterie vienne marteler une descente harmonique désespérée. Vous aurez beau faire de votre mieux, il y aura quelque chose que vous n'aimerez pas dans cet album, que ce soit la voix de Shiina, aiguë mais délicatement rauque qui vient racler votre tympan, la production clinique qui passe de beats trop propres à des excentricités toutes sales ou alors tout simplement la trop grande variété de styles qui se croisent n'importe comment ici : d'un jazz-rock sur-vitaminé qui s'autorise des solos de violons dégoutants (Meisai) à une ballade piano-voix souillée par une guitare distordue (Odaijini), d'un petit tube calme rempli de pipeaux bizarres (Ishiki) à une valse surannée qui pourrait passer dans un manège (Poltergeist), il n'y a qu'un pas, un tout petit, et vous ne vous rendez même pas compte que vous l'avez fait. Vous ne pouvez pas vous rendre compte de grand chose d'ailleurs à la première écoute, alors que vous essaierez de suivre tant bien que mal le rythme soutenu et omettrez donc sans le faire exprès tous ces détails que Shiina a déposés dans chaque recoin de ses morceaux. C'est d'ailleurs presque un miracle que le résultat final parvienne à rester aussi efficace tant elle semble avoir fait de son mieux pour défigurer toute idée de pop (au sens "populaire"). Au contraire, cet album semble s'adresser à la partie la plus exigeante de vos instincts primaires musicaux, tout en la narguant un peu : pour sûr, vous aurez des mélodies entêtantes à mourir sur des violons easy listening venus du monde merveilleux de Walt Disney sur Yattsuke Shigoto, mais avec ça, vous aurez en vrac un album introduit par le bruit de quelqu'un qui passe l'aspirateur et conclu par une désagrégation des instruments qui sembleront mourir devant vous. Il faut un peu le mériter cet album.

(Torikoshikurou)

Mais quand on l'a finalement appréhendé, il révèle une maitrise de composition absolument ahurissante qui ne laisse rien au hasard. Chaque note est à sa place, chaque seconde a été pensée avec soin et le tourbillon des orchestrations venues de n'importe où place cet album dans un no man's land où toute la musique semble être rentrée en collision sans vraiment avoir réussi à en ressortir indemne. Sur le dernier morceau de l'album, Souretsu, le plus impressionnant et destructeur, les sitars se retrouvent côte à côte avec des arrangements électroniques, et ce avec un naturel déconcertant, et, alors, ayant finalement réuni autour d'elle toute cette assemblée de sons diffractés, Shiina chante d'étranges métaphores sur l'avortement pour évoquer la difficulté de la création artistique sur des coups de batterie sur-mixés et plongés au milieu d'un orgue funéraire, avant que le morceau ne se consume, avec une violence inattendue, dans un final après lequel il ne peut rien rester sinon un silence sourd et froid. Et la gentille chanteuse J-Pop devient soudain un sphinx qui ne vous a pas laissé le temps de répondre à son incompréhensible énigme.


Emilien Villeroy

mercredi 19 mai 2010

"tw;dl" #2

par Emilien Villeroy
art par Jarvis Glasses

Depuis sa démocratisation à l'usage des musiques populaires au début des années 80, on a fait à peu près tout et n'importe quoi avec le concept de sampling. Dans ces pages, on a déjà évoqué des grands mash-up bordéliques ou des excursions hip-hop maniaques, mais ce n'est qu'une petite portion des milliers de morceaux se basant ainsi sur des bouts de musique (mélodies, riffs, breaks de batterie) pré-existante, pour le meilleur comme pour le tiède et le pire. Et puis il y a les à-côtés. Les gens qui voient ça de manière différente. Qui utilisent les samples à leur manière. Otomo Yoshihide, par exemple, un type ayant une idée particulière de ce qu'il faut faire avec des samples : du pur raffut. Et dieu sait qu'il en a fait.

Aujourd'hui donc :
Ground-Zero - Revolutionnary Pekinese Opera & Consume Red
(ou, comment j'ai été tué par des samples de flute coréenne et de télévision chinoise).


En 1990, le jeune Otomo Yoshihide (ici au centre), un trentenaire qui faisait seul la tournée des salles expérimentales de Tokyo pour y improviser du bruit après avoir étudié l'ethnomusicologie et pris des cours de guitare avec Masayuki Takayanagi, décida de former un genre de groupe/collectif à géométrie variable dont il serait le leader, le chef d'orchestre. La musique jouée par ce qui deviendra Ground-Zero s'axait sur plusieurs tendances qui fascinaient Yoshihide à l'époque et qui marqueront toute sa carrière : le bruit, l'improvisation et les samples. Cette formation où se mêlaient samplers, guitares électriques et saxophones free évolua au fil des ans et devait agir dans la plus grande violence jusqu'en 1998, parsemant la décennie avec des albums difficiles et une série de concerts mémorables auxquels participèrent des personnalités de la scène noise japonaise comme le hurleur Yamatsuka eYe des Boredoms ou l'autiste électronique Sachiko M, avant que Ground-Zero ne finisse par taper dans l'oeil d'un John Zorn qui sortira l'un de leurs albums ("Null & Void") avant de collaborer encore plus tard avec Otomo. Mais de ces huit années de terrorisme musical, deux albums en particulier émergent en tant que petits chefs d'œuvre de noise music improvisée et destructrice au milieu desquels les samples sont autant de parasites structurants : "Revolutionnary Pekinese Opera" (1996) et "Consume Red" (1997).


Sorti d'abord au Japon en 1995, c'est par sa version 1.28 (!?!), c'est à dire remixée par Otomo un an plus tard, qu'est principalement connu le grand bordel appelé "Revolutionnary Pekinese Opera." Une phrase dans les notes de pochette dit à peu près tout sur la manière dont a été construit l'ensemble : "All music by Otomo Yoshihide, the performers, and the sampled guests." Otomo, derrière ses platines et entre deux explosions sonores à la guitare, balance en vrac des sons venus de partout, trompettes, bruits de télévisions et de radios, publicités, cris, marches militaires et surtout des chœurs sortis d'opéras pékinois sur lesquels il travaillait lorsqu'il était encore à l'université. Dans cette orgie de sons cosmopolites, Otomo est d'ailleurs aidé par Sachiko M et DJ-MAO (sic) qui, d'un morceau à l'autre, se chargent avec lui de faire surgir des voix de partout. Sauf qu'à ce flot continu se greffe un groupe, le cœur de Ground-Zero, avec des guitares et des percussions, jouant (improvisant ? qui sait ?) non pas sur les samples, mais avec eux, l'auditeur ne sachant pas toujours si l'étrange son qui vient de lui violer l'oreille droite était ou non issu d'un sampler.

(Consume Mao et Rush Capture Of The Revolutionary Opera 1)

Mais vous savez ce qui est le plus impressionnant avec cet album ? Finalement, ce n'est pas le flot immense de samples balancés en vrac. Ce ne sont pas non plus les coupures rythmiques permanentes d'une partie à l'autre. Ce n'est pas non plus ce mélange des genres qui fait passer du jazz à la noise, du rock à l'expérimentation pure et dure, avec même des parties légères et rêveuses. Ni même la multiplication des instruments et des mélodies qui donnent à l'ensemble une richesse folle. On pourrait croire que c'est le fait que cet album est la chose la plus hétérogène au monde et que l'auditeur est baladé partout de manière jouissive, mais non plus. La chose la plus impressionnante, c'est que cet édifice sonore délirant qui semble pourtant si casse-gueule tient miraculeusement debout. Il y a des milliers de samples dans cette grande fanfare bordélique et dadaïste, mais ils sont tous exactement à la bonne place, au bon moment. Tout est sans queue ni tête mais cela ne semble jamais mal foutu ou forcé, non, tout fait sens à la fin. Il y a un équilibre qui tient du miracle sur toute la longueur, et qui empêche "Revolutionary Pekinese Opera" de n'être qu'un grand bazar. Il y a une fluidité dans ces 49 minutes passionnantes de collage façon pop-art destructeur qui est la marque des grand albums sur lesquels on ne pourra jamais rien écrire qui retranscrive avec assez de puissance l'expérience d'une première écoute.


Mais ce n'était pas fini. Dans la série "grandes fresques qui détruisent le tympan," Otomo Yoshihide n'avait pas tout dit et son groupe non plus. Un an plus tard, ils revenaient avec deux albums sortis simultanément. Le premier "Plays Standards" était une habile perversion de la musique jazz. Mais le second, celui qui nous intéresse ici, est peut être l'autre magnum opus du groupe, en tout cas celui où il est allé le plus loin : "Consume Red." Monstrueux, totalement infernal, c'est une œuvre gargantuesque dont Ground-Zero a accouché en 1997, encore plus étouffante que son prédécesseur, pourtant déjà immonde par moments. Oh, ça, soyez en sûrs, vous n'écouterez pas "Consume Red" tous les jours, à part si vous êtes en période de purge auditive. Sinon, vous n'en aurez pas la force. Repoussant encore plus loin l'utilisation des samples et leur répétition frénétique, ce que l'on a ici est une sorte de Boléro de Ravel ultra hardcore, un long crescendo assourdissant basé sur une seule mélodie, simple à crever, un sample répété ad nauseam reposant sur trois notes ultra aiguës jouées par le musicien traditionnel Kim Suk Chul sur un Hojok, instrument à vent coréen (dont la particularité est d'être plutôt strident). Une mélodie hypnotiseuse et tendue autour de laquelle tout est construit, déconstruit, reconstruit, détruit, éparpillé tout au long des 57 minutes intenables de cette œuvre qui s'apparente à une véritable torture. La noise parasitaire se mêle au shamisen (entre tradition et modernité, une thématique chère à Yoshihide) qui se joint à la batterie brutale qui s'associe aux synthétiseurs sales qui se marient aux guitares distordues et la tension ne redescend jamais. Chaque note jouée est un pieu dans le cœur, quelque chose qui peut rendre fou tout en vidant totalement l'esprit ; et pourtant on en redemanderait. Et non, on ne peut pas écouter "Consume Red" autrement que d'une seule traite jusqu'aux terrifiantes douze dernières minutes, d'une violence inouïe, de destruction sonore et de carnage auditif.

(Consume Red, de 24:43 à 35:42. Attention cet extrait a valeur de spoiler. Pour ceux qui veulent une première écoute parfaite, procurez-vous l'album et envoyez-le vous en entier).

On est quelque part entre de l'ambient, de la musique traditionnelle, un collage dadaïste et du harshnoise impitoyable. On est surtout dans quelque chose d'immense et de dévastateur qui laisse l'auditeur entièrement vidé lorsque le silence se fait. Un peu trop lent ? Un peu trop répétitif ? Si vous voulez, mais tout le but de la manœuvre est là. Cet enregistrement est long afin de pouvoir vous terrasser, pas pour vous laisser passif... Au contraire, c'est plutôt pour vous faire ressentir quelque chose d'intime, de physique, que ce foutu pipeau nasillard vous résonne dans les tripes, qu'il vous achève, qu'il vous hache menu, qu'il vous oblige à suivre une cure de silence absolu après utilisation. On n'a pas vraiment écouté de musique expérimentale et répétitive tant que l'on a pas été agressé violemment par "Consume Red." On n'a peut être même pas vraiment écouté de musique du tout.

Après cela, le groupe se sépara très vite en donnant l'opportunité à Otomo d'explorer de nouvelles pistes, ce qu'il fit en laissant derrière lui tout le boucan produit par Ground-Zero pour, au contraire, se diriger vers le minimalisme extrémiste au sein de Filament où il travailla avec Sachiko M sur des sons électroniques minimaux et les "tous petits bruits." Comme une réponse, une antidote. Depuis, Otomo Yoshihide s'est penché avec encore plus d'insistance sur un free jazz qui a bercé ses années d'étudiant en fondant l'Otomo Yoshihide New Jazz Orchestra et d'autres ensembles où il excelle à la guitare - comme ce trio avec lequel il a tourné en Europe en 2008, et notamment à la Maison de la Culture du Japon à Paris pour ce qui a été l'une de mes meilleures expériences musicales live. Mais ça, je vous en parlerai une autre fois.

Voilà.
C'est tout.
Je voulais que vous sachiez que ça existe.



(Dans une prochaine édition !!! La même chose que j'avais prévue la dernière fois sauf que je ne l'ai pas finie parce que je suis naze !!! Donc des chorales punks ! Des légumes instruments ! Des tupperwares noisy !)

mardi 13 avril 2010

"tw;dl" #1

par Emilien Villeroy
art par Jarvis Glasses

Vous pouvez faire tous les efforts du monde, il y a bien quelque chose qui changera au fil des ans. Je ne parle pas de votre capacité à aimer de la nouvelle musique, bande de passéistes en puissance. Non. Mieux : les limites de ce que vous avez pu entendre en musique. Il y aura toujours quelque chose qui vous tombera dessus et qui modifiera les bornes mentales que vous avez cru poser tout autour de votre oreille. Parfois, un artiste changera votre vision de l'horreur ou de la médiocrité. Parfois, un autre remettra en cause ce que vous pensiez être tel ou tel genre. Et puis parfois, c'est le concept même de ce qu'est la musique qui peut être foutu en l'air par un(e) cinglé(e) qui, souvent sans le faire exprès, est allé beaucoup plus loin que les autres, juste parce qu'il/elle a oublié de s'arrêter aux limites de ce qu'on peut autoriser officiellement en musique. Je vous le dis, ces gens-là sont des héros, et ils méritaient que l'on parle d'eux. C'est pourquoi j'ai le plaisir de vous présenter cette nouvelle rubrique sur C'est Entendu, intitulée "Too weird ; didn't listen" (qu'on raccourcira en "tw;dl" pour être cryptique) dans laquelle j'honorerai le travail d'artistes cinglés, outrés, bruyants ou tout simplement tordus, des gens, parfois laissés de côté à coup de "c'est trop bizarre, j'écoute pas", qui ont redéfini les frontières de la bizarrerie en musique à leur échelle, qu'ils soient à moitié pendus dans leur chambre en train de marmonner ou gigotants avec de la distorsion branchée sur leur cordes vocales.

Aujourd'hui :
"Metal Machine Music" de Lou Reed
(ou, comment j'ai découvert qu'on pouvait faire un album de bruit pur).

"This is what I ment by "real" rock, about "real" things. (...) It's for a certain time and place of mind. (...) For that matter, off the record, I love and adore it. I'm sorry, but not especially, if it turns you off."
- Notes de pochette écrites par Lou Reed


Je ne vois pas par quoi d'autre que "Metal Machine Music" j'aurais pu lancer cette rubrique. J'étais obligé. Quand il s'agit de faire la chronologie des choses qui m'ont défini en tant qu'auditeur, MMM est plus qu'un album fondateur : c'est une mère nourricière. Oh, je pourrais vous parler de tout l'historique de l'album, comment il a succédé en 1975 à un "Sally Can't Dance" que seul Joe arrive à défendre, comment Lou disait pour rire à l'époque qu'il ne l'avait jamais écouté au delà de la face 3 après l'avoir enregistré, ou encore les légendes urbaines selon lesquelles il n'avait fait ça que pour briser son contrat avec RCA, ou qu'après cela les labels forcèrent les artistes à signer une clause les empêchant de sortir de tels albums. Si Lou Reed s'est foutu du monde ou pas, on n'en sait rien, même si ses dernières tournées avec le Metal Machine Trio depuis 2007 argueraient qu'il était sérieux dès le départ. Mais de toute façon, ce n'est pas le sujet. MMM existe, c'est tout ce qui importe. Et il faut que vous l'écoutiez. Au moins une fois. C'est important. Très important.

(9 minutes de la première face de "Metal Machine Music". Ci-dessous, début d'un article de Lester Bangs sur Lou Reed en Mars 1975 dans le journal Cream)

Quand j'étais au lycée, j'avais écouté MMM pour me faire mousser, pour me dire "je l'ai fait" et j'en avais fait une copie sur cd-r que je passais à tous mes copains, voire même à de simples connaissances qui n'écoutaient pas de rock, et encore moins de la musique noise. En leur tendant le cd, je leur disais juste "Hé! Tu veux une expérience ? Écoute ça au casque, et essaye de tenir jusqu'au bout." C'était un genre de petit défi. On pariait sur leur capacité à l'écouter en entier. Et ce qui est fascinant, c'est que tous l'ont fait, pas un seul ne s'est défilé, et au final, pas du tout pétris dans des considérations oiseuses telles que "ce n'est pas la musique" ou "on se fout de notre gueule, c'est de l'arnaque pure, j'aurais pu le faire moi-même" qui prolifèrent sur cet album, ils m'ont tous vraiment donné leur avis, disant en substance "non mais c'est quoi ce truc ? c'est un ovni ton machin ! c'est super puissant, je l'ai écouté en entier, à la fin j'en pouvais plus, mais c'est vraiment étonnant. j'adorais les silences entre les morceaux. c'est super répétitif quand même, mais en tout cas, c'était intéressant, je savais pas que de la musique comme ça existait." Puis ils me rendaient le vieux cd-r décoré au feutre, ne le réécoutaient jamais sans doute, mais, dans la démarche, ils avaient plus de respect pour cet album que la plupart des "amateurs de musique" qui l'écoutent, blasés et lassés. Ils étaient encore surpris et pas aigris face à cet autre, cet album monolithe qui ne se comprend pas.

C'est aussi ça pour moi "Metal Machine Music," un truc fou que je découvre quand j'ai seize ans (ah, les voilà les enfants de l'âge du peer to peer), un album incompréhensible qui me laissa comme notre mascotte à votre droite après la première écoute, pas si inaudible que ça au final, juste surpuissant, avec ses sons aigus stridents qui vibrent, un album qui n'est pas non plus un chef d'œuvre de la noise music, mais merde, on s'en fout, j'ai seize ans et soudain je découvre qu'on peut oser sortir des albums remplis uniquement de bruit pur, qu'on peut faire des suicides commerciaux ultimes, soudain je réalise qu'on peut faire tout et n'importe quoi en musique, c'est possible, je m'en étais déjà rendu compte en écoutant le Velvet Underground, mais là, c'est encore plus clair, je vois que ça existe, et j'ai envie de le montrer à tout le monde, la preuve que c'est possible parce qu'un type comme Lou Reed l'a fait. Et puis c'est devenu un plaisir de jouer avec cet album, de blaguer avec, lui vouer un petit culte étrange, en faire un secret mystérieux. On faisait un concours avec un ami, celui qui l'aura écouté le plus, un concours que j'ai gagné avec 13 écoutes en entier de l'album non stop, n'essayez pas de m'avoir là-dessus, je me vidais le cerveau avec. Un mois après l'avoir écouté pour la première fois, je m'étais même enregistré en train de faire du bruit avec ma guitare électrique et ma pédale d'effets, tout seul chez moi, et j'avais fais un cd-r qui s'appelait "Aluminium Machine Music," qui durait quand même 33 minutes. Mais c'était ça. Tout était là. C'était comme une remise à zéro de la musique. A utiliser pour se désinfecter les oreilles. A partir de là, tout pouvait être fait et défait. Ce n'est pas que ce fut un bon ou un mauvais disque. C'était tout simplement beau. Tout ce bruit. Je ne peux pas dire de mal de "Metal Machine Music," tout comme je ne peux pas en dire du bien, je peux simplement dire que, tout à fait subjectivement et toute considération musicale mise à part, c'est un grand, un très grand album. Et pour tout ça, oui, merci Lou Reed. Merci beaucoup.

Voilà.
C'est tout.
Je voulais que vous sachiez que ça existe.


PS : L'album a été réédité récemment en vinyle, dvd et blu-ray (pas CD, désolé) avec un son quadriphonique remasterisé de la mort et le "locked groove" original du vinyle qui peut faire durer l'expérience de l'album toute la vie. L'idée, c'était de faire mieux que la réédition CD de 2002 dans laquelle les parties 2 et 3 avaient été, ahem, inversées. C'est en vente sur le site de Lou sur lequel on peut lire "The perfect holiday gift for your loved one." Effectivement. Et si le/la "loved one" est heureux que vous lui offriez ça et l'écoute vraiment, alors mettez lui une foutue bague au doigt.


(Dans le prochain épisode de tw;dl !! Des instruments faits avec des légumes !! Une chorale punk !! Des tupperwares noisy !!)