art par Jarvis Glasses
Je dois sembler amer mais ça n'est pas le trépas de l'indie rock que je déplore ; rien n'est éternel et encore moins lorsqu'il s'agit de musique pop. Ce qui me chagrine en fait est qu'il n'y a rien pour remplacer ce genre qui n'en est pas un. L'indie rock, c'est vaste, vague et ça englobe beaucoup de groupes, d'artistes, de musiques très différents les uns des autres, mais ce terme générique semble être la meilleure façon de résumer "tout ce qu'il s'est passé depuis 2004" et depuis six ans, aucune tendance nouvelle, aucun groupement de penseurs, jeunes ou moins jeunes (je ne voudrais pas avoir l'air de prôner une dictature du jeunisme en matière de pop, mais il est tout de même évident que le renouveau est toujours venu et viendra toujours plus logiquement d'une bande de gamins de dix sept ans avec des "problèmes" que de quelques cinquantenaires pleins de sagesse mais dépourvus d'énergie), aucune scène musicale digne de ce nom n'a vu le jour et c'est précisément pourquoi l'indie rock a survécu si longtemps et continuera de donner le change encore un ou deux ans (espérons que l'euthanasie ne prenne pas plus longtemps) sous assistance respiratoire : parce que tout le monde s'en contente. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, pas question d'antidater la dernière étincelle de passion à avoir traversé mes/nos oreilles ! Le premier album d'Arcade Fire était fait de ce bois-là et leurs bêlements désespérément euphorisants, s'ils ont fait long feu, étaient encore d'actualité il y a trois ans lorsque Win Butler, très lucide chantait
En 1977, Richard Hell disait à Lester Bangs que les paroles de sa chanson, Blank Generation, ne signifiaient pas que sa génération était définissable par un gros paquet de vide, de rien, mais bien que les jeunes de ces années-là avaient un espace vide en guise d'adjectif qualificatif et qu'il ne tenait qu'à eux de se définir et de remplir cet espace. Le soucis de notre génération est qu'elle est tellement remplie à ras bord de culture, d'idées, de tolérance et de paresse qu'il est impossible de la définir avec un mot, un seul, de la qualifier d'une seule façon. Cette génération trop-plein, cette génération Internet en somme, n'a rien à prouver à personne et certainement pas à elle-même, et prendre les armes pour s'affirmer ne lui viendrait jamais à l'esprit. L'autre jour, un type lambda voit passer un couple de jeunes et me dit "De mon temps, il y a 25 ans, on n'aurait jamais imaginé voir pareille chose : un bonhomme portant un t-shirt Metallica et sa copine arborant un t-shirt à l'effigie des Sex Pistols !" J'ai répondu à cette personne qu'aujourd'hui, avec Google, Wikipédia et Deezer, plus rien n'était impossible, qu'il n'y avait plus lieu d'appartenir à une communauté musicale spécifique lorsque toutes les voies étaient ouvertes à tout le monde. L'opportunité-même de pouvoir écouter rapidement et gratuitement tout ce qu'autrefois il fallait acheter au jugé pour le découvrir amène nécessairement moins de sectarisme et si je partage l'avis de mon interlocuteur ("c'est certainement mieux comme ça") d'un point de vue éthique, je ne peux que maudire l'effet dévastateur de cette démocratisation sur la créativité et la fougue de ma génération et de la suivante.
Richard Hell : "I belong to the blank generation"
Régine Chassagne : "These days my life, I feel it has no purpose"
Les faits sont là : tant qu'il n'y aura pas de nécessité, tant que les kids se contenteront de leur confort, de leur daube radiophonique, et que les trentenaires seront heureux d'écouter The National, il n'y aura rien de neuf à se mettre sous la dent. Rien de passionnant. Il y a peu de chances, alors que le continent Américain a enfanté l'indie rock et qu'il s'en nourrit comme d'une vache à lait (à l'heure qu'il est, le nouvel album d'Arcade Fire vient de dépasser Eminem et de prendre la première place des charts), pour que le salut vienne de là-bas. Je vous l'avoue, j'ai les yeux rivés sur la Grande Bretagne depuis le 11 Mai. Vous le savez sans doute, Gordon Brown a perdu les législatives anglaises et a démissionné au profit de David Cameron, qui est devenu le plus jeune chef d'état Anglais de l'Histoire certes, mais qui est surtout un leader conservateur et ceci devrait évoquer chez vous l'un ou l'autre de ces deux sentiments (voire les deux à la fois) : soit de la peur (si vous êtes citoyen britannique plutôt orienté à gauche) soit comme chez moi le souvenir ému du règne de Margaret Thatcher (pour laquelle Cameron écrivait des discours, d'ailleurs), à savoir la période la plus rude socio-politiquement parlant de l'Angleterre d'après-guerre, mais aussi l'Eldorado de tout bon pop-fan-des-eighties qui se respecte, une époque où chaque ville anglaise avait son identité, sa ou ses scènes bouillonnantes, où sur les cendres du punk naissaient Gang of Four, Wire, les Slits et tellement d'autres. Il n'y a pas de secret. S'il doit y avoir une nouvelle révolution, ou quelque chose de similaire, elle viendra du Royaume Uni, et si la politique de Cameron s'inspire un minimum de celle de Thatcher, lorsque les lads en auront assez de subir ce que le conservatisme anglais a de pire à offrir à de jeunes gauchos, lorsque les gamins de Liverpool, Leeds ou Manchester rêveront moins leur vie en regardant Skins que devant les infos télévisuelles du soir, alors la passion reviendra.
J'ai l'air horrible à me réjouir de l'éventualité d'une nouvelle crise sociale outre-Manche, et en vérité je le suis, horrible, mais enfin bon on trouve son bonheur là où on peut et puis Gordon Brown en martyr de la cause Pop, ça serait un étonnant rôle de composition en même temps qu'une sacré bonne vanne à raconter à nos petits enfants. Et puis vous espérez quoi ? Sous un Obama trop cool pour emmerder qui que ce soit, rien de dément ne naitra, la messe est dite. Si vous en avez autant ras le bol que moi de vous envoyer toujours plus de mièvreries, scrutez Albion et croisez les doigts pour que des foyers naissent dans ses rues et qu'une clameur s'en élève. Alors, et seulement alors, peut-être nous amuserons-nous à nouveau.
Joe Gonzalez
(*1) Photo du groupe Irony is Sexy, surtout connu pour sa reprise d'une chanson de Miley Cirus (sic)
(*2) in My body is a cage, "Neon Bible," 2007
La critique est aisée, en un sens comme en l'autre, et vous allez probablement me (et donc nous) trouver une nouvelle fois bien rabat-joie, comme chaque Été - à croire que les ultraviolets ont sur nous un effet néfaste mais je vous assure qu'il n'en est rien - lorsque je vais vous annoncer, deux semaines seulement après la double page de mon collègue Émilien Villeroy faisant l'épitaphe du shitgaze, que l'indie rock est mort, cliniquement, et ce depuis bien trois mois.
Tentative d'épuisement d'un genre américain
Ça n'est pas une autre de mes embardées alarmistes saisonnières, déclenchée par l'absence quasi totale de nouveaux disques intéressants depuis fin Avril ni non plus par le manque d'actualité relatif aux Grandes Vacances, ni même une nouvelle conséquence de la pré-retraite appelant un encore de l'ami Beck Hansen, non non, juré craché, c'est un constat que j'ai établi (et suis-je vraiment le seul ?) il y a désormais trois mois, que d'autres avaient du établir bien avant, mais qui ne m'est apparu comme une évidence qu'à ce moment précis à la fin du mois de Mai, lorsque des extraits de deux nouvelles chansons d'Arcade Fire ont fait surface, dont cette Month of May, terrible et pourtant si à propos, qui résumait à elle seule le manque de motivation, d'originalité, d'énergie et d'intérêt qu'avait pu susciter l'indie rock depuis des mois.
Par indie rock, il est important de le préciser, j'entends "rock américain indépendant - ou presque - au sens large." Pourquoi américain et pas finlandais ou même anglais ? Tout simplement parce que la majorité de la production actuelle dans ce genre-ci provient du continent Nord Américain (Canada inclus, évidemment) et s'il existe des scènes qui ne tarissent jamais dans un pays ou l'autre (la Suède, notamment), il faut bien dire qu'on n'a pas vu l'ombre d'un véritable mouvement ni la queue d'un genre musical (outre le dubstep mais on s'éloigne drôlement du rock) pointer en Grande Bretagne depuis un bon bout de temps. Depuis des mois, on a parlé de genres tels que le shitgaze, la chillwave, et même le shoegaze (britannique d'origine), trois genres musicaux aux frontières de l'indie rock, et leurs représentants étaient américains. Les mastodontes d'aujourd'hui, les U2/Rolling Stones/ACDC d'aujourd'hui, s'appellent Arcade Fire, The National, Broken Social Scene et c'est déprimant. La "musique de stades" en 2010 est certes plus soniquement correcte, certes plus "indé," et certes plus propre sur elle que ne pouvait l'être celle des années 80 (Simple Minds, The Police, U2...) ou 90 (Rage Against The Machine, Soundgarden, Smashing Pumpkins...), mais Diable, elle me fait beaucoup moins bander que ses ainées. L'indie rock est devenu, comme d'autres genres avant lui, une musique de trentenaires pour des trentenaires, et lorsque ce genre de chose arrive, il ne peut plus y avoir de vie et le genre musical devient aussi mort que le latin ou le grec ancien : une langue réservée à un cadre précis ou à une frange réactionnaire de la population. Que la mort de l'indie rock intervienne au moment précis de son climax public est un paradoxe sans trop de mystère, et cela avait déjà été le cas avec d'autres genres musicaux pendant les années 00 (le post rock, notamment) : plus nous allons et moins les choses vont vite. Ça n'est pas un constat rétrograde mais une vérité liée à l'évolution de notre société occidentale vers toujours plus de confort (matériel comme politique - où naissent les révolutions lorsque tout le monde a chez lui un tube de dentifrice, une téloche et un bulletin de vote ?) et toujours plus de liberté (celle d'écouter ce que bon semble à chacun). Il n'y a aucune raison dans la conjoncture actuelle pour que les choses se passent à fond la caisse comme cela a pu être le cas entre 1976 et 1983 où un genre musical et une scène naissaient chaque mois. Pourquoi se casser de toute façon ? L'indie rock triomphe et dans "indie rock" il y a indie (indépendant), alors si eux y arrivent pourquoi pas nous autres, jeunes groupes signés sur des labels indépendants, et puis si on veut être heureux (confort matériel et donc oseille), ne vivons pas cachés et pour que tout le monde nous voie, autant s'inspirer des mastodontes indie et ça nous mène directement à aujourd'hui et à ce cadavre encore tiède dans lequel aucun coup de botte ne provoquera plus, j'en ai bien peur, aucune réaction post mortem.
Tout cela ne date évidemment pas du mois de Mai 2010, c'était dans l'air depuis des mois. Cette vaine (mais un temps distrayante) recherche de nouveauté (resucée) auprès de la triade lo-fi (chill, shit, shoe) l'année dernière avait déjà quelque chose de désespéré et si vous voulez tout savoir, la plupart des experts que j'ai consultés s'accordent à penser que les compilations "all star" sorties en 2009 avec grand bruit étaient un symptôme que trop peu ont réellement pris au sérieux. Souvenez-vous, en Février sortait "Dark was the night," une sorte de "best of de l'indie rock américain des années zéro" sur lequel on trouvait quelques bonnes surprises (le terme est quasiment un lapsus tant il implique qu'on ne s'attendait pas à entendre de bonnes choses) mais aussi énormément de bêtises, comme par exemple la très mauvaise chanson d'Arcade Fire, encore eux, et puis en Juin paraissait (sous le manteau) une sorte de double maléfique, "Dark night of the soul" (même les titres se faisaient écho !) où l'on pouvait retrouver les boudeurs qui n'avaient pas été appelés en équipe première pour chanter leurs mièvreries à eux. Ah et ne me tannez pas avec l'intérêt caritatif de ces objets, la question n'est pas là. Le problème est qu'on n'était pas loin de ces atrocités caritato-débilitantes qui ont fait les mauvais jours du rock depuis des décennies et que ces compilations étaient mauvaises, ni plus ni moins, et qu'elles étaient déjà représentatives de la chienlit générale dans laquelle toute la scène Montréalo-Brooklynienne (majoritairement) s'était enlisée.

Arcade Fire - Lenin ("Dark Was the Night")
En 2010, exit les garages, on répète dans la salle de jeux
Tout cela ne date évidemment pas du mois de Mai 2010, c'était dans l'air depuis des mois. Cette vaine (mais un temps distrayante) recherche de nouveauté (resucée) auprès de la triade lo-fi (chill, shit, shoe) l'année dernière avait déjà quelque chose de désespéré et si vous voulez tout savoir, la plupart des experts que j'ai consultés s'accordent à penser que les compilations "all star" sorties en 2009 avec grand bruit étaient un symptôme que trop peu ont réellement pris au sérieux. Souvenez-vous, en Février sortait "Dark was the night," une sorte de "best of de l'indie rock américain des années zéro" sur lequel on trouvait quelques bonnes surprises (le terme est quasiment un lapsus tant il implique qu'on ne s'attendait pas à entendre de bonnes choses) mais aussi énormément de bêtises, comme par exemple la très mauvaise chanson d'Arcade Fire, encore eux, et puis en Juin paraissait (sous le manteau) une sorte de double maléfique, "Dark night of the soul" (même les titres se faisaient écho !) où l'on pouvait retrouver les boudeurs qui n'avaient pas été appelés en équipe première pour chanter leurs mièvreries à eux. Ah et ne me tannez pas avec l'intérêt caritatif de ces objets, la question n'est pas là. Le problème est qu'on n'était pas loin de ces atrocités caritato-débilitantes qui ont fait les mauvais jours du rock depuis des décennies et que ces compilations étaient mauvaises, ni plus ni moins, et qu'elles étaient déjà représentatives de la chienlit générale dans laquelle toute la scène Montréalo-Brooklynienne (majoritairement) s'était enlisée.

Arcade Fire - Lenin ("Dark Was the Night")
Je dois sembler amer mais ça n'est pas le trépas de l'indie rock que je déplore ; rien n'est éternel et encore moins lorsqu'il s'agit de musique pop. Ce qui me chagrine en fait est qu'il n'y a rien pour remplacer ce genre qui n'en est pas un. L'indie rock, c'est vaste, vague et ça englobe beaucoup de groupes, d'artistes, de musiques très différents les uns des autres, mais ce terme générique semble être la meilleure façon de résumer "tout ce qu'il s'est passé depuis 2004" et depuis six ans, aucune tendance nouvelle, aucun groupement de penseurs, jeunes ou moins jeunes (je ne voudrais pas avoir l'air de prôner une dictature du jeunisme en matière de pop, mais il est tout de même évident que le renouveau est toujours venu et viendra toujours plus logiquement d'une bande de gamins de dix sept ans avec des "problèmes" que de quelques cinquantenaires pleins de sagesse mais dépourvus d'énergie), aucune scène musicale digne de ce nom n'a vu le jour et c'est précisément pourquoi l'indie rock a survécu si longtemps et continuera de donner le change encore un ou deux ans (espérons que l'euthanasie ne prenne pas plus longtemps) sous assistance respiratoire : parce que tout le monde s'en contente. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, pas question d'antidater la dernière étincelle de passion à avoir traversé mes/nos oreilles ! Le premier album d'Arcade Fire était fait de ce bois-là et leurs bêlements désespérément euphorisants, s'ils ont fait long feu, étaient encore d'actualité il y a trois ans lorsque Win Butler, très lucide chantaitI'm living in an age
Whose name I don't know
Though the fear keeps me moving
Still my heart beats so slow (*)
Je vis dans un âge
Dont je ne connais pas le nom
Même si la peur me tient debout
Mon cœur bat si lentement
Whose name I don't know
Though the fear keeps me moving
Still my heart beats so slow (*)
Je vis dans un âge
Dont je ne connais pas le nom
Même si la peur me tient debout
Mon cœur bat si lentement
En 1977, Richard Hell disait à Lester Bangs que les paroles de sa chanson, Blank Generation, ne signifiaient pas que sa génération était définissable par un gros paquet de vide, de rien, mais bien que les jeunes de ces années-là avaient un espace vide en guise d'adjectif qualificatif et qu'il ne tenait qu'à eux de se définir et de remplir cet espace. Le soucis de notre génération est qu'elle est tellement remplie à ras bord de culture, d'idées, de tolérance et de paresse qu'il est impossible de la définir avec un mot, un seul, de la qualifier d'une seule façon. Cette génération trop-plein, cette génération Internet en somme, n'a rien à prouver à personne et certainement pas à elle-même, et prendre les armes pour s'affirmer ne lui viendrait jamais à l'esprit. L'autre jour, un type lambda voit passer un couple de jeunes et me dit "De mon temps, il y a 25 ans, on n'aurait jamais imaginé voir pareille chose : un bonhomme portant un t-shirt Metallica et sa copine arborant un t-shirt à l'effigie des Sex Pistols !" J'ai répondu à cette personne qu'aujourd'hui, avec Google, Wikipédia et Deezer, plus rien n'était impossible, qu'il n'y avait plus lieu d'appartenir à une communauté musicale spécifique lorsque toutes les voies étaient ouvertes à tout le monde. L'opportunité-même de pouvoir écouter rapidement et gratuitement tout ce qu'autrefois il fallait acheter au jugé pour le découvrir amène nécessairement moins de sectarisme et si je partage l'avis de mon interlocuteur ("c'est certainement mieux comme ça") d'un point de vue éthique, je ne peux que maudire l'effet dévastateur de cette démocratisation sur la créativité et la fougue de ma génération et de la suivante.
Richard Hell : "I belong to the blank generation"Régine Chassagne : "These days my life, I feel it has no purpose"
Les faits sont là : tant qu'il n'y aura pas de nécessité, tant que les kids se contenteront de leur confort, de leur daube radiophonique, et que les trentenaires seront heureux d'écouter The National, il n'y aura rien de neuf à se mettre sous la dent. Rien de passionnant. Il y a peu de chances, alors que le continent Américain a enfanté l'indie rock et qu'il s'en nourrit comme d'une vache à lait (à l'heure qu'il est, le nouvel album d'Arcade Fire vient de dépasser Eminem et de prendre la première place des charts), pour que le salut vienne de là-bas. Je vous l'avoue, j'ai les yeux rivés sur la Grande Bretagne depuis le 11 Mai. Vous le savez sans doute, Gordon Brown a perdu les législatives anglaises et a démissionné au profit de David Cameron, qui est devenu le plus jeune chef d'état Anglais de l'Histoire certes, mais qui est surtout un leader conservateur et ceci devrait évoquer chez vous l'un ou l'autre de ces deux sentiments (voire les deux à la fois) : soit de la peur (si vous êtes citoyen britannique plutôt orienté à gauche) soit comme chez moi le souvenir ému du règne de Margaret Thatcher (pour laquelle Cameron écrivait des discours, d'ailleurs), à savoir la période la plus rude socio-politiquement parlant de l'Angleterre d'après-guerre, mais aussi l'Eldorado de tout bon pop-fan-des-eighties qui se respecte, une époque où chaque ville anglaise avait son identité, sa ou ses scènes bouillonnantes, où sur les cendres du punk naissaient Gang of Four, Wire, les Slits et tellement d'autres. Il n'y a pas de secret. S'il doit y avoir une nouvelle révolution, ou quelque chose de similaire, elle viendra du Royaume Uni, et si la politique de Cameron s'inspire un minimum de celle de Thatcher, lorsque les lads en auront assez de subir ce que le conservatisme anglais a de pire à offrir à de jeunes gauchos, lorsque les gamins de Liverpool, Leeds ou Manchester rêveront moins leur vie en regardant Skins que devant les infos télévisuelles du soir, alors la passion reviendra.
J'ai l'air horrible à me réjouir de l'éventualité d'une nouvelle crise sociale outre-Manche, et en vérité je le suis, horrible, mais enfin bon on trouve son bonheur là où on peut et puis Gordon Brown en martyr de la cause Pop, ça serait un étonnant rôle de composition en même temps qu'une sacré bonne vanne à raconter à nos petits enfants. Et puis vous espérez quoi ? Sous un Obama trop cool pour emmerder qui que ce soit, rien de dément ne naitra, la messe est dite. Si vous en avez autant ras le bol que moi de vous envoyer toujours plus de mièvreries, scrutez Albion et croisez les doigts pour que des foyers naissent dans ses rues et qu'une clameur s'en élève. Alors, et seulement alors, peut-être nous amuserons-nous à nouveau.
Joe Gonzalez
(*1) Photo du groupe Irony is Sexy, surtout connu pour sa reprise d'une chanson de Miley Cirus (sic)
(*2) in My body is a cage, "Neon Bible," 2007














