Avouez qu'en bon fans d'indie rock, on se ressemble tous un peu quand on tente timidement de causer jazz non ? C'est toujours assez gênant de se retrouver devant une musique qu'on ne comprend pas trop, dont les codes nous échappent, on se sent un peu simplet à vouloir à tout prix avoir un point de vue sur quelque chose qui de toute manière ne s'apprécie pas sur les mêmes critères que notre came habituelle. Bon alors on a tous plus ou moins trouvé des amis ou des bouquins ou des sites pour nous conseiller ce qui est proche de nos goûts, pour pouvoir aborder le labyrinthe par la bonne porte d'entrée, mais on se sent de toute manière un peu étranger pendant un petit moment, on n'y est pas vraiment chez soi. Avec cette impression terrifiante d'être un ignare dont tout le monde se moque, et on croit entendre sur son passage, enfoui sous des apparences de concierge ou de caissier d'épicerie, un spécialiste condescendant qui vous traîne dans la boue d'un simple regard.
"- Non mais tu te rends compte Sylviane ? Ne pas savoir distinguer be bop et hard bop...""- Oh ben te plains pas mon pauvre Daniel, lot' jour que j'écoutais du Roland Kirk,
mon môme a pris ça pour du Chet Baker..."
On fait son chemin lentement sans trop se presser jusqu'au jour où l'on tombe sur le truc qui marche, on a trouvé un type chez qui l'on se sent bien et le courant passe tout naturellement. Moi ça a été Charles Mingus, et c'est avant tout parce que quand ce contrebassiste bedonnant a débarqué dans mon salon à l'improviste avec sa bande de joyeux drilles, c'était pour me jouer ce Slop qui ouvre l'album "Mingus Dynasty" (croyez sur parole les notes de pochette au dos du disque : Mingus Dynasty Rules), un vrai tube sautillant et accrocheur, plein de soli urgents prêts à rebondir, où les cuivres jouent à cache-cache avec le piano et se lancent dans des petites montées délicieuses, accompagnées de claps et de petits cris presque hors-micro qui rendent le tout tellement excitant.Thelonius.





















