C'est entendu.
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vendredi 18 septembre 2009

[Réveille Matin] Can - Vitamin C (et dialogue ouvert)

Hé vous ! Vous avez l'air d'avoir besoin de Vitamine C. Non mais vraiment, je sais que vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire, et pourtant le nombre de vos commentaires ne décolle pas. Montrez-nous l'amour ! Vous savez vous avez le droit de nous proposer des challenges, aussi, du style "vous voulez bien me parler de telle chanson, j'aimerais avoir votre avis là-dessus" ou bien "dites m'en plus sur tel groupe, s'il vous plait Messieurs et Dames de C'est Entendu, parce que vous en parlez souvent et ça m'intrigue" ou encore "pas cap' de chroniquer tel truc, bande de cornichons !"
Rien ne dit que nous le ferons (nous avons tous les droits), rien ne dit que nous répondrons à tout, surtout si vous sortez trop de nos frontières, mais rien ne vous empêche d'essayer.

Et puis si des choses vous gênent dans le rythme de publication actuel, vous êtes conviés à l'exprimer, histoire que l'on soit à même de vous proposer en temps réel le meilleur service possible. Oui, c'est gratis, et en plus on prend vos doléances, c'est beau, c'est frais, c'est entendu.

Ah j'oubliais ! Can est le meilleur groupe allemand de tous les temps. A votre droite, Damo Suzuki, le chanteur (le plus connu) du groupe, et qui est le meilleur chanteur asiatico-anglo-allemand de tous les temps.
Par ailleurs, constatez comme la basse de ce morceau est méga bien. Comme diraient les Inrocks "nous l'avons écoutée mille et une fois, nous l'avons aimée." C'est fastoche la critique rock.


Joe

jeudi 17 septembre 2009

[Réveille Matin] Paul Simon - One Trick Pony

Bonjour à tous ! Ce matin, laissez-moi vous conseiller un film via la chanson-titre de sa bande originale. En 1980, Paul Simon se lance dans la réalisation, et tourne un film en partie autobiographique mettant en scène un songwriter de soft rock (du rock posé avec des influences jazz et easy listening) entre deux âges, à une période charnière de sa vie, tiraillé entre les tournées, qui le confrontent à des groupes plus jeunes et moins ringards (les B-52's jouent parfaitement ce rôle), un après-divorce difficile, et l'enregistrement d'un nouvel album, soumis à l'approbation d'un costume-cravate de maison de disques (Rip Torn) et dirigé par un producteur grandiloquent (en la personne de Lou Reed). Un fameux film pour les amateurs de musique, donc, plus travaillé et rigolo que l'eût été un documentaire. Voyez-le, donc !

La bande originale a donc été l'occasion pour Paul Simon de sortir un album original supplémentaire, dans le style mouligasse cher aux anciens folkeux des années 60 reconvertis au rock, et qu'il avait déjà développé tout au long des années 70 avec plus ou moins de réussite, notamment sur le très bon "Still crazy after all these years" (1975).
Concernant le morceau lui-même, je vous propose de l'écouter dans le lecteur, ou bien sur la vidéo ci-dessous (un extrait du film, d'ailleurs), et de juger de la qualité du groove du bassiste inconnu au bataillon et de celui de tout le groupe d'ailleurs, Simon (et son chant) compris, qui parviennent à jouer une sorte de soft groove, tout en précision et en douceur, que je trouve mollement dansant et follement bon.




Joe

mercredi 16 septembre 2009

[Réveille Matin] ESG - Dance

Une basse, des percussions, des voix. Le tout sur un seul accord et avec des mélodies ultra simples. Parfois, vous avez pas besoin de grand chose d'autre. Less is more. Et personne d'autre qu'ESG n'a su démontrer ça avec autant de brio. Ce groupe ovni est une bizarrerie musicale folle mésestimée qui mérite totalement un coup de chapeau, que ce soit dans le cadre de l'été des oubliés ou dans celui de notre cycle sur la basse.

Imaginez : Les soeurs Scroggins vivent dans le sud du Bronx dans les années 70, et écoutent James Brown. Leur maman, ne voulant pas qu'elles tournent mal, leur achète des instruments de musique. Principalement des percussions parce que ça coûtait moins cher. Pour les occuper. Ça donne quoi quelques années plus tard? ESG, un groupe culte, fondé en 1978, injustement méconnu et pourtant beaucoup samplé, des Beastie Boys aux Liars (réponse hilarante du groupe face à ça dans le nom d'un e.p. : "Sample credits don't pay our bills") , qui a tout simplement créé un sens du groove minimaliste visionnaire et jouissif. Un groove qu'on a énormément entendu depuis, surtout dans les années 2000, pour le meilleur (que serait LCD Soundsystem sans ce groupe ?) comme pour le moins bon (vous vous souvenez de Dance To The Underground de Radio 4 way back en 2002 ? Le riff de basse était pompé sur Moody d'ESG). Il faut dire que ESG ne ressemblait à rien de connu ni à l'époque, ni aujourd'hui, et sonne pourtant comme un groupe familier, un groupe qui parle à tout le monde. Entre des percussions répétitives complètement frénétiques dont les polyrythmies feraient danser un mort, des basses funky parfaitement en adéquation avec l'état d'esprit post-punk qui était partout en Angleterre (je parle des basses à la Public Image Limited ou A Certain Ratio, deux groupes dont elles ont fait les premières parties), quelques guitares sombres toutes droit sorties de la no-wave new-yorkaise la plus crasseuse (leur tube UFO a un "riff" basé sur des bruits dissonants de guitare terrifiants), et un côté limite Motown dans les mélodies et les chœurs, il y a une espèce de recette ESG, invariable et impeccable, à la fois lugubre et joyeuse, mais toujours d'une efficacité redoutable.


Une preuve concrète, ce qui est peut être l'un de leurs meilleurs morceaux, extrait de leur premier album Come Away With ESG, sorti en 1983 (un album indispensable à toute bonne discothèque, et qui n'a pas pris une ride) : Dance (que vous trouverez dans le player à gauche). Tout est dit dans les 30 premières secondes de ce monolithe de 4 minutes et demi. Tout est là, la batterie qui appuie un rythme binaire implacable, le tambourin et les claps qui tuent, la voix entêtante et soul qui vous lance "Well, I went to a party/And I wanted to dance all night (...) I want to DANCE!", puis surtout la basse, invariable, groovy en diable qui monte et qui descend tout en restant sur un même accord sans fin, une basse sombre, même pas mise en avant dans le mix, mais qui soutient le morceau à elle toute seule. Le morceau n'évoluera jamais, tout juste un genre de refrain, et puis des passages sans basse où la batterie balance des breaks à pleurer. Le but, c'est de créer une transe par la répétition non stop. Que le morceau dure 1 minutes ou 15, peu importe, il n'y a qu'une rythmique sans fin qui ne devrait de toute façon jamais s'arrêter et qui fonctionne miraculeusement. Les paroles sont réduites à un minimum vers la fin, où il n'y a plus que des "Dance!" des "Well well well", et puis des "Yii Yii Woo Woo Woo!" aigus. Reste ce beat, ininterrompu, invariable, métronomique et, putain, tellement dansant.

Précurseur? Pas qu'un peu, ESG est une pierre angulaire d'une grosse partie de la musique qu'on peut écouter aujourd'hui, un groupe qui mérite sa réputation et qui a marqué autant la dance music et le rock que l'électro ou le hip-hop, un groupe que je n'hésiterais pas à qualifier d'important, et ayant sa place dans l'histoire de la musique rock moderne. Laissez moi vous dire que ça, c'est pas donné à tout le monde. A une soirée parfaite, tout le monde danserait sur ESG. Mais tout comme il n'y a pas de bonne musique dans les soirées, il n'y a pas de justice dans ce monde, et ESG reste un groupe méconnu. Alors aidez-nous à propager la bonne parole et à faire découvrir ESG à tout le monde. Pour qu'enfin, en entendant la plupart de la musique arty dansante qui sort actuellement, vous puissiez dire vous aussi, d'un ton snob quoique tout à fait honnête : "ouais, bof, ESG faisait déjà pareil mais en mieux y'a plus de 25 ans".


Emilien.

mardi 15 septembre 2009

[Réveille Matin] Iggy Pop - Five Foot One

Bonjour à tous ! Le saviez-vous, Iggy Pop a écrit (et parfois composé) de fameux albums après les Stooges et après les deux albums produits par David Bowie pour son come-back en 1977 ("The Idiot" et "Lust for life"). Non mais je vous le dis parce que j'ai l'impression que trop peu de gens le savent, s'en souviennent ou s'en soucient, alors que c'est important ! Pourquoi laisser de côté tout un pan (le plus vaste) de la carrière d'un artiste aussi cool, novateur, débile et attachant que ce bon vieil Iggy ?

En 1979, soit deux ans après une folle série (pas moins de trois LPs et plusieurs lives apparurent tout au long de 1977), Iggy enregistrait "New Values," un disque qu'il voulait plus personnel, composé par lui (et co-produit par son ancien acolyte des Stooges, James Williamson, qui tient aussi la guitare), moins ambitieux que les deux essais produits par Bowie, mais sensé prouver au monde qu'Iggy n'avait besoin de personne pour enregistrer un bon album. Dont acte.

Si "New Values," parfois inégal, n'est pas le plus réussi de tous les albums sortis par Iggy lors de sa longue carrière solo, il est tout de même l'accomplissement du but fixé par son auteur, et la synthèse de cette réussite est le single 5''1, dont il est question ici.

La basse, ici, démarre le morceau et en est le moteur ad lib (le morceau finit sur un fade out). C'est l'une de ces basses "sous bassement" dont nous vous parlions l'autre jour et qui insuffle suffisamment d'énergie au morceau pour que les autres instruments n'aient plus qu'à booster l'ensemble, que cela soit la guitare, la batterie ou bien ces cuivres arrangés par Scott Thurston.

Je vous laisse avec Iggy qui vous racontera mieux que moi son histoire de type trop petit (5''1 représente environ 1m55) pour faire tout ce qu'il veut, et qui souhaiterait que la vie soit un magazine Ikea :




Assez tristement, l'intro est coupée pour ce clip...


Joe

lundi 14 septembre 2009

[Réveille Matin] Wire - I am the fly

Bonjour à tous ! Nous vous avons déjà parlé de Wire il y a quelques temps de cela, car ce groupe (et particulièrement leur second album, "Chairs Missing") nous tient à cœur, et dans le cadre de nos petits entretiens matinaux sur la guitare basse, il était naturel que je vous présente l'une des compositions les plus franchement originales de l'album en question.


I am the fly est étrange. C'est une chanson qu'il me semble naturel d'entonner tel un hymne, beuglant sans répit les infâmes paroles du refrain "I am the fly / Fly in the ointment" (que l'on pourrait traduire par "je suis le cheveu sur la soupe" plutôt que par "je suis la mouche dans la crème" même si cette traduction-ci est plus FACILE), et remuant frénétiquement au rythme saccadé du chant de Colin Newman, qui s'évertue à répéter quatre fois qu'il est la mouche, qu'il est la mouche, qu'il est la mouche, qu'il est la mouche, mouche dans la, mouche dans la, mouche dans la crème. Tout cela pendant que Graham Lewis maintient le morceau à flot en insufflant un groove ingénieux, très caractéristique du post-punk, une ligne pas vraiment métronomique, jouée à l'instinct, pas vraiment démonstrative, allant simplement à l'essentiel.

Certains (beaucoup ?) d'entre vous trouveront le morceau laid : les claps du refrain, l'accent de Newman, les paroles, la répétition, peut-être même la guitare (inconscient !), et vous aurez bien peu de chance de n'avoir pas été chopés par l'insecte fait pop, le groove rentre dedans qui ne se laisse pas apprivoiser facilement de cette chanson étant pour l'auteur de ces lignes l'une des plus grandes réussites de la musique anglaise depuis, disons, toujours.

Joe

dimanche 13 septembre 2009

[45 Tours] New Order - Age of Consent

J'y connais rien en basse et je suis un guitariste frustré qui joue à "Guitar Hero", mais je ne suis pas inculte non plus alors quand on me demande un riff de basse trop bien j'y vais pas par quatre morceaux, le bassiste ce sera Peter Hook, la basse une "Yamaha BB1200s Fretless" et pour le groupe j'ai l'embarra du choix entre Joy division, New Order, Revenge ou Monaco et même si ma chanson préféré restera à jamais Love will tear us apart de Joy Division, le morceau le plus significatif du style Hook est sans conteste Age of consent de New Order sur l'album "Power, corruption & lies" (1983).

Le gaillard à l'égo sur-dimensionné avoue s'inspirer des lignes de basse de la Motown et de celles de Jean-Jacques Burnell des Stranglers, mais en écoutant Hook on ne distingue aucune de ses deux influences, son style est unique et vraiment caractéristique : toute la mélodie du morceau est contenue sur ses 4 cordes. Parmi les belles réussites de Hook en peut aussi citer She's Lost Control et Twenty-Four Hours chez Joy division, mais sur Age of consent le riff est carrément dément, Hooky joue de la basse comme un dieu et l'emmène au delà du beat synthétique et métronomique. Sa basse parait légère et telle une cavalcade épique elle virevolte en diffusant une mélodie divine.

La noirceur de Joy Division encore très présente sur leur premier album ,"Movement," semble être évacuée. Ce morceau est le manifeste d'un nouveau groupe qui s'affirme et qui veux s'affranchir de son passé, désormais New Order s'adonne à l'hédonisme allant même jusqu'à ouvrir leur propre club avec Factory Records et Tony Wilson : La Hacienda à Manchester qui devient rapidement Le lieu incontournable de débauche des années 80. Mais sous son apparente légèreté, Age of consent, qui sonne comme une libération n'est encore que le bout du tunnel vers la lumière, et ce n'est pas anodin s'il est question d'une séparation dans cette chanson, une rupture amoureuse consentie mais dure à accepter. En regardant de près les paroles sont quand même très ambigües, on peut y déceler beaucoup d'amertume, un sentiment de trahison et notamment lorsque Sumner chante "And I’m not the kind that likes to tell you / Just what I want to do," par extrapolation on peut aisément supposer qu'il fait référence au suicide. Le fantôme de Ian Curtis rôde encore sur ce titre, d'ailleurs si on écoute ce morceau en 33t avec un tempo lent et la voix grave on dirai un morceau de Joy Division. Age of consent est une chanson pleines de contrastes entre des paroles sombres et une musique festive et c'est comme bien souvent ce que la pop peut offrir de meilleur.

Bref ce morceau est un classique et ça n'est un secret pour personne à part peut-être pour les deux autres membres du groupe, Bernard Sumner et Stephen Morris qui n'ont jamais vraiment laissé le bassiste exprimer son talent autant que sur ce titre, si bien qu'au final et au bout de 28 ans de bons et loyaux services chez New Order, Hooky en a eu marre et a enfin décidé de se barrer et de se la jouer Leave me alone loin de ses deux ex-compères, mais peut-être l'entendra-t-on nous rejouer Regret dans quelques temps ...




Djeepthejedi

vendredi 11 septembre 2009

[Réveille Matin] Delta 5 - Mind Your Own Bussiness

C'est un bon mot assez connu de Johnny Lydon : "Qui écoutait la basse dans les albums de rock avant Public Image Limited?". La prétention de l'affirmation est fameuse et assez hilarante, mais le bougre n'avait pas entièrement tort, bien au contraire. Le post-punk a absolument libéré la basse, et a fait de l'instrument rythmique de second plan une composante essentielle et sur-mixée de la musique rock dès 1977. Parmi les groupes qui avaient tout compris et avaient décidés d'être à la fois rock et funky, les pères fondateurs, ce sont les anglais de Gang Of Four, évidemment, avec leur "Entertainment!," album qui parle à la fois aux jambes et à la tête via des morceaux jouissifs. Mais dans la petite ville de Leeds d'où venait le Gang, d'autres groupes étaient apparus à la fin des années 70 pour proposer eux aussi des morceaux au groove sec, martial, efficace, tueur.


Parmi eux, Delta 5, qui est un genre de Gang of Four féminin et surtout féministe (quasiment des proto-riot grrrls à certain égards!). Fondé en 1979, le groupe avait la particularité d'avoir carrément deux bassistes dans le groupe (il fallait donc absolument en parler cette semaine), et a sorti quelques singles absolument parfaits avant de disparaître en 1982 dans des conditions regrettables, c'est à dire un peu après un premier album mal foutu et mal produit, descendu par la presse, et qui ne s'est pas vendu. Restent des morceaux, et le plus efficace et brillant d'entre eux, c'est évidemment le tube parfait "Mind Your Own Business", sorti en single en 1979. La basse, non pardon, LES basses font le morceau, elles sont sa colonne vertébrale, tout s'articule autour d'elles. Écoutez-les sur les couplets, quand elles lancent un riff absolument démentiel, mélange de funk, de disco, de punk, de tout ce que vous voulez du moment que ça groove. C'est répétitif à mort mais c'est d'une efficacité sans faille : tout le post-punk est là, dans des lignes de basse pareilles. Dessus, une batterie martiale qui appuie une rythmique binaire implacable. Et puis les voix, des voix de filles énervées qui vous lancent avec dédain et ironie "Can I have a taste of your ice cream? Can I lick the crumbs from your table? Can I interfere in your crisis? NO! MIND YOUR OWN BUSINESS!". Froid? Oui, totalement, et c'est ça qui est jouissif. Quand tout explose avec l'arrivée de guitares douteuses et crades, c'est le petit plus génial qui rend le morceau parfait. Un des meilleurs singles de tout le post-punk? Oui, assurément, écoutez-moi ça tout de suite, dépêchez-vous bon sang!



jeudi 10 septembre 2009

[Réveille Matin] Blur - Magpie

Pour moi, parler de la basse dans la musique rock sans évoquer une seule fois Alex James, ce serait comme causer de littérature française du XXème siècle sans évoquer Georges Perec : ça peut être compréhensible, mais sûrement pas excusable. En dehors d'avoir été peut-être le plus beau garçon des années 90 avec sa mèche devant les yeux que les garçons copiaient (ah, le jour où ma mère m'a dit "ah mais en fait, tu veux ressembler au garçon du groupe que t'aimes là, c'est ça?" après avoir vu une photo de James circa 94) et qui faisait fondre les filles, Alex James est probablement l'un des meilleurs bassistes de rock qu'on n'ait jamais entendu, et je dis ça toute fan attitude mise à part, plutôt comme un constat évident que je me dois de répéter dans un objectif plus informatif qu'évangélique. Faites un jour l'expérience simple d'écouter un album de Blur en vous concentrant sur la basse. C'est à tomber par terre. Alex James, c'est le maître de la basse qui groove, de la basse qui ne se contente pas simplement de marquer les harmonies ou d'accentuer le rythme : non, une basse avec lui, ce sont d'abord des mélodies, des tas de mélodies, des petits riffs de partout. Comme s'il ne supportait pas la simplicité, il est toujours en mouvement, sa basse bouge plus que tout, mais sans jamais en faire trop, parce qu'elle se fond avec un naturel époustouflant dans la musique. On est sur une note grave simple, et puis soudain, juste pour occuper une mesure ou deux, il vous lance un arpège dans l'aigu aussi efficace qu'inattendu. On est sur une suite d'accords débiles et rock (cf. le morceau "Movin' On" sur l'album Blur en 1997), mais lui, il fait pas juste "doo-doo-doo-doo" avec des croches toutes régulières, non non, il se lance dans un quasi-solo permanent, mais complètement noyé dans le mixage parce qu'il sait rester à sa place. Des exemples de son génie? Il y en a tant qu'il faudrait plus qu'un Réveille Matin pour en faire le tour. Il faudrait un sujet spécial, voir même un blog entier rien que pour lui (on en reparlera évidemment dans le "alors quoi?" consacré aux bassistes qui viendra en fin de semaine).

(Graham, Alex, Dave, Damon : Blur)

Alors, allez, un peu au hasard, prenons une très bonne face-b de 1994, qu'on trouvait sur le single de Girls & Boys (ce tube qui marche encore tellement bien en soirée et qui avait lui aussi une ligne de basse disco à pleurer) : Magpie. Un morceau méconnu, forcément, et à tort puisque Blur est peut être le groupe dont les faces-b sont au dessus de la moitié des "faces-a" des groupes concurrents à l'époque. Magpie, c'est Blur à mi-chemin entre la pop universelle plus riche qu'elle en a l'air de "Parklife," le côté psychédélique de leurs premières années et un sens si aigu du riff énergique (ah, si un jour on doit causer guitare électrique, Graham Coxon méritera une très gros paragraphe), le tout avec humour. En un mot comme en cent, c'est un chef d'œuvre de pop des années 90. Damon Albarn est égal à lui même : il chante des paroles idiotes (refrain : "and sometimes I.... see magpies!") sur des mélodies qui collent aux tympans. Et au milieu de tout ça, écoutez moi ces lignes de basses d'Alex James. Sur les couplets, c'est à tomber raide de groove. J'entend ça, je danse. Imaginez moi là, tout seul devant mon ordinateur à écouter ça. Et bah je danse sur mon siège. Comment peut-on résister à une ligne de basse pareille ? C'est le genre de détail de second plan qui distingue, pour moi, un très bon d'un excellent morceau. 4 minutes et 15 secondes de génie qui n'ont même pas vieilli ? C'est dans le player ci dessous, et y'a pas mieux pour commencer la journée.




Emilien.

mardi 8 septembre 2009

[Réveille Matin] The Breeders - Little Fury

La basse et moi, c'est une histoire d'amour. Une connexion intime. Quelque chose de physique. Quand j'avais 14 ans, j'improvisais des lignes de basses sur la guitare en écoutant des bootlegs live des White Stripes. Et s'il y a bien une personne qui a participé à cette passion immodérée pour cet instrument un peu mal aimé, c'est bien Kim Deal. Une légende. Bassiste des Pixies, elle a apporté à ce groupe un sens de la basse de sous-bassement. Comprendre, la ligne de basse qui porte un morceau sans rien dire. Une basse bien ronde, régulière, métronomique, jouée au médiator. Une basse qui se contente dans l'absolu de suivre les accords. Pas de fioritures, juste ce son grave imposant qui vrombit dans les tympans. Et quand Kim s'est lancée dans The Breeders, rejointe par sa soeur jumelle Kelley, alors que les Pixies n'étaient plus très frais, si elle est passée à la guitare, elle a transmit cette autre façon de groover aux différents bassistes du groupe.


Quand sort "Title TK" en 2002 (9 ans après le populaire Last Splash dans lequel on trouve la ligne de basse - encore elle - de Cannonball, tube 90's ultime qui passe encore à la radio de nos jours), les soeurs Deal offrent à leur musique un traitement purement minimaliste : un rock épuré, d'une simplicité biblique, remplis de silences, de trous d'airs. Elles offrent à un style de musique aussi rempli que le rock des vides, des absences. Et au milieu de tout ça, un seul instrument, immense : la basse. Régulièrement au cours des 12 parfaits morceaux de cet album, il ne reste plus que la voix et la section rythmique implacable basse-batterie, et c'est amplement suffisant. Pour preuve, le morceau d'ouverture de l'album, le parfait "Little Fury" que vous pouvez écouter dans le lecteur à gauche. D'abord une batterie et des voix qui harmonisent entre elles via des échanges de mélodies bizarres. Rien d'autre. On ne voit pas où cela nous mène. Puis soudain, silence, le cri d'une guitare au loin, et la basse qui arrive, imposante, lourde, régulière, précise ; une basse qui lance le morceau et qui lui donne du sens. Elle se lance dans un riff ultra complexe à un moment, seule, comme pour montrer que le reste du temps, le minimalisme est un choix conscient, puis elle retombe, lourde. Et se suffit à elle même. Les autres guitares, c'est du bonus, et certaines jouent la même chose. On ne remarque peut-être pas que sur le refrain, la basse n'est plus là. Mais chacun de ses retours retentit dans les oreilles. Et quand sur le dernier refrain, sur lequel Kim Deal chante avec sa voix la plus belle "Hold what you've got!", la basse ose le premier petit riff du morceau, c'est fait avec une classe absolument démentielle. Cette basse, elle est simple comme bonjour, mais elle est absolument parfaite comme ça. Et c'est pareil sur tout l'album "Title TK", un album complètement oublié, un chef d'oeuvre de poche qu'on ne verra sûrement pas dans les tops de la décennie, ni lui ni son frère Mountain Battles sorti l'année dernière, mais qui mérite pourtant une place de choix, parce que The Breeders n'ont jamais aussi parfaits, bizarres, efficaces et pop que sur ce bijou plus alternatif que tout.

Incroyable mais vrai : ces gens-là ont crée deux des meilleurs albums rock des 00's.


Emilien

lundi 7 septembre 2009

[Réveille Matin] Treik Deeperheit - Bassassin

Bonjour à tous ! Nous sommes Lundi et comme tous les Lundi, il est temps de vous proposer un nouveau sujet d'étude qui sera le fil conducteur de vos cinq prochains petits déjs. Cette semaine, nous allons vous parler de la guitare basse, de la contrebasse, de bassistes à la cool et des différents types d'utilisation que l'on peut faire de cet instrument souvent sous-estimé, et nous allons tout de suite commencer avec un premier exemple : le gros riff de basse de tueur, et pour cela, quoi de mieux qu'une chanson comme Bassassin, de Treik Deeperheit ?




Treik, lorsqu'il ne joue pas de basse, se prend pour Daniel Johnston.


Treik Deeperheit est un jeune homme originaire de région Parisienne et faisant partie de la clique underground regroupant entre autres The Snobs, Le Aids ou encore SunJ. Depuis 2004, il enregistre seul en autoproduit disons BEAUCOUP de disques. Si mes comptes sont bons, sans parler de collaborations ou d'inédits, une bonne demi douzaine de LPs et le double d'EPs ont été sortis numériquement (ou sur support CD), ce qui n'est pas mal pour un homme seul.

Treik et ses Deeperettes :
Duckfeeling (The Snobs) à la guitare et Le Aids à la basse, au Far From the Beach Festival.

La musique de Treik est assez difficile à définir puisqu'il a tendance à aller du rock à l'électronique en passant par de la pop expérimentale, mais quoi qu'il en soit, de par son originalité, il n'est pas toujours très évident d'y retrouver des influences, et je me contenterai d'évoquer les beuglements à la fin du DJ de Bowie pour parler de Bassassin (tirée du dernier LP de Treik, "Day of Fabulous and Revolutionary Machine," 2008) en les comparant vaguement aux hurlements habités de Treik, dans un anglais très frog, avec un manque de justesse fort à propos, à deux doigts de la rupture, le tout sur un riff de basse
et une boite à rythme très simples, répétés ad lib, avec une vigueur qui fait plaisir à entendre, alors que Treik s'exclame "I really think the best for you is me and I try to explain you this fucking problem." Pour faire du rock, pas besoin d'être bilingue, pas besoin de réussir non plus, non, il suffit d'essayer, et la productivité Do It Yourself de Treik Deeperheit est un sacré exemple à suivre, vous ne trouvez-pas ?


Joe