C'est entendu.
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mercredi 9 novembre 2011

[They Live] Synthés, bruit et rencontres à tous les étages, BBMix 2011, Deuxième

En ouverture de cette très satisfaisante nouvelle édition du festival BBMix de Boulogne-Billancourt, rien ne pouvait mieux tomber sur nos crânes abattus par la journée de labeur que le couperet opportun conçu par avance ou peut-être plutôt improvisé par le duo franco-français inédit formé par le souriant dilettante du synthétiseur vintage, Étienne Jaumet, et le gourou de la guitare exploratrice, Richard Pinhas. Depuis des décennies, ce dernier insuffle à ses disques, ses nombreuses collaborations (la dernière en date l'associait à Merzbow) et ses apparitions publiques de subtiles touches de bruit contrôlé tandis que de son côté, Jaumet continue d'apparaitre sur scène, en duo avec Zombie Zombie ou seul, et à s'entourer de synthétiseurs sans forcément donner l'impression de les maitriser totalement. Il était étonnant de voir ces deux-là sur une même scène, Pinhas assis sur une chaise, entouré de pédales d'effets, et Jaumet debout au centre de son attirail électronique, en début de soirée qui plus est alors même que l'attention du public n'est pas à son summum... Et pourtant quelle réussite ! Je ne vous mentirai pas, je me suis endormi assez rapidement. Pas par ennui, bien au contraire ! Thelonius H., qui était à mes côtés et qui roupilla lui aussi m'avoua avoir ressenti la même chose : la rencontre du groove simplissime, répétitif et chaleureux de Jaumet et des déflagrations contrôlées d'électricité de Pinhas étaient à tel point la musique qu'il nous fallait, celle que nous aimons, psychédélique et violente à la fois, tubulaire et parsemée d'éclats de shrapnels, que nous fumes ravis au point de nous laisser aller. Entièrement. Ergo la pionce. En nous réveillant à la fin du set, pour applaudir, nous étions comblés après un somme relaxant, apaisant, et nous en aurions volontiers repris une dose ! Nous étions restés suffisamment éveillés pour apercevoir le sourire énorme d’Étienne lorsqu'il bidouillait (sans aucune prouesse technique ou particulière notion de rigueur mais en avait-il besoin ?) ses machines et avions chopé un boner en le voyant attraper un sax'. Le reste du festival pouvait bien sentir les pieds, nous avions trouvé satisfaction et ne regrettions qu'une chose : n'avoir pas eu le temps d'interviewer ces deux-là, pour leur demander entre autres choses s'ils prévoyaient d'enregistrer ensemble.


Lorsqu'Étienne Jaumet s'est décidé à sortir le saxophone, nous étions sereins, nous pouvions dormir.


Comme nous l'avaient révélé les deux musiciens de Zombi quelques heures avant leur concert, ce soir-là, ils n'avaient pas prévu de jouer autre chose que des morceaux issus de leurs premiers albums ("Cosmos" et "Surface to Air") par pure notion pratique et pour éviter de trop s'endormir (eux aussi) sur leurs instruments en tentant de jouer les morceaux aux structures simples et répétées de leur dernier disque, "Escape Velocity". Le problème est que leur breakthrough médiatique n'a eu lieu qu'en 2009 avec "Spirit Animal" et qu'en excluant tout morceau de cet album et du dernier de la liste des quelques compositions jouées, le groupe ne pouvait que s'aliéner à moitié une partie moins avertie du public. Pas de bol non plus, le son des balances n'était pas vraiment parfait, et Paterra semblait taper trop fort, ou pas assez, pour accompagner la basse de Steve Moore et les boucles synthétiques séquencées. Malgré une rigueur martiale et quelques belles envolées sur la fin, le set ne pouvait nous convaincre entièrement. On espère alors que les prochains disques annoncés par le groupe lors de leur interview seront un compromis entre les structures éclatées des morceaux joués ce soir et les sons et ambiances moins froides que le groupe a explorées ces dernières années.


Trop renfermés sur des morceaux complexes et antidatés, les deux musiciens ne parvinrent qu'à moitié à faire vivre leur musique.



(Silver Apples - Oscillations)

Le concert suivant devait être à l'opposé beaucoup moins professionnel mais aussi sacrément plus émouvant. Simeon Coxe, seul membre désormais du duo Silver Apples (suite à la disparition du batteur Danny Taylor), débarquait sur scène avec un étrange galurin, un sonotone et quelques vieux instruments, dont le fameux oscillateur qui fait tout son bonheur. Apparemment peu concerné par les mœurs voulant qu'un vieux briscard comme lui joue surtout ses titres les plus connus (mais après tout, l'est-il vraiment ?), Simeon préféra enchainer une liste de morceaux sans forcément se forcer à déballer les tubes de ses deux premiers albums (on aura tout de même droit à Oscillations en rappel et à quelques autres comme A Pox on you, Misty Mountains...). Au lieu de cela, ce sont des morceaux plus récents, ou tout simplement plus inattendus (comme une collaboration avec Pete Kember, alias Sonic Boom, ou bien un morceau trèèèèèès étrange et minimaliste intitulé I don't know) qui remplirent l'espace sonore avec plus ou moins de pertinence. Coxe, statique au possible et forcé de l'être par l'accident de voiture qui lui a brisé le cou à la fin des années 90, ne se contenta pourtant pas d'enchainer et son amour pour la scène et la musique elle-même était visible à la fois dans les remarques foireuses précédant les chansons et dans sa façon d'utiliser son oscilloscope avec passion. Le voir triturer ce petit objet pour en faire sortir toujours plus de variations du même bruit, se planter dans l'enchainement des boucles et s'en amuser, et tout cela tandis que de chaque côté de l'avant-scène, de très jeunes femmes se mettaient à danser au son des battements enregistrés de Danny Taylor, c'était comme un miracle et ce spectacle avait quelque chose de particulièrement touchant. Quiconque doute de l'intérêt d'aller voir des papys réciter leur répertoire machinalement n'aura pas tort, mais il est revigorant de savoir qu'il est des papys qui font... de l'oscillateur.

L' attachante déferlante d'oscillations imprévisibles et non professionnelles de Simeon Coxe aura prouvé que toutes les filles ne remuent pas que pour Justin Bieber.


Après un vendredi chargé, l'équipe de C'est Entendu a fait l'impasse sur le second jour du festival.



(Olivensteins - Fier de ne rien faire)

Le troisième jour s'ouvrait avec une conférence donnée par Eric Tandy, le parolier (et frère du chanteur) des Olivensteins, l'un des (seuls) groupes français à avoir suscité un minimum d'intérêt lors de l'explosion punk à la fin des années 70. Après une projection, le plus intéressant fut la série de questions/réponses proposée et les remarques très amusantes, pertinentes et directes de Tandy. L'une d'elles en particulier m'a semblé intéressante. Parlant de l'évolution du punk rock après 1979, il dit en substance "Au moment de l'élection de 81 on n'est pas allé voter. Le punk c'était mort en 81, et même avant les élections. Avec Mitterrand, c'était différent. Pour être contre, il fallait être pour. On n'avait plus rien à faire là.". Probablement. J'aurais peut-être dû demander à Tandy s'il pensait que cet état de fait avait changé depuis 30 ans mais je connaissais déjà la réponse. A la fin de la conférence, un documentaire consacré à Dominique Laboubée, regretté leader des Dogs (l'autre groupe affilié punk venu de la scène rouennaise à la fin des 70's) était diffusé qui nous donna envie de dépoussiérer nos disques et d'écouter la guitare de Dominique cheminer du punk des Stranglers à la powerpop des Flamin' Groovies sans passer par la case "Made in France".


(Dogs - Walking Shadow)

Le premier concert de notre soirée fut analogue à celui qui ouvrit le Vendredi : une géante somnolerie, certes bienvenue mais beaucoup moins justifiée par la qualité de la musique offerte. Les boucles de violon d'Agathe Max, malgré quelques décollages sonores, manquaient nettement de charme, d'intérêt et même d'envie. Sans direction ni originalité, sa musique ne pouvait qu'être, comme celle de Jaumet et Pinhas, une réussite circonstancielle ou un échec attendu. Pas de chance, les conditions n'étaient absolument pas réunies.



(The Skull Defekts - Rhythm is the Key)

Bien plus impressionnante fut l'entrée en scène des suédois The Skull Defekts. Sans Daniel Higgs (le chanteur de Lungfish, et récemment intégré au quatuor) et dans un grand jour pour du noise rock tribal, les musiciens, tous vêtus de noir, restèrent tapis dans l'ombre tandis que la batterie créait une transe et nous rendait extatiques. Lorsque le riff lourd de guitare tomba, le grand et charismatique Daniel Fagerström se lança dans une sorte de danse chamanique ralentie, avançant lentement d'un bout de la scène à l'autre, remuant les mains devant lui en une sorte de macarena invocatrice, évoquant un Ian Curtis concentré. Impressionnant. Le groupe devait jouer un seul extrait de "Peer Amid" (2011, l'album avec Daniel Higgs) et se concentrer sur de précédents riffs, dont la répétition frénétique créait une structure circulaire d'une violence cinétique volontiers communicative à nos jambes, mollets et genoux, malgré la position assise. Les percussions et les quelques ajouts électroniques de Jean-Louis Huhta ajoutaient les détails nécessaires pour rendre l'ensemble encore plus passionnant, et Fagerström, en meneur de meute charmeur, de faire entendre sa voix, certes moins puissante que celle de Higgs mais tout de même convaincante, dans sa fausseté comme dans sa volonté sonore. Contrairement à ce que le groupe nous avait confié (lors d'une interview, plus tôt dans l'après midi, que vous pourrez lire dès demain) espérer, le public ne se leva pas de ses sièges et personne ne dansa vraiment. A vrai dire, ça n'est pas de danser que l'on ressentait le besoin, mais plutôt de se recueillir avec une monacale violence et un désir d'action, devant l'un des concerts les plus inspirants de l'année. Tant de simplicité, d'énergie et de symbiose entre les musiciens, voilà qui force le respect !

En clôture du festival, nous attentions beaucoup des américains de Bardo Pond et la belle silhouette de leur chanteuse nous avait coincés avant même la première note, mais pour qui n'avait jamais vu le groupe sur scène, l'image attendue n'était pas au rendez-vous : ce sont quatre barbus bedonnants armés de guitares et de fûts qui entouraient la jeune femme, et leur posture laissait entrevoir quelque chose de lourd, de très lourd. Et en effet, malgré nos bonnes intentions (il est vrai majoritairement définies par quelques écoutes éparses de la musique du groupe et par une chanson en particulier : l'excellente Inside, sur "Dilate", 2001), le boucan primaire qui devait résulter de compositions simplistes (on pense à Mogwai, dans un genre différent), d'un batteur extrêmement limité (à coté, Ringo Starr est un génie) et d'un son écoeurant, ne pouvait que nous casser les oreilles, littéralement. Tanqués sur nos positions plus longtemps que prévu (pour la seule raison qu'Isobel Sollenberger était jolie, avouons-le), nous dûmes nous résoudre à foutre le camp pour éviter la migraine carabinée et la colère face à tant de bruit pour rien. Cette agaçante déferlante de soft-noise-rock pour métalleux-hippies ne suffit pourtant pas à nous gâcher le souvenir d'un festival réussi où les bonnes surprises et les réussites attendues ont pris un large avantage sur les déceptions. Nous en serons à nouveau dans un an, et avec le sourire !


Texte : Joe Gonzalez
Photos : Emilie B.
Participation supplémentaire : Arthur Graffard, Mx, Thelonius H.

mercredi 2 novembre 2011

[Alors quoi ?] Interview de Zombi, BBMix 2011, Première

Le weekend du 21 au 23 octobre 2001, C'est Entendu était au BBMix de Boulogne Billancourt, un festival au tarif démocratique et à la programmation souvent passionnante qui accueillait cette année quelques musiciens particulièrement intéressants. Avant de vous raconter comment c'était, nous vous proposons de vous intéresser de plus près au duo américain Zombi, dont le dernier album en date, "Escape Velocity" a paru il y a quelques semaines. Dans une loge spartiate où seules deux ou trois bouteilles de champagne rappelaient que le rock'n roll n'est pas tout à fait mort, nous avons discuté avec Steve Moore et Anthony Paterra de leurs projets parallèles, la suite du programme pour Zombi, leur conception des tournées et de la difficulté pour un groupe à contre-courant de survivre pendant dix années sur la route.

Anthony E. Paterra (batterie, synthés) et Steve Moore (synthés, basse)


C'est Entendu - Alors ? Deux concerts seulement puis de retour aux Etats Unis ?

Steve Moore - Oui, ce soir (BBmix Boulogne) et demain soir au festival Supersonic de Birmingham. C'est à peu près tout le temps dont je dispose pour tourner. Nous n'avons pas beaucoup de vacances. Je ne peux pas vraiment me permettre de prendre du temps pour ça sans risquer d'être viré, ce que je ne veux absolument pas.

CE - Combien de temps vous êtes vous éloignés de chez vous cette année ?

SM - A peu près deux semaines seulement.

CE - Est-ce la première fois que vous jouez en France ?

Anthony E. Paterra - Non, nous sommes en venus ici en 2006. Nous avons joué 3 concerts avec Isis et puis nous sommes partis 2 semaines au Royaume-Uni avec Thrones (Joe Preston NDLR)

CE - Vous ne tournez pas beaucoup en Europe n'est-ce pas ?

AEP - Nous n'avons jamais fait une vraie tournée européenne
SM - Hmm… nous avons joué à…
AEP - Amsterdam. Antwerp. Paris.

CE - Mais est-ce par manque de temps, par manque de propositions ? Il y a pourtant pas mal de gens intéressés par ce que vous faites par ici…

AEP - Je pense que ce qui s'est passé, c'est que le moment où cela aurait pu se faire est arrivé alors que nous ne tournions déjà plus. Il y a quelques années, si les opportunités s'étaient présentées nous l'aurions fait. Maintenant, nous en avons la possibilité mais nous ne sommes plus en mesure de nous lancer dans de longues tournées.

SM - Lorsque nous avons commencé il y a 8 ans, nous avons beaucoup tourné entre 2003 à 2006. Si en 2004 ou 2005 nous avions eu les contacts que nous avons aujourd'hui en Europe, nous l'aurions fait. Mais les quelques dates que nous avons faites en Europe n'ont pas été la meilleure expérience qui soit, parce que les gens qui organisaient nos concerts n'avait pas les bonnes connections pour louer les synthétiseurs dont j'avais besoin et nous ne pouvions pas nous permettre de transporter les miens jusqu'ici. Je devais donc amener mon ordinateur portable et utiliser des logiciels pour imiter mes synthétiseurs ce qui n’est vraiment pas aussi amusant qu'avec le matériel… Ce que je veux dire, c'est que les synthétiseurs sont le groupe ! C'est le point central de notre musique… Aujourd'hui, nous recevons des offres de promoteurs qui ont la possibilité d'avoir tel ou tel synthétiseur en location, donc c'est plus simple de dire oui. Mais ce n'est pas pour autant que nous allons faire de longues tournées ici.

CE - Êtes-vous conscients de la presse autour du groupe en Europe, et en France en particulier ?

SM - Je ne crois pas non… Et toi ?
AEP - Non…

CE - Parce qu'elle globalement bonne…

AEP - C'est une bonne chose !

CE - Parlons d'"Escape Velocity", votre dernier album. Il semble beaucoup plus tendu, plus offensif et décisif, plus fort. Est-ce en réaction aux albums précédents ? Est-ce quelque chose dont vous discutez auparavant, une direction sur laquelle vous vous mettez d'accord ?

SM - Je crois que chacun de nos albums est une réponse à l'album précédent, un retour de bâton ou une réaction forte. Nous avons créé ce groupe après avoir chacun passé du temps dans des formations post-punk et no wave, Zombi allait à l’encontre de tout ça. A cette époque, là d’où nous venions ( Pittsburgh, Pennsylvanie NDLR), "prog rock" était un vilain mot… Il y a toujours eu une scène mais bon…
AEP - Il y a eu une brève période où The Mars Volta est devenu vraiment important et où les gens se disaient "peut-être que c'est cool ?".
SM - Mais c'était de toute façon après que nous ayons lancé Zombi…

CE - Mais ce n'est pas vraiment le même rock progessif…

AEP - Absolument. Ce n'est pas la même chose.
SM - Nous venons d'une autre face du prog.
AEP - Mais à l'époque, je me disais que si les gens commençaient à écouter des choses comme ça, ils seraient certainement un petit peu plus ouverts à notre musique.

CE - Le retour des synthétiseurs dans les années 2000 est certainement pour beaucoup dans la visibilité donnée à votre groupe. Depuis 2007, 2008 en particulier.

SM - (rires) Oui. Et à cette époque-là nous étions déjà passés à autre chose. Nous avions arrêté de tourner… Nous n'avons enregistré qu'un seul album depuis. "Spirit Animal" en 2008 (paru en 2009 NDLR). Mais là encore on en revient à cette idée de réaction forte à l'encontre de quelque chose, de retour de bâton. Nous jouions une sorte de synth-math-rock mais nous tournions sans arrêt avec des groupes de shoegaze, de stoner, de metal… (silence) Je crois que c'était aussi une réaction au fait d'être catalogué comme LE duo synth-rock.
AEP - Je ne sais pas ce qui s'est passé sur cet album…
SM - On a juste voulu dire "Tu sais quoi ? Qu’ils aillent se faire foutre. Faisons un gros album de prog rock avec des guitares". Parce que tout le monde disait qu'on ne faisait de la musique qu'avec des synthétiseurs parce qu'on était anti-guitares, ce qui est faux. On a alors enregistré un album avec plein de guitares, qui serait impossible à jouer en live…
AEP - Et c'est effectivement ce qui s'est passé…
SM - Nous n'avons en effet jamais joué les morceaux de l'album sur scène…
AEP - Nous avons tout de même essayé de jouer Cosmic Powers. Ce n'était pas si mauvais… Nous parlions d’engager quelqu'un pour jouer de la guitare avec nous sur scène, mais c'est devenu un cauchemar d'essayer de jouer les morceaux de cet album.



(Spirit Warrior, sur "Spirit Animal")

SM - C’est à la même époque que nous avons fini par ne plus avoir envie de tourner. Nous avons passé des années sur la route et nous ne nous sommes jamais fait un centime. Je me suis tellement endetté à titre personnel… La tournée en elle-même ne nous coûtait pas d'argent, mais une fois rentrés à la maison, les factures s'empilaient. Je n'avais pas d'argent pour payer les traites ou même mes courses alimentaires. J'en suis arrivé à un point où j'ai du me trouver un job pour me remettre à flot.
AEP - Mais nous avons vraiment essayé !
SM - Ça c'est sûr ! Nous avons donné tellement de concerts… En 2006 nous avons participé à environ 200 concerts. L'autre problème, c'est que nous étions la perpétuelle première partie sur tous les shows que nous donnions. Nous n'étions donc jamais bien payés, et nous n'avions jamais l'attention de la presse…
AEP - Le plus ironique dans tout ça c'est que même ces groupes qui étaient mieux payés et avaient meilleure presse ne se faisaient même pas tant d'argent que ça.
SM - Ils se faisaient 4 fois plus d'argent que nous et même ça, ça n'était pas beaucoup. C'est plutôt triste.
AEP - Ça coûte cher d'être un groupe en première partie d'une tournée.
SM - Pour pouvoir évoluer en tant que musiciens professionnels au niveau auquel nous étions à ce moment-là, il aurait fallu être indépendants financièrement et ne pas avoir à se soucier des factures et des traites. Mais comme Tony l'a dit, nous avons mis du cœur à l'ouvrage.


AEP - Pour en revenir à "Escape Velocity"… Le morceau-titre, que Steve a écrit, et que nous avons joué avant de l'enregistrer, était une sorte de modèle pour ce qui allait suivre. J'ai écrit ensuite deux morceaux de mon côté et Steve deux autres. Ça donnait presque 40 minutes de musique, alors on s'est dit qu’on allait essayer de faire un album avec ce que nous avions. Ce n'était pas vraiment prémédité, nous pensions peut-être sortir un EP mais pas vraiment faire quelque chose de plus important…
SM - Nous n'avions rien sorti depuis quelques années et nous avions des compositions prêtes chacun de notre côté qui nous semblaient assez abouties alors…
AEP - Durant ces quelques années, après "Spirit Animal", je ne savais pas si le groupe allait continuer ou s'arrêter. Je doutais que nous puissions sortir un nouvel album ensemble un jour. Mais je suis heureux que nous l'ayons fait, parce que le public l'aime, et moi aussi…

CE - "Escape Velocity" semble plus moderne, plus contemporain et sort de l'univers Carpenter dont vous venez… Cela se traduit notamment à travers le mixage de l'album mais aussi à travers le jeu et le son de la batterie qui est plus imposant, plus rock, moins seventies et mat comme sur "Surface to Air". Est-ce, là encore, quelque chose de prémédité ?

AEP - Je ne crois pas que nous ayons prémédité quoi que ce soit. Les batteries sonnaient comme ça, assez naturelles. Sur l'album, il n'y a pas tant de travail effectué sur les batteries, ce ne sont que des versions améliorées des versions brutes originales.
SM - Mais nous voulions un son lourd naturel…

CE - Oui, il y a beaucoup d'air et d'espace dans ces batteries…

SM - Lorsque nous mixions des albums comme "Surface to Air", je voulais que les batteries sonnent comme celle d'Alex Van Halen ou de Neil Peart. Tu vois ? Avec un "gate" très court, un petit peu d'effets sur la "tail"… On voulait un son très compact façon fin seventies, début eighties. Mais c'était en 2006. Cinq ans ont passé, et nous avons été exposés à beaucoup de nouvelles musiques. De manière consciente ou non, nous avons essayé d'incorporer ces nouvelles idées et non pas de coller au son d'une époque précise. Nous ne recherchions pas le son d'une époque en particulier sur cet album. Nous nous sommes simplement dit "ayons notre propre son, faisons ce dont on a envie et c'est tout".

CE - Est-ce que vous trouvez cet album homogène ? La première face comporte les morceaux de Steve et la seconde ceux d'Anthony. Pourquoi ne pas les avoir mixées ?

AEP - Nous étions conscients que les morceaux sonnaient légèrement différemment, tout simplement parce qu'ils ont été enregistrés de manière différente.
SM - Nous avons également vécu dans des villes différentes ces dernières années…
AEP - Vis à vis du tracklisting, c'est tout simplement comme ça que cela sonne le mieux.
SM - Sans tenir compte de qui a écrit quoi, l'ordre des titres sur l'album ressemble à l'idée que nous nous faisons du tracklisting d'un album de Zombi, dans sa structure. Je crois qu'en général nous utilisons ce même type de séquence…
AEP - Ce n'est pas vraiment le cas pour "Spirit Animal" ceci dit…
SM - Mais encore une fois, "Spirit Animal" était l'album qui disait "J'emmerde Zombi".



(Miracle - Sunshine Hall, sur "Fluid Window", 2011)

CE - Vous avez tous les deux de nombreux projets parallèles… Commençons par le plus récent. Miracle (nrd: Steve Moore + Daniel O'Sullivan, membre de Guapo, Miasma and the headless carousel, Sunn o))), Ulver AEthenor, etc.) ? Ce soir, en même temps que votre concert à Paris, a lieu un concert de Miracle à Londres ? Comment se fait-il que tu n'y sois pas Steve ?

SM - En fait, ce soir est une première pour Daniel, il donne un show de Miracle en solo. Je n'ai plus vraiment le temps de faire des tas de concerts. J'ai un boulot et un enfant d'un an et demi à la maison. Mes priorités sont ailleurs. Daniel est un musicien professionnel à plein temps, il a 4 ou 5 groupes, joue tout le temps, n'a pas de boulot à côté… Il va continuer à donner beaucoup de concerts de Miracle en solo. Miracle est une collaboration en termes d'écriture. Je me concentre plus sur la production et l'incarnation live de Miracle ne m'inclut pas.


CE - Est-ce que Miracle a prévu de sortir quelque chose d'autre que "The Visitor", votre EP de début d'année ?

SM - Oui, nous travaillons sur un album, la plupart des morceaux sont terminés, mais nous ne sommes pas encore sûrs de ce que nous voulons en faire. Peut-être allons nous sortir un deuxième EP avec quelques titres, en gardant le reste de côté, et nous verrons ce qui se passera ensuite…

CE - Et toi, Anthony, où en es-tu avec tes projets ?

AEP - Nous lançons un label de cassettes audio, appelé VCO Recordings… Avec un peu de chance, lorsque nous rentrerons, les cassettes de notre première sortie (Majeure, le projet solo de Tony Paterra, NDLR), seront arrivées chez moi. C'est une cassette de trois morceaux dont un titre sur lequel nous avons un peu collaboré tous les deux… Steve va aussi sortir certaines de ses compositions et nous sommes également en discussion avec d'autres personnes. C'est plutôt amusant de s'occuper de tout ça…
SM - Nous avons aussi quelques autres sorties cools de prévues… Nous n'avons pas vraiment commencé à faire la promotion de VCO.
AEP - C'est excitant, amusant, pas cher et très facile de sortir une cassette. Et puis c'est un objet physique… Majeure va également sortir un split avec Steve Moore sur Temporary Residence.
SM - Est-ce qu'on a une date de sortie pour ça ?
AEP - Je crois que ça sera après 2011… Fin février ou un peu plus tard.
SM - On vient juste de recevoir les masters. Ça va être un bon disque.
AEP - Ça va être très cool.
SM - Super artwork…

CE - Comme toujours…

SM - C'est une personne différente (de celle qui a réalisé les artworks de Zombi) puisque ce n'est techniquement pas un disque de Zombi, bien qu'on n’en soit pas si éloigné, j'imagine.
AEP - Il y a tout de même une division des titres qui est très claire (entre Majeure et Steve Moore) dans le son des morceaux. En dehors de ça, avec Majeure, j'ai beaucoup de choses en cours mais ça me prend tout simplement un temps infini à terminer.



(Maserati - Pyramid of the Sun)

CE - Est-ce que tu joues toujours avec Maserati ? (Steve Moore a joué sur le dernier album en date "Pyramids of the Sun", et Anthony E Paterra a accompagné le groupe sur la tournée qui a suivi, en remplacement de feu Jerry Fuchs).

AEP - Non, c'était juste pour ces dernières tournées. Ils voulaient que je devienne membre du groupe à plein temps. J’ai préféré consacrer plus de temps à ma propre musique. J'aime énormément leur groupe mais ce n'est pas MON groupe. Pour moi, ce sera toujours celui de Jerry, et leur musique n’est pas celle sur laquelle j'ai envie de jouer de la batterie à plein temps. Mais de ce que j'en sais, ils ont de nouveaux morceaux… Je ne suis pas sûr qu’ils aient trouvé quelqu'un d'autre pour jouer dessus…

CE - En effet. A un moment ils n'étaient même pas certains de continuer après cette dernière tournée…

AEP - Oui, mais ils pensent finalement poursuivre, et c'est une bonne chose.
SM - Je crois que Matt s'est acheté un Oberheim DX (boîte à rythmes du début des 80's, NDLR)…Ca serait énorme s'il l’utilisait avec Maserati ! Ça serait trop bon de voir un gros groupe de rock en tournée avec juste une boîte à rythmes au fond de la scène.
AEP - Hmmm, je ne sais pas si ça marcherait…
SM - Mais ça serait énorme.



(Lovelock - Pino Grigio)

CE - Steve, des projets avec Lovelock ? Vas-tu enfin sortir un album entier ?

SM - Oui, enfin. Il sortira fin février 2012 sur le label de Prins Thomas, International. Il sera précédé et succédé par des 12". L'un est un edit de Maybe Tonight avec un remix génial de Morgan Geist qui a déjà été publié sur la compilation "Dj Kicks" de Chromeo. Morgan Geist est un producteur phénoménal et ce qu'il a fait de mon morceau est vraiment orienté dancefloor. Et l'autre 12" contient un remix par Romain Turzi avec qui j'ai joué à New York il y a quelques temps et nous sommes restés en contact. Un gars talentueux et un très bon producteur.

CE - Connaissez-vous les autres artistes à l'affiche ce soir ?

SM - J'ai joué avec Richard (Pinhas) il y a quelques mois… Et Tony a joué avec Étienne (Jaumet) de Zombie Zombie.
AEP - Oui, j'ai joué avec lui dans un festival ici en France en Février mais je ne me souviens plus lequel…

CE - Mo'Fo ?

AEP - Oui ! C'était ma première tournée avec ce projet, nous avons fait 6 dates, c'était plutôt cool.

CE - Quels artistes appréciez-vous sur Relapse Records, votre label ?

SM - Je ne sais même pas ce qu'ils sortent aujourd'hui…Je dois être honnête et dire que je ne suis pas au courant de la musique qui sort aujourd'hui. Lorsqu'on a signé sur Relapse, j'aimais vraiment le métal. J'aimais le métal à la fin des 80's comme tous les mecs au lycée.

CE - Ce n'était pas vraiment le même métal...

SM - Non, bien sûr… Je parle évidemment de Megadeath, Metallica, Obituary, Slayer, ce genre de groupes. Et quand on a signé chez Relapse, j'ai eu comme un regain d'intérêt pour cette musique. Mais je ne suis plus vraiment au courant de ce qui se fait.

CE - Zombi ne représente ni la même musique, ni le même état d'esprit qui unit les autres groupes Relapse.

SM - Absolument.
AEP – J’avoue ne pas savoir ce qu'ils sortent aujourd'hui chez Relapse. Mais, ils s'occupent bien de nous et sortent nos albums...
SM - Pour diverses raisons, nous sommes également un groupe intéressant pour eux.
AEP - Et ce n'est pas comme si tout le monde venait nous proposer de sortir nos disques.

CE - Relapse sort aussi les disques de Titan (autre groupe de Steve).

SM – Oui et Titan colle effectivement mieux à Relapse que Zombi. Relapse sort quelques groupes plus progressifs et il se trouve que Titan est particulièrement "stony". Nous avions un album tout prêt qu’un autre label devait sortir mais le deal est tombé à l'eau, j'ai donc proposé qu'on se tourne vers Relapse et ils ont été intéressés ! Mais le groupe est ensuite arrivé dans une impasse. Nous sommes dispersés partout dans le pays, ce qui n’arrange rien…

CE - Mais, dans le fond, il nous semble que Zombi ne choque pas tant que ça au milieu des groupes majoritairement metal de Relapse. A nos yeux, votre image n’est pas celle du groupe « à part » dans le roster du label.

AEP - Pour le premier disque, nous étions tout simplement heureux de pouvoir le sortir, mais après plusieurs années j’ai commencé à m’interroger : "Je ne sais pas, ça me paraît étrange, on essaie de faire des choses vraiment différentes de ce que font tous leurs groupes". Nous n'étions pas particulièrement enthousiasmés par la musique qu'ils sortaient, et pourtant c'est aussi un peu ce que tu recherches dans un label qui sort tes disques : avoir un intérêt pour ce qu'ils sortent.
SM - On a fait des shows avec Pig Destroyer !
AEP – Ce sont vraiment des gens biens et sympathiques. Mais il y a effectivement eu une sorte de lutte pendant une période, une quête d'identité. Aujourd’hui ça n'a plus aucune importance.

CE - Ça ne serait de toute façon pas évident de trouver un label qui colle à 100% avec Zombi.

AEP - Hmm… Certains, peut-être. Nous avons par exemple envoyé notre dernier album à Warp Records pour voir ce qu'ils pourraient en penser. Mais de toute façon, nous ne vendons pas assez d'albums et nous ne tournons presque pas… Je ne suis pas sûr que nous serions intéressés par tout ce que les groupes de ces labels ont à faire : des tournées, des vidéos… Et puis le truc c'est que les groupes veulent des labels qui vont leur donner beaucoup d'argent en avance, mais ils ne réalisent pas qu'ils vont devoir rembourser tout cela d'une manière ou d'une autre.
SM - Après 10 années d’existence, dont 8 avec Relapse, ce n'est qu'aujourd'hui que Zombi commence à faire des bénéfices. Nous sommes maintenant complètement mariés à Relapse.
AEP - Donc si jamais nous sortons un nouvel album de Zombi, nous devrions le sortir avec eux...

CE - Donc vous pensez sortir un nouvel album de Zombi ?

SM - Nous aimerions, oui.
AEP - Nous en discutons.

CE - Alors, quelle sera la réaction de ce prochain album vis-à-vis du précédent ?

SM - C'est une très bonne question. Peut être cela sera-t-il un album de soft rock !
AEP - Je ne sais pas… Je crois que nous ne voudrons pas refaire quelque chose qui soit si droit, si carré, si dansant, en 4/4 comme "Escape Velocity". Cet album est vraiment un plaisir à écouter mais ça ne me dérangerait pas d'en faire un peu plus à la batterie !
SM - Ce n'est pas un album amusant à jouer. Les rythmes sont simples mais les basses sont toutes séquencées, donc je n'ai pas grand chose à jouer. Nous avons joué le morceau Escape Velocity quelques fois en live, et je crois que ça sonnait bien, mais c'était vraiment long et chiant à jouer. Pour ce soir et les dates de cette tournée, nous ne jouons que des morceaux de l'époque de "Cosmos" et "Surface to Air". Donc, peut être que le prochain album sera plus ancré dans cette musique là, plus math, plus prog, différentes structures, des signatures rythmiques étranges… Mais qui sait ? Ça ne sera peut-être pas ça du tout.
AEP - En gros, on verra ce qui va sortir de nos cerveaux pendant l'année qui vient…
SM – Sinon on a toujours des trucs soft rock qu'on n’a jamais enregistrés…

CE - Vous devriez y consacrer un nouveau projet !

AEP - Ouais ! Mais Steve peut faire ça tout seul…
SM - Oui, Lovelock est presque un projet soft rock. (rires)
AEP - Tout est là. Donne-moi des morceaux sur lesquels jouer de la batterie, et je le ferai…



Propos recueillis par Mx et Joe Gonzalez. Interview préparée par Mx et Joe Gonzalez.

mardi 13 septembre 2011

[Alors quoi ?] Festival BBMix 2011

Nous n'en étions que de fervents visiteurs mais depuis que le BBMix nous a littéralement soufflés sur place en 2010 avec la prestation de Swans, nous avons décidé d'y établir un camp de base, un village vacances, notre destination de choix pour la fin-Octobre et l'édition 2011 du festival, toujours aussi économiquement et artistiquement compétitive, sera le premier jalon de notre engagement total envers ce petit bijou de la scène festivalière française.




Pour sa septième édition, le BBMix conserve ses pénates du Carré Belle-Feuille, à Boulogne Billancourt, en banlieue parisienne, et le festival reste aussi sur sa posture d'alternative aux "gros" festivals estivaux. Ici pas de noms ronflants, de sensations populaires, non, l'auditorium convivial du Carré-Bellefeuille privilégiera une fois de plus la découverte de jeunes talents et la redécouverte d'outsiders du circuit indépendant. On y croisera les vainqueurs du tremplin local GO WEST aux cotés de talents montants de la scène indé française (Arch Woodman, par exemple), côte à côte avec des losers légendaires, des séminaux Silver Apples, pionniers de la pop électronique psychédélique, aux bruyants et psychotropes Bardo Pond, en passant par l'un des meilleurs groupes de pop britannique 80's, les trop méconnus The Monochrome Set. Ces trois-là seront les têtes d'affiches des trois soirs du festival, où l'on verra aussi des valeurs sûres de l'expérimentation électronique rétro (Zombi), les rockers psychédéliques suédois de The Skull Defekts, dont le dernier album est l'un des tous meilleurs publiés par le label Thrill Jockey cette année, et le duo impromptu composé du bidouilleur synthétique Étienne Jaumet (moitié de Zombie Zombie) et du guitariste expérimental Richard Pinhas, pour un résultat imprévisible.


(Silver Apples - Oscillations)


Certes Danny Taylor (le batteur de Silver Apples) est décédé en 2005 et certes Simeon Coxe n'est plus aussi autonome qu'avant depuis son accident de la route, mais justement ! Qui aurait pu penser que les Silver Apples (Xian Hawkins accompagne Simeon Coxe depuis 1996) seraient encore sur une scène en 2011 ? Dans l'atmosphère franchement agréable de l'auditorium, assis ou debout, entre deux passages au sein du village de labels accompagnant inévitablement l'évènement, cette édition privilégiera l'écoute attentive de musiques manquant sérieusement d'attention, qu'elles soient toutes neuves et encore vierges ou délaissées pendant trop longtemps par les organisateurs et le public. C'est Entendu sera là d'un bout à l'autre de l'évènement et vous en relaiera les temps forts mais il serait stupide de manquer une si belle occasion de vous déplacer, et surtout à un tarif aussi bas !


(The Monochrome Set - The Monochrome Set (I Presume))


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P R O G R A M M A T I O N


:: VENDREDI 21 OCTOBRE :: concerts à 19h ::

SILVER APPLES
ZOMBI
ETIENNE JAUMET & RICHARD PINHAS

:: SAMEDI 22 OCTOBRE :: concerts à 18h ::

THE MONOCHROME SET
THE LUYAS
ARCH WOODMAN ENSEMBLE
ARAT KILO
MRS GOOD (GO WEST)
JOHN &BETTY (GO WEST)

:: DIMANCHE 23 OCTOBRE :: conférence musicale à 17h ::

« Punk 77, une courte histoire provinciale française » par ERIC TANDY

:: DIMANCHE 23 OCTOBRE :: concerts à 19h ::

BARDO POND
THE SKULL DEFEKT
AGATHE MAX
APES DID ENSEMBLE (GO WEST)



Plus d'informations :

Le Carré Belle-Feuille :: 60, rue de la Belle-Feuille 92100 Boulogne Billancourt
M° Marcel Sembat
http://festivalbbmix.tumblr.com/
Billetterie ouverte au 5 juillet :: Tarif 10,50 €/soir
Billetterie Fnac :: 08 92 68 36 22 (0.34 €/min)
Billetterie Carré Belle-Feuille :: 01 55 18 54 00



Joe Gonzalez

lundi 12 septembre 2011

[Vise un peu] YACHT - Shangri-La / Colin Stetson - New History Warfare Vol. 2 "Judges" / Zombi - Escape Velocity

Tout le monde ou presque a fait sa rentrée, enfin. Pas la rédaction de C'est Entendu, pas vraiment. Nous nous sommes fixé jusqu'au 1er Octobre pour faire durer le Hors-Série consacré aux genres musicaux. D'ici là, les derniers membres vacanciers de l'équipe seront sur le pied de guerre, nous aurons sans doute fait le tour de la plupart des branches des arbres de Babel et nous aurons de nouvelles surprises à vous soumettre, mais en attendant... Puisque c'est la rentrée, autant en profiter pour vous remettre dans le bain, tout en rattrapant notre retard. Voici donc quelques mots sur quelques uns des disques plus ou moins fantastiques qui ont bercé nos huit premiers mois de 2011.



YACHT - Shangri-La

YACHT n'a jamais vraiment convaincu. Ni quand Jona Bechtolt menait la barque seul ni depuis que Claire Evans a fait de l'affaire un duo, car si "See Mystery Lights" (2009) était intéressant de par sa vision décalée de l'indie pop, il n'en restait pas moins un album inégal ou, comme disent les anglosaxons, inconsistent. Ce "Shangri-La" n'échappe pas vraiment à la règle et pourtant, il fait bonne impression. A la manière d'un enfant en bas âge qui vous tend un croquis de sa maison, dans un style très très personnel, avec des proportions très très subjectives, des couleurs très très peu appropriées, en gros un dessin très très laid, mais que l'enfant vous tend avec vigueur, avec confiance, parce que ce gribouillis pourri, c'est le sien, c'est comme ça qu'il voit les choses et pas autrement et de toute façon il n'envisage même pas qu'il puisse y avoir une autre manière de faire, de voir. Dans ces cas-là, vous prenez le dessin, le fixez, souriez et vous finirez sans doute par l'accrocher un temps sur une surface perpendiculaire au sol en signe de reconnaissance non pas du travail artistique de l'enfant mais de son affirmation. Vous en serez même un peu émus.


(Utopia + Dystopia (The Earth is on fire), les deux titres ouvrant l'album)

Voilà où réside la réussite de cet album de YACHT par rapport aux essais antérieurs. Ça n'est peut-être pas facile à encaisser, cette electro-pop régulièrement kitsch, chantée quasi-exclusivement par une Claire Evans déchainée malgré le peu d'ampleur de sa voix, orchestrée de façon pompière comme si on avait voulu créer un enchainement ininterrompu de tubes, sans temps mort, en usant de chacun des synthétiseurs disponibles, mais c'est fait avec tellement de cœur que l'on a l'impression de pénétrer dans un monde étranger, qui n'appartient qu'à YACHT. Un monde parallèle à celui de DEVO, un monde dans lequel YACHT est le meilleur groupe du monde ou plutôt le seul car c'est un monde où avant YACHT il n'y a rien eu, et après...










Colin Stetson - New History Warfare Vol. 2 "Judges"

Colin Stetson est un saxophoniste basé à Montreal qui a tourné et enregistré avec de très nombreux groupes parmi vos préférés, de Arcade Fire et Bell Orchestre à Tom Waits en passant par Bon Iver ou LCD Soundsystem. Loin d'être seulement un homme de l'ombre, il avait publié le Volume 1 de son "New History Warfare" en 2008 mais c'est après avoir noué quelques amitiés malines qu'il a pu sortir le second volume sur le label canadien Constellation, obtenant ainsi quasi instantanément un statut de "mecton à suivre" auprès des amateurs d'expérimentation. A raison, puisque "Judges" est l'un des enregistrements les plus intéressants de l'année.


(Judges)

En dehors de l'implication de deux femmes (Laurie Anderson parle, Shara Worden alias My brightest Diamond chante) après coup, un habile habillage permettant à l'album de gagner en textures, en dimension et en rythme, les compositions de "Judges" ont été pour la plupart enregistrées en une prise par le seul Colin Stetson, sans overdub (ou presque, donc), suivant la technique dite de la "respiration circulaire" (ou "souffle continu") laquelle demande beaucoup de pratique et de volonté. Tout cela serait bien charmant mais il n'y aurait pas franchement de quoi pavaner devant un musicien capable d'une telle performance s'il n'était aussi un très capable compositeur. Toujours très rythmé, son jeu balance entre l'épique (From no part of me could I summon a voice), le péremptoire (Judges), le drone (Love and Justice), le martial (Red Horse) ou quelque chose de plus jazzy, presque aviaire (Clothed in the skin of the dead). A vrai dire, en dehors de rares passages plus humains, comme le sacré All the colors bleached to white, il ressort de la plupart des morceaux une dimension animale et des cris, des murmures et des plaintes du saxophomme nait le sentiment d'assister aux scènes naturelles de la vie d'un monstre de la nature, d'une imposante chimère, mi homme, mi-tempète cuivrée, sur le passage de laquelle personne ne peut détourner les yeux.










Zombi - Escape Velocity

Malgré toute leur bonne volonté, les deux membres de Zombi auront du mal à convaincre à chacune de leurs (innombrables) sorties. Tandis que Steve Moore a publié deux disques en solo en 2011 (l'un sous son véritable nom et l'autre sous le pseudo Miracle), Anthony Paterra, après son premier essai sous l'alias Majeure en 2010, plutôt réussi d'ailleurs, a publié un split avec Sankt Otten et d'ici la fin de l'année, il est probable que d'autres projets arrivent à terme. Il est avéré qu'à moins d'être un génie sans borne, une bête d'imagination, une machine humaine, la prolixité a souvent le bien vilain défaut de gâter votre aboutissement. Je donne toujours le même exemple mais regardez le vieux Woody, Woody Allen. Un film par an, allons donc ! Si Woody passait deux à trois ans sur un film, il y a des chances pour que sa filmographie ait un peu plus de gueule et qu'on évite de se cogner un navet sur deux films publiés (quand ça n'est pas deux sur trois, voire la totale). J'ai de l'affection pour Moore et Paterra, pour leurs pochettes très disgracieuses (et totalement à mon goût) et je respecte leur amour pour Tangerine Dream, John Carpenter et Giorgio Moroder, là n'est pas la question, mais je continue de croire qu'en se donnant plus de temps pour concevoir leurs disques ils auraient peut-être davantage l'occasion de se livrer à un tri bénéfique, à une réflexion interne sur leur son et donc à quelque progrès.


(Shrunken Heads)

Évidemment, "Escape Velocity" ne ressemble pas trait pour trait à ses prédécesseurs, ni aux disques enregistrés par Moore et Paterra de leurs côtés respectifs, mais les variations stylistiques sont pour le moins minimes. Simplifions en indiquant que contrairement à "Spirit Animal" (2009, leur album "rock", avec des guitares), ces enregistrements reviennent entièrement aux synthétiseurs de tous genres. On a ainsi droit à d'épiques chevauchées de montagnes russes synthétiques menées par la batterie dynamique d'Anthony Paterra (certainement l'élément le moins discutable du lot) et l'on suit cette course sans déplaisir, certes. A force de suivre leur lancée, à pleine vitesse sur les rails qu'ils posent eux-mêmes, Zombi voudrait apparemment parvenir à pousser leur engin jusqu'à ce qu'il échappe à la vélocité et qu'il échappe à la gravité, et à sa route tracée. Je le leur souhaite, mais ça n'est pas aujourd'hui, avec un disque aussi conventionnel, et ça n'est pas en suivant cette méthode stakhanoviste dénuée d'auto-critique et de raisonnement qu'ils parviendront à faire mieux que contenter les amoureux de voyages organisés.









Joe Gonzalez