C'est entendu.
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mercredi 30 novembre 2011

[Vise un peu] CANT - Dreams come true

Les avatars parallèles des membres de Grizzly Bear ont tendance à se révéler plus passionnants que le groupe lui-même (*). Après avoir été davantage convaincu par Department of Eagles (l'autre groupe de Daniel Rossen) que par "Veckatimest", un album réussi mais pas emballant pour deux sous, voici que Chris Taylor, la troisième voix du Grizzly, s'est créé un espace d'expression personnel avec CANT. Accompagné de son ami George Lewis Jr. (alias Twin Shadow), Taylor a profité de la liberté que lui laissait la création de son propre label (Terrible Records) et de l'expérience glanée en tant que producteur prisé (Grizzly Bear, Department of Eagles, mais aussi The Morning Benders, Twin Shadow, Dirty Projectors...) pour enregistrer à sa guise un premier essai étonnamment très différent de ce à quoi l'on aurait pu s'attendre et, tant qu'à faire, très réussi.


(Dreams come true)

Chris Taylor ne s'en cache pas, il n'est pas un songwriter aussi accompli que ses collègues Rossen et Droste, ou en tout cas il ne pense pas l'être. Son truc à lui, c'est le travail de la masse sonore, il est l'artisan du son de Grizzly Bear et on le ressent d'emblée avec "Dreams come true", qui est une création sonore de bout en bout maitrisée, sans pour autant que cela nuise à la spontanéité ou à la crédibilité des idées du compositeur Taylor. Sa gestion des espaces, des silences et des tensions (les explosions sonores de Dreams come true et She found a way out, les deux plus puissantes chansons du lot, sont de l'ordre du raffinement haut de gamme) s'opère sans aucune mise en danger des chansons, qui se révèlent d'ailleurs plutôt bonnes. Si Taylor ne se sent pas suffisamment en confiance pour laisser sa voix envahir pleinement l'espace (ses textes sont souvent simples et il le sait), ça n'est pas un mal : placée aux côtés de ses arrangements riches et inattendus, elle ne donne que plus de corps à l'ambiance tamisée qui imprègne l'album.



(Bang)

Qui se serait attendu à une saillie post-folk à la Grizzly sera surpris par le plus large registre dans lequel excelle CANT. Tout en conservant une homogénéité de tons, Taylor bâtit ses morceaux suivant des méthodes variées allant de la ballade très classique (Bang, qui pourrait être chantée par Daniel Rossen que l'on n'y verrait que du feu) à la synthwave (Believe et la regrettable The Edge, seule véritable faute de goût du lot) en passant par des voix éthérées façon light ambient (Bericht). A de fréquentes reprises, Taylor donne l'impression de puiser de l'énergie rythmique du côté de Portishead (sur Rises Silent, c'est Beth Gibbons que l'on a l'impression d'entendre accompagner le piano à la fin du morceau), mais plus surprenant, son electro-pop semble puiser ses ressources directement en Suède, chez The Knife (Too late, too far) ou Fever Ray (Answer).

Sans peut-être le faire entièrement exprès, Taylor a su effacer sa personnalité juste ce qu'il fallait pour que ses domaines de prédilection, la composition et l'arrangement sonore, prennent la place qui leur était promise et que ses chansons ne servent que de réceptacles sur mesure. Il en résulte un essai concluant d'architecture sonore, une œuvre tout de même très personnelle (et bien plus que les travaux pluriels de son groupe) proposant des associations intéressantes et créant une réelle tension (avec comme point d'orgue la centrale She found a way out) là où la majorité des musiciens ne se servent aujourd'hui du medium electropop que pour enchainer des anecdotes parfois attrayantes mais souvent sans saveur.


Joe Gonzalez


(*) : Pour autant je n'irai pas jusqu'à écouter Earl Greyhound, le groupe de heavy rock du batteur Christopher Bear, il s'agirait de ne pas déconner non plus.

vendredi 9 juillet 2010

[Réveille Matin] Grizzly Bear - On a neck, on a spit

Bonjour à tous ! Logiquement, et même si nous ne lui avons pas consacré de papier en 2009, vous n'avez pas du manquer l'ouragan indie que fut "Veckatimest," le troisième album de Grizzly Bear, qui devait forcément se retrouver dans 90% des derniers tops de fin d'année. Aujourd'hui je propose à ceux qui ne l'auraient pas encore fait de découvrir l'album précédent, "Yellow House" (2006).

Mais je vous l'avoue tout de suite, c'est majoritairement un prétexte pour vous parler de deux hommes : Ed Droste et Daniel Rossen, les deux frontmen de Grizbear. A vrai dire, l'autre jour, complètement sous le charme de Guy Béart après l'avoir redécouvert grâce à Emilien Villeroy, je m'étais rendu à l'Olympia où l'affiche indiquait "Grizzly Béart" (ou semblait indiquer cela, enfin, vous savez le souci que j'ai avec les fautes de frappes, et je commence à me demander si ça ne serait pas plutôt une sorte de dyslexie héréditaire ou quelque chose comme ça) et pensant y voir un ours qui m'aurait chanté les mérites de cette bonne ville d'Amsterdam, je ne fus somme toute que peu étonné de me retrouver face à Droste, Rossen, Chris Taylor et Chris Bear. Là où je voulais en venir, c'est qu'à cette occasion, je n'ai pu m'empêcher de penser à plus d'une occasion à un autre duo chantant : Simon & Garfunkel.



(Grizzly Bear - On a neck, on a spit)

Deux hommes relevant le niveau de la musique dite "folk" et officiant majoritairement autour de New York, la comparaison pourrait s'arrêter là si Dan Rossen, compositeur, guitariste, avec sa voix de folkeux, n'était pas le parfait avatar d'un Paul Simon dont l'Art Garfunkel serait cette grande gigue efféminée à la voix haut perchée qu'est Droste. Evidemment je sais que ma théorie est fumeuse et ne repose pas sur grand chose (la musique composée par Simon et celle écrite par Rossen sont tout de même des cousines pas très germaines), mais je tenais malgré tout à vous en faire part. Libre à vous de ne pas retenir CA de Grizzly Bear. En attendant, écoutez la chanson de ce matin, plutôt représentative de la face Rossen de Grizzly Bear, et dont la seconde partie s'emballe pile comme il faut lorsque Daniel répète ad lib "Each Day, I spend it with you now / All my time I spend it with you now..."

Daniel Rossen et Edward Droste : la musique, c'est aussi la saine camaraderie.


Joe Gonzalez