C'est entendu.

vendredi 5 juin 2009

[Vise un peu] Condo Fucks - Fuckbook

Condo Fucks est Yo La Tengo. Le fin mot du faux vrai canular était connu depuis plusieurs semaines lors de la sortie de Fuckbook. Si vous n'étiez pas au courant, maintenant vous l'êtes.
Le trio de Hoboken, auteur il y a trois ans d'un grand album affichant toutes les facettes du rock, a donc décidé de se muer temporairement en un avatar garage lo-fi, que l'on pourrait penser influencé par l'engouement actuel du public "indé" américain pour le rock au son crado (cf la vague "shitgaze"). Pour les amoureux de trivia, la fausse légende veut que cet album ait été enregistré au moment de la sortie de Fakebook, en 1990, album réussi d'un autre avatar de Yo La Tengo, en mode country cette fois-ci. On peut aussi y voir une critique de Facebook, mais ça me paraît hors de propos. Quoiqu'il en soit, voici un faucumentaire qui vous renseignera mieux :



Tout ceci ressemble d'avantage à une vaste blague qu'à un réel projet et dans ce cas, quelle que soit la raison qui a provoqué la naissance de Fuckbook, j'entends bien considérer l'album avec humour, curiosité et un brin d'ironie.

L'album se compose donc de onze chansons, comprenant un paquet de reprises de groupes anglophones dont les Small Faces, Richard Hell, les Beach Boys, Electric Eels, Troggs, Slade et les Flamin’ Groovies ainsi que des originaux comme Fuckin' Gary Sandy ou Let's get rid of New Haven, tout cela joué bruyamment par le combo crado guitare/basse/batterie de Condo Fucks. Pour vous donner une idée, écoutez Dog Meat, dans le lecteur. Tout le reste est dans le même ordre d'idée.
Fuckbook, c'est trois adultes prenant le thé un Dimanche après-midi. Georgia apporte les petits gateau à Ira et James (dans cette vision de l'esprit, je suis affreusement mysogine, et eux aussi) quand tout à coup, Ira lance l'idée drôle et stupide à la fois de cet album bruyant.
Là où neuf groupes aux carrières équivalentes sur dix balanceraient cette idée dans leur corbeille à papier recyclable, trop soucieux d'entâcher leur image avec un disque non conventionnel, Yo La Tengo est plutôt du genre à finir le thé avant de réserver un studio pour le lendemain et enregistrer onze reprises en une après midi.
L'humour est bien trop absent dans la musique pop/rock de nos jours et il faut bien reconnaître à Condo Fucks leur envie de "jouer." Après la country de Fakebook, la compilation de reprises plutôt justement intitulée "Yo La Tengo is murdering the classics" (2006) et l'EP Nuclear War (2002, bientôt sur C'est Entendu), sur lequel le groupe donnait quatre versions d'une longue et collégiale attaque préventive, Fuckbook se situe dans une certaine continuité et est on ne peut plus raffraîchissant, venant d'un trio de vétérans, dont les débuts remontent à la seconde moitié des années 80.
En cela, Fuckbook est un Metal Machine Music de plus au compteur de Yo La Tengo.
BON OK, j'exagère à mort en comparant ce disque au coup-de-boule-dans-les-tympans sorti par Lou Reed il y a bientôt vingt-cinq ans, mais il n'empêche que je les considère tous deux de la même façon : des disques couillus, drôles et inécoutables.

jeudi 4 juin 2009

[Vise un peu] Gold Chains - Gold Chains EP

Topher Lafata est un gars à la cool à plusieurs titres :
De un, c’est mon copain sur Facebook déjà.
De deux, il habite San Francisco, former land of pleins des trucs comme les bosses à prendre super vite en voiture, les moustaches portées avec du cuir, les gros ponts rouges et tous ces cons de hippies.
Et de troize, il a monté un groupe comme un grand, Gold Chains.
Gold Chains, qui a sorti 1 EP et 2 LP dans un anonymat plus que total que d’aucuns pourraient assimiler au fait que Gold Chains soit un groupe tout cagneux.

Halte au feu les balles sont creuses, Topher Lafata ne mange pas de ce pain là, c’est juste une grosse feignasse. Le type même du coquin qui s’il devait écrire un article sur lui-même, ne finirait pas ses.
Le parfait exemple du fumiste qui a du talent, le procrastinateur par excellence affublé d’un seul putain de défaut n’ayant de cesse de l’éloigner de la musique : un travail.

En voilà un qui est tout banalement designer dans une random company de Frisco alors forcément vas-y que ça se bouge moins le cul pour sortir des disques et que ça fait pas de concert parce que de toutes manières "j’ai un salaire et une hybride et blablabli et blablabla."
Ses émoluments couvrant sa "pas fastlife" il peut à loisir se toucher la nouille dans une maison bleue ou avec un chien qui s’appellerait Comète.

Sauf…
Sauf s’il revêt sa cap des 49ers, l’égo-trip qui sommeillait derrière son bide flasque réveille le white thug en Topher qui comme un seul homme se met derechef à l’ouvrage.

2001 : Topher, qui a écrit une ballade sur les Twin Towers, s’entraîne devant son miroir à chanter en ayant l’air concerné par ce qu’il raconte. Par un jeu de lumières hors du commun né de la conjonction du soleil et d’un néon, il aperçoit la tonsure naissante sur le sommet de son crâne, constituant son Ground Zero à lui.
Son sang ne fait qu’un tour, allant aussi vite que faire se peut farfouiller dans les affaires qu’il remisait depuis le milieu des années 90 et sa folle adolescence, il extirpe de sa malle une casquette des San Francisco 49ers et la coiffe.
Dans la foulée, poursuivant ses pérégrinations dans son vieux coffre, il prend sous son bras quelques Moogs, Hammonds, des boombox et autres samplers H-O8 (et aussi un porte-clefs de Space Jam mais ce n’est pas le point le plus pertinent).
Chaud comme la braise et sûr de lui comme d’autres illustres chauves qui ont osé le couvre-chef pour sauvegarder leur virilité (Elie Baup, Ron Howard, Alain Bashung), Topher se dit que pour choper de la gonzesse, le Booty Bass made in Detroit ça le fait carrément mieux, et c’est ainsi que naît "le" (en français dans le texte)Gold Chains EP...

Et ben moi quand Topher rappe et ben moi, j’aime bien moi, oui, mieux que quand il dessine des choses/trucs/machins (attention je ne remets pas en doute ses qualités de dessinateur de choses/trucs/machins, surtout après visionnage de ses clips, mais j’m’en cogne quand même un peu, pis c’est pas un article branchouille sur les choses/trucs/machins qui font fureur dans la ville des sœurs Halliwell).
Quand le Topher rappe donc, il passe en revue les thèmes de prédilection chers à la communauté hip-hop : les filles, l’égo-trip à base de "ouais de toutes manières je suis tellement trop fort que BAM BAM je frappe à la porte," l’argent et la drogue.
Thèmes récurrents à beaucoup d’entités gesticulantes en sneakers collectors, je vous l’accorde… sauf une.
Son amour du son.
Le type produit des petites merveilles électroniques qui se suffiraient à elles-mêmes et il en parle.
En effet, dans cet EP comme dans ses 2 LPs, rares sont les chansons où les références d’instruments, de techniques utilisées ne sont pas citées.

The wonderful girls of Hypno, ante-pénultième chanson de cet EP préfigure le premier LP Young Miss America avec des refrains chantés complètement off tune (on aime ou pas).
N°1 Face in hip hop et son breakbeat fabuleux, Back in the day et son côté "listen all y’all on a vu DXT scratcher à la télé quand il était avec Herbie" font la bonne liaison entre les deux morceaux phares que sont Rock the Parti et I come from San Francisco.

J’ai découvert Gold Chains par la dernière chanson de cet EP, Rock the Parti (en écoute dans le lecteur), lors d’un obscur DJ set au Fatkat à Bordeaux, cette tune donc, pleine de keyboards soutenus par un beat up-tempo "headbanging-ogène" est juste furieusement danceflooresque et jouissive.
Une lente montée du digital à l’analogique avec en fil rouge un rythme que ne dénigrerait pas les fans de Stoner.



I come from San Francisco, le single de l’EP combine tout ce qui se fait de mieux et de pire chez Gold Chains sur les albums suivants. L’illustration parfaite du mec au taf qui essaie de caler sa boucle sur Soundforge sans que son boss l’entende et qui finit par décréter d’un commun accord avec lui-même que "de toutes manières, ça devrait le faire."
Comme Martine aime la campagne, dans I come from San Francisco :
Topher aime bien les mélodies off tunes, off key et of course.
Topher aime bien les rythmiques atypiques et les fat breakbeats.
Mais aussi Topher aime montrer qu’il s’y connait et qu’il aime ce qu’il fait quitte à stretcher son morceau de 2’30 d’instrumentale en plus pour bien montrer qu’il sait appuyer sur des boutons.

Au final, Topher, c’est Superman en plus cool (édité par Marvel et avec des griffes). Il mérite ses 3,5 "Agassi Air Tech Challenge" sur l’échelle de la sneaker de concours.









BONUS: Apprend à parler Yvze à moindres frais :
- Frisco : San Francisco pour "ceux qui savent" qu'on ne dit plus Cisco depuis ce chanteur de R'n'B et sa chanson sur les tongues.
- Cap: Rien à voir avec Guillaume Canet ou Marion Cotillard, c'est juste une casquette en anglais et qui fait dire aux marins par grands vents :"tiens ton cap".
- 49ers: Equipe d'un quelconque sport américain mais de San Francisco.
- White thug (prononcez feug): Renaud Sechan fût white thug là où Tupac était un Black Thug, Muggs de Cypress un latin thug alors que Pascal Sevran n'était qu'un white fag.
- Ground Zero: Gros trou béant dans New York qui réveille très fortement la libido des autres planètes.
- Fastlife: Jouer à la roulette russe avec un automatique (ex: Amy Winehouse, Pete Doherty, Pierre Beregovoy).
- Booty Bass: Style originaire de Detroit milieu des 90's combinant une forte rythmique Dance/house et un phrasé rappé (Outhere Borthers, DJ Assault, Splack Pack,..).
- Sneakers: Sorte de barres chocolatées hors de prix qui se portent aux pieds de préférence avec des fat laces.
- Fat laces: gros lacets.
- Lacets: non, en fait cette blague est éculée.
- Offtune/offkey: A ne pas confondre avec "être sans argent" ou "avoir perdu ses clefs", en gros c'est chanter faux, pas sur la même tonalité.
- Breakbeat: une grosse rythmique faisant la part belle à la grosse caisse et à la caisse claire (cf. Dizzee Rascal - Fix up Look Sharp).
- Headbang: Action de perdre des neurones en projetant son cerveau contre sa boîte crânienne (en rythme et avec des cheveux si possible).
- Soundforge: Outil de travail numérique pour faire un peu tout sur de la musique.
- tune: Prononcer tioune ou toune si vous êtes québecois. Mélodie, chanson...

[Vise un peu] The Horrors - Primary Colours

On ne peut pas reprocher à The Horrors d'être un groupe d'affreux branleurs. Ces jeunes anglais ont créé leur propre scène dans la petite ville de Southend on Sea, sur la côte, à l'est de Londres, aux côtés de These New Puritans, The Violets ou Neils Children et fondée sur la base du Junk Club, à la fois salle de concert et association libre de fêtards fanatiques de garage/punk bien sale.
Après un premier album en 2007, inspiré par The Sonics et autres groupes garage mais incluant (chose alors pas si ordinaire) des claviers et lorgnant vers la cold wave, le groupe a connu une hype assez prononcée dans la presse anglaise (NME, Rolling Stone), notamment vis à vis de leurs looks de "freaks" (leur terme, pas le mien) et du Junk Club.

Deux ans plus tard, le groupe revient avec un album auquel ont participé Geoff Barrow, de Portishead, et Chris Cunningham, le réalisateur de clip, et avec des acquaintances nouvelles avec Damon Albarn et un discours porté sur l'évolution de leur style vers la cold wave et le shoegaze.

Concrètement, l'album voit les Horreurs suivre la tendance actuelle, purement et simplement, à savoir s'orienter vers un son shoegaze (mur de son des guitares à la My Bloody Valentine), tout en accentuant leur image de "freaks" (toujours selon eux) par le biais d'une plus grande ouverture aux groupes phares des débuts de la Cold Wave (Joy Division, Siouxsie & The Banshees, Suicide et surtout The Cure, cités en exemples par le groupe) au détriment de leur facette garage. Incorporant chacune de ces influences, l'album se veut avant tout un Pornography-wannabe ou Pornography-revival, comme vous voudrez. Et si The Cure est porté en si haute estime du côté de Southend, c'est parce que ce qui intéresse surtout The Horrors, c'est leur look.

Voici donc un florilège de certaines phrases des plus insolites dites par et à propos des membres de The Horrors :

Je me fous de ne jamais avoir connu les Sex Pistols. Ma génération a ses Sex Pistols, ils s'appellent The Horrors. [...] Ce n'est pas de la provocation à deux balles pour les magazines de mode ! C'est l'underground, le vrai !
Sam Kilcoyne, inventeur des soirées underage (réservées aux mineurs)



Il n'y a rien de préfabriqué dans notre look. [...] C'est d'ailleurs pour ça que tant de personnes se retournent sur mon passage, se foutent de ma gueule parfois. Il m'est même arrivé une fois de voir une petite fille pleurer car sa mère me montrait du doigt.
Faris "Rotter" Badwan, chant, The Horrors (photo ci-contre)

Nous sommes conscients d'avoir une identité visuelle forte. [...] Quand on regarde certaines de nos photos, on se dit qu'on est très lookés. Trop, peut-être...
Rhys "Spider" Webb, basse et claviers, The Horrors




L'image de The Horrors pue la crise.
Voxpop


Tout ceci, confronté à la réalité du look de The Horrors, se révèle d'un comique inépuisable. De "freaks" ils n'ont que l'idée. Habillés comme des pop stars, "mal" coiffés à la Robert Smith, mascara affiché, bottines et écharpes, on comprend difficilement ce qui a bien pu faire pleurer la petite fille. The Horrors sont en couverture de Voxpop, le magazine s'intéressant à la musique à travers le prisme de l'image, et ont une interview dans Modzik, le magazine s'intéressant à la mode à travers le prisme de la musique. Faris Rotter est sorti un moment avec la lolita Peaches Geldof, fille de. The Horrors sont portés aux nues par le New Musical Express. Vous l'aurez compris, The Horrors sont des poseurs.



Cependant cette facette peu réjouissante de la personnalité du groupe n'est pas forcément rédhibitoire. A une époque où tout est image, comment reprocher à ces provinciaux anglais d'aller au bout de leur ambition de devenir des pop stars ? Si l'on part sur ce postulat, peu nombreux seront ceux que nous ne mépriserons pas. The Horrors sont des gosses, avant tout. Ils veulent jouer, et c'est cela qui importe. Jouer de leur image, jouer de la musique, et ils sont suffisamment débrouillards pour en être arrivés là sans trop s'avilir, c'est plutôt une bonne nouvelle pour le rock anglais. D'autant plus que leur musique n'est pas simplement une copie conforme de leurs influences, comme peut l'être celle de beaucoup de groupes actuels (Pains of Being Pure At Heart les premiers), et qu'ils ont de la ressource, quelques idées (Mirror's image, ou encore Sea within a sea, en écoute dans le lecteur), et pas mal d'énergie (Do you remember).



Finalement l'on retiendra d'avantage leur envie d'enregistrer le Pornography de leur génération, sombre et violent, que celle de faire revivre les années 90 (surtout audible sur la pas-si-ratée Three Decades), et malgré un album loin d'être un chef d'oeuvre, on notera la tentative et on les encouragera à continuer dans cette voie (celle de l'évolution et de l'envie de révolution) en espérant qu'ils grandissent vite.




NB : Toutes les citations ci-dessus sont extraites du magazine Voxpop # 10 (Juin-Juillet 2009)

mercredi 3 juin 2009

[Vise un peu] Sébastien Schuller - Evenfall

Dans les années 80, n'importe quel lascar n'ayant jamais touché à une guitare pouvait toujours se dire "je vais m'acheter un synthé et avec trois notes et une boite à rythme je vais monter un groupe." Plus tard, dans les années 90, n'importe quel drille n'ayant jamais pris de cours de guitare, de chant ou de piano, pouvait toujours penser "je vais mettre de la distorsion à mort, hurler comme un goret derrière mes cheveux et former un groupe." Ces temps-ci, le premier tocard venu peut à l'aise penser "j'ai découvert les accords mineurs, je vais monter un groupe !"
Ce genre de type existe et le dernier en date c'est Seb Schuller.

En 2005, Schuller et son groupe avaient enregistré un premier album dans le genre balades-indés-molles-à-mellotron-triste, "paradoxalement" appelé Happiness. La mollesse et l'ennui développés alors s'estompaient assez facilement pour plusieurs raisons. D'abord parce que le disque comprenait deux chansons plutôt réussies : Sleeping Song et Weeping Willow (aux titres évocateurs : la chanson du sommeil et saule pleureur, vous ne trouverez pas plus représentatif de la musique de Schuller). On a difficilement fait meilleur avatar français de Midlake depuis, certes. L'autre raison, c'est qu'en live, le groupe ajoutait suffisamment de nerf sur les cachets d'aspirine joués pour parvenir à tenir l'auditoire en éveil.

Cependant, les dés étaient probablement jetés avant même l'enregistrement d'Evenfall : où aller après ça ? A moins d'un talent incomparable pour le songwriting, Seb était destiné à sombrer dans l'autocaricature et nous refaire au mieux ses deux chansons.
Le fait est que c'était trop attendre de lui. Je ne vais pas passer par quatre chemins : cet album est mauvais. Très mauvais. Il faut avoir les oreilles bouchées et trouver la pochette "trop mignonne" pour penser le contraire. Schuller s'est totalement englué dans son spleen mouligasse, jusqu'à ressembler à cette ballerine idiote tentant le beau geste en sautant dans une flaque d'eau, sur la pochette. Qui plus est, il ne chante pas, il miaule, il marmonne à tel point qu'aucune parole n'est audible, aucun mot compréhensible par l'auditeur, ce qui est très vite agaçant mais permet au moins de se concentrer deux secondes sur la musique avant d'avoir le haut-le-coeur inévitable après tant de mièvrerie molle et "triste".

Tel le jeune enfant sur la pochette, je me suis entouré les oreilles d'un turban pour ne plus avoir à entendre telle nullité, et, moi qui n'avais encore jamais (me semble-t-il) mis une note si sévère, je le fais en toute franchise et sans provocation parce que je ne vois dans ces chansons aucun espoir, aucune possibilité de rédemption, aucune envie nouvelle à venir, et surtout énormément d'inutilité, de facilité et d'ennui.

mardi 2 juin 2009

Page Blanche # -3

par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses


Le ventre mou du grand Monsieur Pop ou "Des pistes pour survivre à la démocratisation du soi-disant bon goût"


Je vire roots ou quoi ? Depuis quelques temps, la moitié de ce que j'écoute se compose de reggae, de dub et de dubstep. L'une des raisons de ce revirement (j'ai longtemps considéré la musique jamaïcaine en des termes peu flatteurs) ce n'est pas uniquement l'épiphanie que j'ai eue et qui tient en une phrase : le dub (et par extension le reggae) est la meilleure musique pour bosser - comprendre "écrire" - puisque l'on peut facilement l'entendre sans l'écouter ce qui permet de se concentrer, et que contrairement à quelque chose comme l'ambient, elle est entrainante.
Non, si j'écoute autant de ces musiques, c'est aussi parce que ma matière première (la pop, le rock, la folk, vous voyez de quoi je parle) est en nette perte de vitesse, alors même que la tendance pointe largement de ce côté-là. Vous n'êtes pas d'accord ? On a parlé d'un "retour du rock" au début du millénaire, et finalement c'est plutôt d'uniformisation du rock dont on aurait du parler. Le rock est rentré dans le moule, et, si dans les années 90, il fallait s'accrocher pour entendre autre chose que boys bands, techno, comédies musicales, r&b et variétoche dans les médias, aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse qui se produit. Impossible en effet de laisser sa téloche allumée cinq minutes sans entendre au moins trois chansons pop dans des pubs, des jingles, ou même dans les programmes (émissions, films, séries...). Ainsi on entendra le Ooh la la des Faces dans une pub, le single des Naïve New Beaters dans une autre, ou l'Electric Light Orchestra dans une troisième... Sans aucune pause, les médias sont devenus une radio indé perpétuelle. La pop marche, et du coup elle prolifère.

Qui dit prolifération dit surpopulation et médiocrité. C'est inhérent au phénomène, et inévitable. Le problème devient donc de trier au milieu d'une ribambelle de mouvements ternes afin de dégager un maigre nombre de prétendants à nos coeurs. Vous allez dire que je suis rabat-joie et que je ferais mieux de me réjouir de l'élargissement de mon "monde musical" à un plus grand nombre, et je vous répondrai que je n'ai jamais été plus mal loti pour trouver mon bonheur que cette année où le phénomène a pris une ampleur gargantuesque.

Tout y passe. On a d'abord les revivals, avec en tête celui des années 90 (même si beaucoup de groupes sont censés faire revivre les années 80 parce qu'ils réutilisent le synthé à outrance). Les versants lo-fi (Wavves, Japandroids et toute la scène shitgaze) et shogaze (Pains of Being Pure at Heart, The boy least likely to, Hatcham Social...) en tête, ne cherchant pas une seconde à lancer quelque idée que ce soit, préférant pomper à mort leurs aînés déjà peu inspirés.

Les Mammouths De La Pop, eux aussi, font bien pâle figure ces temps-ci (on pensera aux albums bien pauvres de Sonic Youth, Bob Dylan, Neil Young, PJ Harvey & John Parish...).

Il y a aussi tous ces buzz vraiment incompréhensibles sur des groupes tout juste risibles, lancés par les bloggers ou les magazines, le plus invraisemblable restant celui consacré à Passion Pit...

Apparemment, tout un tas d'artistes se sont aussi dit que puisque la pop avait le vent en poupe, il était temps pour eux de mettre les voiles et de naviguer en mode croisière, sans se presser, sans se stresser, et qui nous ont sorti une belle série d'albums mous et sans aucune force de caractère, comme Andrew Bird, Pink Mountaintops, Prince, Jarvis Cocker, Jason Lytle, Camera Obscura, Bonnie Prince Billy, Condo Fucks, Sin Fang Bous ou encore Sébastien "laughing out loud" Schuller.

Heureusement quelques uns sauvent la face. Sans prendre beaucoup de risques certes, ils sont parvenus à proposer des disques un minimum intéressant, et maintiennent une notion d'espoir. Qui sont-ils ? The Dirty Projectors, The Phantom Band, Golden Silvers, The Horrors, Here we go Magic, Grizzly Bear : ceux-là et d'autres sont à suivre.

Pourquoi donc ne vous ai-je toujours pas parlé de ces groupes ? Peu d'entre eux sont suffisamment bons pour avoir titillé ma verve et surtout très peu d'entre eux sont suffisamment exécrables (pensez "Sliimy") pour que je leur consacre un "Comptez pas sur Moi". Non, la plupart sont tout juste moyens, passables...
Cela dit l'année 2009 touche à son milieu, et afin de mieux nous concentrer sur l'été à venir et en espérant franchement conjurer le mauvais sort qui touche à la musique pop depuis quelques mois, je m'en vais vous chroniquer bon nombre de ces disques, les uns après les autres, dans ce qui sera un mois de Juin consacré aux "Vise un peu".
Attendez-vous à des notes allant de 1,5 à 3, donc rien de très flamboyant (quelques 3,5 feront peut-être leur apparition à l'aune des réécoutes), mais à chaque fois vous aurez une chanson dans le lecteur et des clips, histoire de vous faire votre propre idée. Parce que je n'ai pas l'objectivité infuse et que vos avis m'intéressent, vous serez encouragés à commenter allègrement mes avis tranchés et à voter. En effet, chaque semaine paraitront plusieurs chroniques et la semaine suivante, un sondage vous proposera de choisir l'album que vous aurez préféré.

J'en profite pour vous remercier pour votre participation et vous rappeler que je suis toujours à la recherche de collaborateurs/rédacteurs, alors si vous vous sentez intéressés, envoyez moi un texte à vous.

A très vite pour le début des hostilités.