C'est entendu.
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lundi 21 mars 2011

[Nuit Blanche] Kraftwerk - Radioaktivitat

Tout ça me donne envie de réécouter Kraftwerk. Après tout, sans famille ou amis exilés aux antipodes, je n'ai pas d'autre inquiétude que (*) celle, vaguement lointaine et forcément évanescente, de la sauvegarde de l'écosystème. Bon d'accord, ça n'est pas tout à fait vrai : je ne me fous pas du sort des Japonais, c'est un fait, mais c'est avant tout l'avenir de leur terre qui me touche : comme si cette île tant fantasmée, surtout par nous autres petits bourgeois occidentaux, était vouée à devenir un no man's land irradié, obligeant un peuple à se re-localiser, à abandonner sa patrie, ses villes, ses maisons. Alors j'écoute Kraftwerk qui en 1976 avaient froidement annoncé les risques, comme l'aurait fait un roman d'anticipation de Philip K. Dick. Le luxe, lors d'une telle situation, c'est de trouver un écho musical si facilement, et d'autant plus lorsqu'il s'agit de l'un des premiers grands tubes de la musique électronique.




Est-ce qu'une telle chanson verrait le jour en 2011 après Tchernobyl et Fukushima ? Je ne sais pas si même Kraftwerk aurait les roubignoles nécessaires pour écrire "Radioactivity is in the air for you and me" et encore moins pour le chanter sur un ton pince-sans-rire telle une Cassandre robotique.


Joe Gonzalez


(*) : ça n'est pas tout à fait vrai puisqu'il y a aussi en moi un fond de cynisme noir ébène lorsque je pense "Et dire qu'il y a des types comme Jim O'Rourke qui ont décidé de ne plus jamais quitter le Japon..."

mardi 16 février 2010

[Réveille Matin] Kraftwerk - Ohm Sweet Ohm

Vous savez, divaguons un peu sous le coup de la fatigue, mais si les machines électroniques avaient une âme semblable à l'âme humaine, et si les machines étaient comme nous perpétuellement noyées dans des pensées toujours plus braquées vers le passé au fur et à mesure que le temps passe et que leur existence suit son cours, et si les machines trouvaient comme nous de l'intérêt dans cette succession de sons et de silences mis dans un rythme et un ordre particuliers selon certaines normes que l'on appelle la musique, alors je suis sûr que les machines, quand elles seraient un peu tristes et si elles avaient bon gout, écouteraient sans aucun doute Ohm Sweet Ohm de Kraftwerk, extrait de l'album "Radio Activity" sorti en 1975, et seraient soudain mélancoliques d'une époque où elles n'étaient que des petits circuits imprimés ou intégrés en fabrication de-ci de-là, loin de là où elles sont aujourd'hui en tout cas, et elles auraient les composants qui s'humidifieraient un peu en écoutant ce morceau absolument magnifique, peut être le meilleur de Kraftwerk, où une rythmique répétitive accompagne une mélodie qui pourrait durer toute la vie jouée par des simili-flutes et des violons échantillonnés, berceuse émouvante pour un monde tout en electricité qui s'endort, morceau complètement synthétique mais qui semble plus que jamais humain, en bref, véritable chef d'œuvre de la musique dite électronique, et j'ai parfois l'image en écoutant ce morceau d'une grande machine maternelle qui chanterait une chanson traditionnelle à qui veut l'entendre dans un futur froid et triste.


Mais à part ces touchantes considérations qui étalent la partie la plus navrante de mon imaginaire, il me semble plutôt important de vous rappeler, je l'espère en vain, que Kraftwerk, groupe le plus daté de l'univers diront certains alors qu'en fait non (je dis ça pour ceux qui écouteront ce morceau en faisant une grimace telle qu'ils auront des rides indélébiles, c'est à dire comme moi il y a encore peu de temps de cela), a offert finalement pendant toutes les années 70, depuis un kraut-rock plaisant quoique de série B jusqu'aux grandes plaines ferroviaires de "Trans-Europe Express", une musique profondément originale, qui était à la fois froide et humaine, synthétique et pourtant vivante, avec des trouvailles électroniques assez passionnantes pour l'époque. Et c'est sur "Radio-Activity" sans doute que le groupe est le plus fort, avec des morceaux plutôt sombres entrecoupés d'interludes expérimentaux bien sentis qui forment un grand tout passionnant semblant venir d'une radio étrange, à la fois sentimental et totalement mécanique, parlant aussi bien à l'homme qu'à la machine.

Rien que pour ça, de la part de mon ordinateur et de moi même ce matin, vraiment, 011011010110010101110010011000110110100100100000011010110111001001100001011001100111010001110111011001010111001001101011.

Emilien.