C'est entendu.

jeudi 27 octobre 2011

[Vise un peu] Boris - Heavy Rocks

Heavy Rocks. Comme près de dix ans auparavant. Juste une autre couleur pour différencier. Alors, retour aux sources ? Oui et non. Dès l’intro, Riot Sugar, ça martèle, Wata envoie du bois, directement à coup de troncs, du riff atomique, de la basse vrombissante, pour rappeler d’où vient le nom du groupe. Un stoner bizarre, molasse, pour faire honneur aux parrains et poser les bases de l’album, du rock lourd, oui messieurs dames. Avec la voix de Takeshi mise en avant, dans un registre plus clair, plus chanté (un peu aidé par la magie du studio, car Takeshi chante toujours un peu faux en concert), finis les beuglements de punk mal dégrossi. Le nouveau copain Ian Astbury (The Cult) vient y pousser quelques cris en arrière, manière de valider la filiation très 70's. Malgré la lourdeur assumée, la tentation est d'aller vers plus de pop-rock (Leak -Truth, yesnoyesnoyesnoyes-, aux couplets presque susurrés, sonorités un chouïa électroniques en arrière. ).



(Window Shopping)

Michio Kurihara (Ghost), quatrième membre non officiel du groupe en live, fait son apparition avec sa guitare rouillée, venu salir un peu l'ambiance et rajouter des épices aux refrains sur lesquels Takeshi part en voix de tête. Dans le même style plus soft, Tu, la la, un peu déroulé au kilomètre et dont beaucoup de groupes se contenteraient, mais qui sonne limite tièdasse chez le trio infernal. Boris se fait joueur avec des bruitages de jeux vidéos d'un autre temps autour de GALAXIANS, envoyé à la vitesse d'un shinkansen par un Atsuo frénétique derrière les fûts, brûlot punkoïde à l’ancienne orné de petits cris synthétiques toutes les 10 secondes, et Wata peut enfin se lâcher vraiment. Autre étrangeté, Window Shopping, gros stoner répétitif aux riffs graisseux sur lesquels viennent se greffer des "tu tudutu" féminins très kawai (de Yoshiko Kawakita, chanteuse de D-Day). Histoire d’adoucir la machine ? Pas vraiment puisqu'en contrepoint, Kurihara revient, avec le son qui le caractérise, agressif, crissant, qui racle et qui grince et tout s’accélère derrière les "tu tudutu" stoïques de la demoiselle pour prendre une allure de bad trip au speed. Collection de riffs encore, cette fois plus groovy, Jackson Head est tel un vieux hard qui tache, concis, sans fioritures à part quelques relents de psychédélisme sur un break de batterie : bien mettre le feu aux poudres et faire sauter le baril.



(Aileron)


Boris passe d’un extrême à l’autre. La transition planante, quasi ambient qu'est Key, presque échappée d’un autre album, détonne avec la furie crasseuse, en coda, de ce Czechoslovakia qui laisse pantois et où l’on ne serait pas surpris d’entendre un quelconque vocaliste black metal se pointer. Alors, le heavy rock dans tout ça ? Présent mais rien de tout à fait transcendant. Si ce n’étaient les deux points d’orgue, comme si le reste n’était là qu’en apéro, en petits fours, pour faire patienter. Deux morceaux gigantesques de plus de 12 minutes chacun. Aileron, où Wata la reine du riff qui colle aux semelles se rappelle à votre bon souvenir, est une longue complainte de Takeshi sur un rythme de vieille tortue, au son qui enfle au fur et à mesure, avec l’apparition de membres de la bande d’Isis, jusqu'à atteindre une lourdeur gravitationnelle empêchant toute inertie qui pourrait dynamiser le morceau. Le décollage est impossible et ça devient de plus en plus pesant, de plus en plus bruyant, un remplissage d’atmosphère avec de sales vibrations, tandis que guitares et basses dronent de plus en plus, délégant finalement la mélodie à un piano apparu de nulle part. Sublime. Et puis Missing Pieces, qui débute sous des auspices très mélancoliques (on y entendrait presque un accordéon se lamenter). Tout en retrait de la voix, une batterie saturée anémique anime le fond, avant de repasser en avant, au son de guitares tintinnabulantes, dans un lent crescendo qui ne cesse de s’interrompre pour mieux repartir par à coups, à chaque fois un peu plus fort, toujours sur une mélodie triste à pleurer. Puis l’explosion vient et tout s’interrompt, s’immobilise au milieu d’une tempête électrique. La mélodie est mise à terre par les drones, Atsuo fait vibrer son énorme gong, Kurihara martyrise ses pédales d’effets, puis au milieu du chaos, une rafale de coups retentit... Tout s’arrête, tout reprend, et tout disparaît pour ne laisser que de vagues échos qui s’évaporent lentement. Et la mélodie de refaire surface, le crescendo de redémarrer pour se résoudre enfin et donner sa conclusion magnifique à la ballade de Takeshi, l'un des plus beaux morceaux de Boris.


D.E.L.

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