C'est entendu.
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mardi 9 février 2010

[Réveille Matin] The Beatles - I Me Mine

Je ne sais pas si vous avez fait gaffe, mais cette semaine, on intronise Hugo en rédacteur matinal, et le bougre ne compte pas s'arrêter aux Kinks, oh ça non. Et ça par contre vous avez forcément remarqué : Hugo, c'est un type sacrément 70's, et pas qu'un peu. Alors je propose comme méthode de bizutage de la part des autres rédacteurs de lui couper l'herbe sous le pied en lui chourant tous ses sujets potentiels avant qu'il ait le temps d'en parler. Un peu comme si Emilien couvrait d'éloges un album de chillwave & western histoire de taquiner Joe, vous voyez ?

Et c'est ainsi que je m'attaque à l'impensable, à savoir un morceau des Beatles tiré de "Let It Be". Oui, "Let It Be", oui, l'album profondément mal-aimé, celui qui fait office de pied de nez à quatre années d'albums parfaits et indispensables tant il nous montre un groupe qui a perdu toute sa maîtrise, tant cette fausse couche semble complètement bricolée de projets avortés, d'engueulades, de sessions qui s'étalent sur près de deux ans (rappelez vous que pour les Beatles, deux ans, c'est le temps qu'il faut pour lancer une révolution, l'emmener le plus loin possible puis la saborder comme si de rien n'était).
En fait, à sa sortie en 1970, après l'annonce de la dissolution du groupe, l'album fait figure d'uchronie sur ce qu'aurait pu devenir le groupe après le "White Album". "Abbey Road" est passé et a montré que le groupe pouvait rester en avance et expérimenter les nouveautés de production de l'époque, et pourtant ce faux testament qu'est "Let It Be" montre un groupe franchement classic rock, aux vrais moments de bravoure certes, mais qui assume ses blagues bluesy basses-du-front et ses ballades folk mollassonnes.

Forcément, la plupart des fans ont tout foutu sur le dos de Phil Spector, coupable d'avoir, comme il est écrit dans les crédits, "re-produit" cet album qui restait dans les limbes après plusieurs tentatives de mixage rejetées, alors que McCartney n'était, pour rester poli, pas vraiment enchanté par le résultat de cette fausse collaboration. Sauf qu'au final, les arrangements orchestraux quelque peu outrés qui font la marque de fabrique de Spector, loin d'être omniprésents, apportaient simplement de la puissance aux passages qui en nécessitaient quand ils ne servaient pas tout simplement de cache-misère à des morceaux franchement faibles (Je défie quiconque d'écouter The Long and Winding Road dans sa version "dépouillée" de l'absurde "Let It Be... Naked", sans piquer du nez).



(The Beatles — I Me Mine)

Et dans les morceaux qui sont sortis gagnants de cette sur-production tardive, il y a ce I Me Mine composé par Harrison, le dernier morceau jamais enregistré par les Beatles, après le départ de Lennon, et pour lequel j'ai une affection sans limites. Cette valse rock s'élève avec majesté dans le bercement des violons, s'envole dans une montée harmonique déchirante avant de se transformer en blues urgent dans un refrain qui fait taire les arrangements sans perdre en force, prouvant ainsi que Spector savait très bien ce qu'il faisait. Tout ceci en même pas deux minutes trente. Joli coup.

Thelonius