Profitons de ce tardif retour caniculaire pour revenir deux minutes sur un cas particulier. Chan Marshall a incarné plusieurs rôles au fil de sa carrière : mignonne et jeune indie girl, emo à souhait, se trimballant à ses débuts la réputation de donner des concerts désastreux à cause de la timidité et de l'alcool elle a aujourd'hui acquis le statut d'un couguar finement "refait". La plupart de ses admirateurs d'antan, ceux qui se pougnaient le cerveau devant le film naturo-musical "Speaking for trees" où on la devinait, au loin, derrière des buissons, nous chanter des folksongs, ceux-là n'encaisseront jamais ni ses deux derniers disques (de soul à l'ancienne avec force instrumentation - pas dégueulasses mais des disques "pour mamans"), ni qu'elle ait lâché la guitare, ni qu'elle ait tourné avec Jude Law, ni même qu'elle ait cessé d'être "timide" et se soit réveillée, la quarantaine, et marre de se planquer derrière ses cheveux.
Je ne vous cache pas que je lui pardonne bien volontiers ses récents errements. D'abord parce que l'attitude de gamine émotive ça ne marche plus passé l'âge et ensuite parce qu'avec sa belle voix chaude de femme du Sud, elle était destinée à suivre cette voie-là. Je vais même aller plus loin et vous confier que je trouve bien plus agréables ses chansons soul, et même ses reprises, que les brouillons lo-fi assez risibles des tous débuts. Bref la question n'est pas là puisque ça n'est ni du départ ni de l'arrivée que je souhaite vous parler mais bien de la parenthèse enchantée (96-2003 pour faire vite) dans l'intervalle de laquelle Chan a été l'une des musiciennes les plus passionnantes (et les plus belles) à avoir jamais fait rêver les indie kids que nous étions ou sommes encore. Mon point culminant à moi, le sommet de ce pic créatif, c'est l'album "Moon Pix" (1998), sur lequel Mick Turner et Jim White, respectivement guitariste et batteur du trio australien Dirty Three, accompagnaient Chan.

Joe Gonzalez








