C'est entendu.

lundi 10 mai 2010

[Vise Un Peu] Pill Wonder - Jungle/Surf

Ça peut vous sembler un peu étrange de nous entendre parler régulièrement de "musique estivale" en ces lignes, mais il existe indéniablement dans certains types de musique "indie" (ah, le vilain mot) des détails, des arrangements, des productions qui sentent le soleil, les vacances, la chaleur et rien d'autre. Des compositions qui, un peu comme les haïkus japonais, correspondent à des saisons précises, avec en elles des éléments-clés indiquant clairement la période qu'elles évoquent. Des albums presque à usage unique en fait, celui de vous offrir la bande son d'un mois de Juillet puis de disparaitre de votre esprit à mesure que les jours se raccourcissent et que le mercure se replie sur lui-même. Le premier e.p. de Pill Wonder est exactement comme ça. Je ne peux pas vous promettre que je l'écouterai moi-même encore dans quatre mois, je ne saurais vous dire si le temps jouera en sa faveur, j'ignore même s'il méritera de finir dans l'empilage compulsif de tops si cher à la fin du mois de Décembre. Non, tout ce que je sais, c'est que là, maintenant, tout de suite, il est ce dont vous avez besoin, en ces temps de Saints de Glace qui portent déjà en eux la promesse d'un redoux salvateur.

(Being Bored)

Cet e.p. s'appelle "Jungle/Surf". Vous y trouverez des morceaux nommés Family Vacation ou Being Bored. La pochette est une orgie de couleurs lumineuses. Le titre n'est pas du tout un hasard d'ailleurs, le tout est vraiment divisé en deux parties, la première face étant une sorte de balade dans la nature avec des bruits d'animaux de la jungle (on entend des grenouilles, des singes, et même des barrissements d'éléphants), tandis que la Face B vous emmène voir la mer qu'on entend d'ailleurs aller et venir sur le sable par moments. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ? Je peux arrêter la chronique là en fait, tant tout cela forme le résumé parfait des dix huit minutes de réjouissances que vous ont préparé les sept membres de ce jeune collectif américain venu de Seattle, enfin, surtout leur chanteur/guitariste Will Murdoch qui a enregistré cet e.p. tout seul chez lui pendant trois ans (!) avant de demander à des copains de l'aider à le jouer en concert. Plus de groupes devraient annoncer aussi clairement leurs intentions rien que dans le nom, la gueule et le concept de leurs essais, ce serait plus facile pour l'auditeur. Parce que Pill Wonder sort exactement l'album attendu avec une esthétique pareille, une musique faite de rayons UV, mélanine extravaganza, avec un son un peu lo-fi forcément rempli de sons aigus et de chœurs en "ouh" et "ahh", et une légèreté infectieuse, juste ce qu'il faut pour infuser un sentiment de plénitude joyeuse à qui l'écoute.

Ils n'ont l'air de rien comme ça, avec leur attirail "indie rock tribal du soleil" très (trop) à la mode depuis qu'on a béatifié certains groupes qui ont d'ailleurs dû influencer Pill Wonder, ne le cachons pas, mais les huit morceaux proposés ici sont des douceurs sucrées remplies de détails en tout genre, et une chanson comme Fogg Eater qui sert d'introduction à ce voyage sonique, avec ses chœurs doucement faux, ses bruits de tempête noisy, ses guitares acoustiques de partout ou ses percussions omniprésentes est plus riche et plus enthousiasmant qu'il n'y parait au premier abord. Le groupe a d'ailleurs le talent d'utiliser ses limitations (voulues ou non) lo-fi à son avantage, n'hésitant pas à faire grimper l'enregistrement dans le rouge ou à conserver une production bordélique de manière à créer une ambiance particulière, dense, où chaque instrument forme avec ceux qui l'entourent un environnement bruyant, un microcosme vivant et follement joyeux dans lequel on se promène, d'un tube de poche à l'autre. Le bourdonnement sourd d'une guitare trop forte sur Gone To The Market sert de toile de fond sur laquelle se posent délicatement des petits vibraphones et des chœurs façon Beach Boys, tandis que les amas de guitares délicates et d'orgues qui saturent sur Family Vacation offrent une profondeur délicate qui se marie habilement avec des falsetto portés par l'écho.

(Wishing Whale)

"Jungle/Surf," c'est de la pure joie bruyante et pop - rappelant parfois un peu l'ambiance du collectif Elephant 6, un bazar festif et positif au son brut où des claviers dégoutants rencontrent les maracas sous le soleil, parfaitement agencé et offrant même une sorte de progression, depuis les profondeurs tropicales et humides de la face A jusqu'à la clarté plus nette et délicate de la partie "Surf." Un peu comme des vacances en fait. Ce n'est pas forcément original, ce n'est pas mémorable à chaque instant, certaines personnes préféreraient rester chez elles, mais, hé, ça fait du bien, vraiment.






Emilien Villeroy.

2 commentaires:

  1. Pondre ça après 3 ans, c'est... comment dirai-je... O_O

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  2. Je vais écouter ça... Merci par avance pour la découverte. :-)

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