C'est entendu.
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mercredi 11 janvier 2012

[Vise un peu] Session de rattrapage 2011, première partie

Découvertes tardives et trop nombreuses, manque de temps, manque de mots face à un disque complexe à assimiler ou au contraire trop simple, ou encore appartenant à un genre que l'on connaît peu… autant de raisons qui nous laissent parfois avec un paquet d'albums "en retard" à traiter. Surtout en décembre et janvier, avec certains tops qui peuvent nous faire découvrir dix albums en même temps (pas vraiment dans les "tops collectifs", trop consensuels, mais dans certains tops personnels).

Parce qu'un ou deux paragraphes peuvent parfois suffire à faire une belle découverte, voici une petite sélection de bons disques sortis en 2011, découverts au hasard des listes et des recommandations : noise-rock, jazz, ambient, sludge, expérimental, quelques albums majeurs, quelques disques certes mineurs mais intéressants, il y a un peu de tout là-dedans. Y compris certains des meilleurs disques de l'année selon moi ! Mais jugez par vous-mêmes :



Gum Takes Tooth – Silent Cenotaph

Vous aimez le noise-rock, les surprises et les musiques hybrides ? Vous êtes bien parti pour aimer "Silent Cenotaph" ! Ce premier album particulièrement étonnant du duo londonien démarre d'une façon violente et hurlante (qui rappelle tout de suite Lightning Bolt) avant de bifurquer vers un étrange passage électronique, d'introduire des saxophones, de se rapprocher de Tobacco sur une troisième piste et de virer à l'ambient tribal de façon totalement inattendue sur une quatrième… Moins frénétique que Lightning Bolt, certes, mais tout à fait réjouissant et prometteur, "Silent Cenotaph" est un très bon album !






Tartar Lamb II – Polyimage of Known Exits

Tartar Lamb II est un side-project de membres de Kayo Dot, mais ce n'est pas ce qui m'a fait découvrir le groupe : à vrai dire, je n'ai jamais vraiment accroché à Kayo Dot. "Polyimage of Known Exits" est un disque hybride à tendances jazz et dark-ambient, qui n'est pas sans rappeler (comme l'a fait justement remarquer un auditeur) Bohren & Der Club of Gore en plus expérimental… Bohren faisait lentement apparaître des reflets cuivrés dans une nuit d'un noir d'encre ; Tartar Lamb II, lui, joue une musique plus crépusculaire, plus inattendue, avec des influences variées. Voyage de nuit à travers divers paysages éclairés d'une même lumière, "Polyimage of Known Exits" est un très bel album, riche et séduisant, à recommander vivement pour les écoutes nocturnes.






Altar of Plagues – Mammal

Il y a quelques mois, la découverte de cet album m'a sérieusement donné envie de me mettre au black-metal (et j'en ai effectivement écouté pendant des semaines). Aujourd'hui, je ne m'y connais toujours que trop peu en black-metal pour vous en parler correctement, mais je ne peux que vous dire du bien de ce deuxième album des Irlandais d'Altar of Plagues : une musique noire, violente, mais baignée dans une ambiance quelque part paisible et triste… qui, quelque part, m'a rappelé celle d'"Oceanic" d'Isis. Pour être honnête, malgré les classifications utilisées par la plupart des auditeurs, Altar of Plagues me paraît tout aussi — sinon plus — proche du sludge que du black-metal (où ils se retrouvent sans doute classés parce que leur son ressemble aussi à celui de Wolves in the Throne Room). Mais qu'importent les classifications, après tout ! "Mammal" est un excellent album, qui débute par deux pistes violentes et atmosphériques comme il se doit — qui ne préparent pas au choc de la troisième, When the Sun Drowns in the Ocean, où le metal s'efface entièrement pour laisser la place à un chant gaélique irlandais dans un environnement à la fois beau et incroyablement sinistre…


(Neptune Is Dead)





Rale – Some Kissed Charms That Would Not Protect Them

Le minimalisme possède une beauté particulière qui peut être étonnamment évocatrice. Sur cet album de Rale (William Hutson), ce sont de belles et puissantes vagues, d'un son pur, qui ouvrent le tableau ; d'abord une seule, suivie d'un long silence, puis un concert où chaque note semble s'épanouir à son rythme, dans toute son ampleur. Et puis, au fil du disque, des parasites se mettent à troubler cette danse : une vie apparaît, des insectes ou bactéries affluent, grouillent, crissent, ravinent ces ondes (aidés par le format du disque lui-même : les minimes bruits de surface, grains de poussière, qui peuvent se déposer à la surface du vinyle font partie intégrante de l'œuvre) et changent irrémédiablement le cours de la musique… On peut penser à la paradoxale beauté que peuvent avoir la pollution, la patine ou la rouille, ou repenser à l'aphorisme de René Char « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » (je n'ai jamais été entièrement d'accord avec… mais il y a tout de même quelque chose à en tirer). Toujours est-il que le seul défaut de ce disque est qu'il se finisse bien trop tôt. (Pour se procurer le disque et en découvrir d'autres du label Isounderscore, c'est ici !)






Steven Wilson – Grace for Drowning

Je sais bien que certains vont froncer les sourcils en voyant cet album mentionné dans une liste où vous vous attendiez sans doute à trouver des disques moins connus. Pourtant, je l'ai découvert exactement comme les autres albums de cette sélection, en toute naïveté — et surtout en parfaite ignorance du fait qu'il s'agissait d'un album solo du leader de Porcupine Tree. Ce qui n'est sans doute pas plus mal, vu que je n'ai jamais accroché à ce groupe ; alors que ce "Grace for Drowning" m'a enchanté dès la première écoute et n'a cessé de tourner dans ma platine depuis. Ce qui est paradoxal sur "Grace for Drowning", c'est que, peut-être plus encore que ses explosions rock et jazz (sur Sectarian), malgré ses structures pourtant loin des chansons pop habituelles et malgré le côté sombre voire glauque de certaines pistes (Index, Remainder the Black Dog), c'est avant tout la douceur du son, chaud, planant qui me séduit, et ses mélodies parfaites qui me font très facilement oublier le côté un peu grandiloquent de certains passages. "Grace for Drowning" divise au sein de la rédaction, et il faut sans doute aimer le prog-rock pour l'apprécier ; mais pour moi, c'est l'un des tous meilleurs albums de 2011.


(Sectarian)





A Winged Victory for the Sullen – A Winged Victory for the Sullen

Un bel album d'ambient, avec piano, violoncelle et autres instruments classiques, tout en blancheur et en douceur… parfois, c'est exactement ce dont on a besoin. Pas besoin d'en dire beaucoup plus : "A Winged Victory for the Sullen" est un album qui parle de lui-même, avec ses atmosphères à la fois extrêmement douces et en même temps élégiaques, parfaites pour les calmes journées d'hiver — mais aussi pour apaiser un spleen ou se remettre d'une grande tristesse. Il s'agit d'un projet d'Adam Wiltzie (membre de Stars of the Lid, ce qui s'entend tout de suite) et de Dustin o'Halloran.


(Steep Hills of Vicodin Tears)




Avez-vous trouvé votre bonheur quelque part sur ces six albums ? Que ce soit le cas ou non, n'hésitez pas à revenir bientôt : on continue cette série très vite avec six autres disques !


— lamuya-zimina

mercredi 28 décembre 2011

[Vise un peu] Yamantaka // Sonic Titan - YT // ST

Est-ce une mode récente de créer une dizaine de nouveaux genres musicaux par an, de jouer aux Lego avec deux pauvres pièces choisies dans le bac des "-gaze", des "-wave", des "black-", des "post-", des "chill-", des "dub-" et autres éléments modulables en vogue pour créer des hybrides parfois excitants, souvent limités et trop souvent usés jusqu'à la corde ("C'est bon les gars, on a créé un nouveau genre à la mode, ça s'appelle le dubgaze (*) : maintenant on peut sortir des milliers de disques classés "dubgaze" qui sonnent tous pareil, ça fera le buzz ! Et dès que ça changera un petit peu, on appellera ça le post-dubgaze…") ? Parfois, ça vire au ridicule et ça donne envie d'arrêter de classer, tout simplement. D'ailleurs, je vire systématiquement les genres de ma mp3thèque et je ne classe pas mes disques par genre. J'aime les musiques hybrides… mais je les aime quand l'hybridation est originale et poussée, pas lorsqu'elle n'est qu'une simple combinaison bateau conçue pour faire parler d'elle pendant des mois sans apporter quoi que ce soit de vraiment nouveau !


(Hoshi Neko)

Ça tombe bien : Yamantaka // Sonic Titan (aucun rapport avec Yamantaka/Yamatsuka Eye des Boredoms : Yamantaka, c'est lui), qui se présente comme un collectif de "-wave", n'a pas peur des mélanges et cite comme genres parents et inspirations (je cite) : le prog britannique, le psychédélisme japonais, le punk rock, l'"iroquois core" (? ils ont dû l'inventer, celui-là), la télévision en noir et blanc, le black metal, la J-pop, les opéras chinois, la noise music et, donc, le théâtre nô. Ambitieux ? Plutôt ! Exagéré ? Un peu, hélas (ne vous attendez pas à entendre beaucoup de black metal, d'opéra chinois ou de véritable punk-rock sur "YT // ST")… mais pas autant que l'on pourrait croire. Excitant ? Oh que oui ! Parce que "YT // ST", le premier disque de ce "collectif culturel pan-asiatique" basé à Toronto, exploite parfaitement ses multiples influences en à peine une demi-heure et sept pistes. Et réussit partout : l'album est accrocheur de mille matières différentes, de l'intro aux accents rituels Raccoon Song, des mélodies accrocheuses et touchantes (parmi les plus réussies que j'ai pu entendre cette année, mine de rien) rock sur Queens, tendres sur Oak of Guernica, pop sur Hoshi Neko ; la belle montée en puissance sur Reverse Crystal // Murder of a Spider, le metal instrumental heavy et électrique à souhait sur A Star Over Pureland et le grand final-apogée Crystal Fortress Over the Sea of Trees ! Le tout avec un goût pour le théâtral qui se retrouve dans les prestations live du groupe :



(À noter qu'il ne s'agit pas d'une piste de l'album… elle est d'ailleurs plus anecdotique.)

D'ailleurs, quand Yamantaka // Sonic Titan se présente comme un "collectif", ce n'est pas seulement par prétention : les artistes ne se limitent pas à la musique mais ont fait leurs premières armes sur un spectacle, et travaillent aussi dans le domaine des arts graphiques :

Vous êtes un peu geek et vous voulez une raison supplémentaire d'aimer le groupe ?
Vous serez ravis d'apprendre que cette installation s'appelle
“コナミコマンド // ↑ ↑ ↓ ↓ ← → ← → B A”.

Bref, la belle équipe est aussi touche-à-tout que prometteuse. "YT // ST" est l'un des meilleurs albums de 2011, et la rumeur veut qu'une adaptation en "rock opera" soit au programme… Que ce soit vrai ou non, on peut avoir hâte de la suite !


(Reverse Crystal // Murder of a Spider)

En attendant, vous pouvez consulter le site du groupe ici, acheter "YT // ST" ici en format digital, ou chez Psychic Handshake en CD ou vinyle blanc (dépêchez-vous : les éditions sont limitées). Je vous le recommande vivement.


— lamuya-zimina


(*) J'ai écrit "dubgaze" au pif, sans réfléchir. Puis j'ai cherché sur Google et n'ai même pas été surpris de voir que certaines personnes classent vraiment des artistes dans le "dubgaze". Je vous jure…

lundi 24 octobre 2011

[Vise un peu] Slow Joe & The Ginger Accident - Sunny Side Up

Mettons les choses au clair : Slow Joe est une escroquerie. Je ne parle pas de l'histoire narrant la création de cet improbable quintet, et dont tous les médias se sont goulûment emparés afin de ne pas trop avoir à se prendre la tête avec la rédaction d'une chronique. Cette histoire-là est rigoureusement exacte, je peux en témoigner. Non, je parle de ce monsieur Slow Joe, bombardé ça et là chanteur au talent exceptionnel, parce que l'histoire doit être belle jusqu'au bout et que cet ancien mendiant des rues de Goa doit forcément devenir prince charmant à la voix d'or. Ou plus tristement, parce que c'est marqué dans le dossier de presse.


(Back Home Soon)

Slow Joe n'est pas un grand chanteur, loin de là. Il n'a de coffre que sur une gamme de notes limitée, chante volontiers faux, et son sens du rythme est parfois parkinsonien. En revanche, c'est un excellent acteur, cabotin et charmeur. Plus qu'Elvis ou que Frank Sinatra, interprètes qu'il vénère et à qui on le compare, c'est du coté de Gil Scott-Heron que l'on peut établir une filiation avec Joe le Lent. Son vécu chaotique lui a conféré une voix inimitable que la simplicité d'un Back Home Soon, moment superbe parmi tant d'autres sur ce remarquable album, permet de mesurer à sa juste valeur.


(Brunette Blonde)

Slow Joe est l'arbre exotique qui cache la forêt Ginger Accident. Une putain de forêt de fous furieux, comme celle que traverse Alice dans le dessin animé de Disney. Slow Joe est un leurre qui attire ses proies tandis que le Ginger Accident, tapi derrière un buisson, bondit et leur démonte le cerveau avec toute l'énergie de leurs frises sixties. Du plus polissé au plus psychédélique, le quartet rouquin mélange tous les genres sans leur demander leur avis, et le résultat est tout simplement époustouflant. C'est les Doors qui jouent la BO de Wayne's World, avec Slow Joe dans le rôle de Big Jim.



Il y avait un vrai risque qui nous avait effleuré lors de la parution de leur premier EP : Slow Joe & The Ginger Accident est un groupe porté médiatiquement par l'image qu'il donne. Il serait facile pour eux d'en jouer à mort et aller dans le cliché jusqu'à l'ennui ; chose qu'ils n'évitent d'ailleurs pas complètement, comme en témoigne cet enchainement Just One Touch + Give Me Your Love + Inside of Me, un peu lourdaud et qui ne permet pas d'anticiper la tournure que prend l'album passés ces trois morceaux (dont deux proviennent de l'EP susnommé, curieux rescapés alors que la survoltée Introducing est, elle, restée sur le carreau).


(Climbin' a Mountain)

Car entre un clin d'oeil au pays natal de Joe (Ab Kahan Javen Hum) et une sublime ballade (So Many Dreams), le groupe emprunte des directions que l'on ne pouvait soupçonner qu'après avoir entendu leur reprise de Set The Controls For The Heart Of The Sun, parue sur un EP de reprises destiné à faire monter le buzz, aux cotés d'une reprise de l'abominable Black Horse & The Cherry Tree de K.T. Tunstall (forcément une commande de leur label... Ah, commerciaux, que n'avez vous écouté pendant vos masters Tech de Co...). "Sunny Side Up" lorgnait déjà vers le prog sur Brunette Blonde : il y bascule complètement avec l'incroyable Climbin' a Mountain, résumé indispensable de "Atom Heart Mother", et pas seulement parce qu'il vous autorise à ne jamais écouter ce pénible album des Floyd.



(Money Mama)

Deux ans après leur naissance aux Transmusicales de Rennes, l'accouchement a été long et rude, mais le bébé est beau : "comme tous les bébés métis" me dit ma mère, qui aime bien "Sunny Side Up". C'est toute la réussite de cet album : psyché et solaire pour me plaire, pop et dansant pour plaire à maman.


Joseph Karloff

lundi 25 octobre 2010

[Comptez pas sur moi] Smashing Pumpkins - Teargarden by Kaleidyscope Vol. 1: Songs for a Sailor

Vous voulez une histoire avec des citrouilles qui fout les boules, dans tous les sens du terme ? En voici une, inspirée de faits réels, une version moderne du Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde.

Billy est un musicien appliqué, fils de musicien appliqué, qui se passionne dès son plus jeune âge pour la musique. Il démontre rapidement, en plus d'un vrai talent de guitariste, un sens de la composition qui lui permet d'aborder tout un tas de styles différents avec son groupe d'amis.


Mais voilà, Billy vit dans l'ombre d'un autre songwriter plus charismatique, Kurt. Aussi, un soir d'angoisse, il concocte un étrange breuvage censé développer sa capacité à susciter l'admiration pour revenir sur le devant de la scène. La mort prématurée du rival, cumulée aux effets de la potion, lui permettent de flirter avec le succès mondial ; mais déjà, les premiers effets secondaires attaquent son cuir chevelu, l'obligeant à raser son crâne intégralement.

Le succès demeure quelques temps mais s'estompe petit à petit, tout comme les talents initiaux de Billy, qui a de plus en plus de mal à contrôler B0lly, son double maléfique. Ce dernier fait disparaître un à un chacun des membres du groupe de Billy, jusqu'à l'implosion de la bande. B0lly devient alors le seul maître de l'enveloppe charnelle de Billy.


La suite est aussi consternante que vraie : un supergroupe supernul, une apparition dans un match de catch, des lectures de poèmes niveau maternelle, des performances karaoke en live, le grand amour avec Jessica Simpson, et finalement la récupération de la franchise Smashing Pumpkins pour attraper les quelques gogos qui n'ont pas tout suivi.

Le dernier projet de B0lly, "Teargarden by Kaleidyscope", ne se télécharge pas : il s'attrape. Il est à la musique ce que le Sida est à l'amour ; on croit qu'on va passer un bon moment, et on se retrouve maudit à vie. Vous pensez peut-être que j'exagère, vous allez vouloir télécharger ces chansons offertes par B0lly pour vérifier, parce que bon, ça ne peut pas être si mauvais : ne le faites pas. NE LE FAITES PAS. Je vous en conjure.



Je vous résume le premier EP issu de ce projet en une phrase : de la même manière que Phil Collins est un excellent batteur, Billy Corgan est un excellent guitariste. Attendez... Phil Collins... Tiens tiens, faudra que je regarde s'il avait des cheveux au début de Genesis.


Joseph Karloff


PS : le rédac' chef m'oblige à vous fournir un lien pour écouter l'album... (je le précise pour que vous vous rappeliez bien que c'est Joe le responsable, pas moi)