C'est entendu.
Affichage des articles dont le libellé est 1964. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1964. Afficher tous les articles

mardi 31 janvier 2012

[Réveille-Matin] John Lee Hooker - Burning Hell

Il est prévu des températures très très basses cette semaine, des qui font peur, qui intiment à la "VIGILANCE" alors soyez prudents ! Surtout toi, chère minorité (vous êtes deux) qui lis C'est Entendu sur ta tablette adroitement fixée à portée du tableau de bord de ton véhicule motorisé : attention au verglas, prévois les chaines ! Quant aux autres, surtout vous, mes concitoyens panaméens, mettez une doudoune et qu'on n'en parle plus. On ne va pas en faire un fromage non plus : qu'il neige ! Certains d'entre nous n'ont pas eu les moyens cette année de louer des skis, pas même des luges, et ceux-là seront bien heureux de voir Tonton Flocon cogner à leur porte. Ne nous faisons pas martyrs d'une semaine d'Hiver (la seule de la saison) qui est, quelque part, un signe que tout n'est pas encore définitivement détraqué et qu'il nous reste une chance d'emmener nos gamins faire de la luge un jour, ou de ne pas lutter au corps à corps avec des immigrés espagnols dans dix ans quand leur pays à eux sera trop brûlant pour qu'ils n'y restent.



Être opposé au froid de l'Hiver, voilà le meilleur moyen de brûler en Enfer. Tout slam mis à part, le meilleur moyen d'oublier nos angoisses écologiques et nos glaglas thermométriques, ça reste de s'envoyer un bon vieux blues à dimension humaine et empreint de peurs mystiques. Dans les années 60, la Fin du Monde, on n'y pensait pas souvent, me dirait-on, et John Lee Hooker ne déroge pas à la règle.


Joe Gonzalez

jeudi 8 décembre 2011

[Alors quoi ?] Rappel historique et esthétique : le garage-rock 60's

"Garage" est un terme que l'on trouve souvent dans les chroniques, parfois avec un beau contre-sens à la clef d'ailleurs, et qui mérite donc quelques explications. Il faut d'abord préciser qu'ici, on évoquera le "garage-rock", à ne pas confondre avec la house-garage et le UK-garage. Ces deux sous-genres de la musique électronique tirent leur nom d'une célèbre boite de nuit qui passait de la house à New York : le Paradise Garage, un temple dédié à la musique électronique. Le garage qui nous intéresse ici tient son qualificatif de la légende selon laquelle de nombreux groupes amateurs des années 60 répétaient dans le garage de leurs parents, faute de mieux !



(The Count Five - Psychotic Reaction)

Historiquement, le garage-rock est un genre strictement nord-américain, tout au mieux on pourra éventuellement évoquer plus largement les pays du continent sud-américain et l'Australie... En effet, le rock des anglais de la même époque, celui des Kinks, Stones, Yardbirds, Who et compagnie n'est PAS du garage mais de la beat music ou si l’on veut être encore plus précis on pourra parler de mod, british-R&B, etc. En ce qui concerne le reste de l'Europe on parle également plus volontiers de beat music même si parfois les groupes sonnent davantage comme le garage-rock américain... C’est certes compliqué et un peu pointilleux sur les bords, mais vous allez comprendre le pourquoi du comment.



(The Kingsmen - Louie Louie)

Le garage-rock est la réponse du loup à la bergère. Qu'allaient pouvoir faire les ados américains buveurs de coca-cola face à l'invasion britannique ? Se laisser faire ou réagir? Ils ont décidé de prendre les armes (guitare-basse-batterie et clavier) et de combattre l'assaillant en essayant de placer des 45 tours dans les charts plutôt qu'en pratiquant la politique de l'autruche... Les anglais avaient été influencés par la Motown et Buddy Holly ? Les américains le seraient par les groupes anglais. Certains prennent les Beatles en modèle (Byrds ou Remains) mais la plupart des groupes seront surtout séduits par la musique sexuelle des Stones, les riffs vengeurs des Kinks et les délires proto-psyché des Yardbirds (groupe ayant beaucoup tourné sur les terres du Nouveau Monde). Forcément les américains digèrent ces influences et y ajoutent une couleur locale. En plus du rock’n roll il ne faut pas oublier le rôle fondateur du frat-rock (les Kingsmen, par exemple) ou du surf-rock (comme celui des Trashmen). Louie Louie est probablement le premier morceau garage rock : hyper facile à jouer et avec un texte possiblement cochon (*1), c'était alors la chanson parfaite en guise de bande son pour les beuveries étudiantes des fraternités.



(Remains - Why do I cry)

Le garage-rock démarre donc vers 1963 mais connaitra son pic artistique entre 1965 et 1967. C’est plus ou moins lorsque les autres genres en vogue à l’époque déclinent (surf et rock’n roll) que le garage fait ses classes et s’installe dans les cœurs. A son tour il laissera d’ailleurs sa place à des choses peut être plus chiadées mais nettement moins fun : le prog, la musique psyché, etc. Deux approches du garage-rock coexistent et se recoupent partiellement : historique et esthétique.

La biographie des musiciens est presque toujours la même : une bande de potes de lycée habitant dans le même quartier et répétant dans un garage ou dans le salon de la maison familiale. Le manager est souvent le papa du batteur tandis que le grand frère conduit le van pour mener le groupe à son concert pour le bal de promo du lycée de la ville d'à coté. De ce point de vue, des groupes très "pop" comme les Remains ou les Knickerbockers ont été considérés comme garage par ceux qui considèrent que ce qui compte c'est surtout l'origine géographique et l'époque.



(The 13th Floor Elevators - You're gonna miss me)

D’un point de vue esthétique, certains passionnés ont essayé de définir l'essence de ces groupes, ce qui faisait leur homogénéité : c'est un job loin d'être évident d'autant plus qu'à l'époque (au milieu des années 60), on n’avait aucune notion, aucune case dans laquelle ranger les groupes en question. On en est donc arrivé à une définition en terme de style : le garage est une musique directe et crue (pas de production trop policée ou d'arrangements compliqués), l'énergie très présente et pas tout à fait maitrisée (il faut que ce soit sauvage !), les guitares doivent être aigrelettes (présence d'une fuzz souhaitée), et enfin, élément très distinguant/distingué : un orgue-combo rital (*2).



(Love - My little Red Book)

Outre les sus-mentionnés groupes de la British Invasion, du rock’n roll et compagnie (surf, frat), le garage s'est enrichi au contact du folk-rock et de la musique psychédélique. Le premier album de Love est un bon exemple de cette fertilisation croisée, un pied dans le garage le plus brutal (leur reprise de My little red book) et l'autre dans le folk rock des Byrds.


(La compilation "Nuggets" de Lenny Kaye permettra au garage-rock d'inspirer les générations suivantes)

Vers 1967-68 le garage s'éteint de lui-même. Il y a eu l'évolution de certains musiciens vers une pratique onaniste de leur instrument (la technique au détriment de la spontanéité). Il y a eu les nombreux appelés au Viet'. Et puis il y a eu le passage du temps et les adolescents d’hier ont dû se trouver une responsabilité et un job régulier, et les rangs garagistes se sont épuisés. Cette rupture de stock fut néanmoins temporaire, car si en 1972 lorsque Lenny Kaye compile ses "Nuggets" (une compilation de singles plus ou moins obscurs de rock garage ou psychédélique et de beat-music et merseybeat, NDLR) sur le label Elektra tout le monde a l’air de l’ignorer, il n'en sera pas de même quand Sire rééditera les légendaires pépites en 1976. La seconde moitié des 70’s voit alors un regain d’intérêt pour le rock des 60’s (*3) tandis que dans les années 80, un revival s'organise autour de labels comme Voxx, Get Hip ou Moxie (*4). En 2011 le garage se porte très bien, merci pour lui.


Alex Twist



D'autres titres à écouter d'urgence :

? and the Mysterians - 96 Tears
The Sonics - Psycho
The Seeds - Don't push me too hard
Music Machine - Talk talk
Paul Revere and the Raiders - Just like me
The Standells - Dirty water
The Castaways - Liar, liar
The Electric Prunes - I had too much to dream last night
The Brogues - I ain't no miracle worker
The Chocolate Watchband - Sweet young thing
The Bob Seger system - 2+2=?
Thee Midnighters - Jump Jive & Harmonize
The Tamrons - Wild man
The Unrelated Segments - Cry, cry, cry
Teddy and his Patches - Suzy creamcheese
The Litter - Action woman
The Squires - Going all the way
The Jesters of Newport - Stormy
The Driving Stupid - The horror asparagus story
The Monks - I hate you
The Third Bardo - I'm five year ahead of my time
The Five Americans - I see the light
The Other Half - Mr Pharmacist
Mouse and the Traps - Maid of sugar maid of spice
The Sparkles - No friends of mine
The Leaves - Hey Joe




(*1) : Une chanson écrite par Richard Berry & the Pharaohs, elle était un "classique" des groupes du coté de Seattle en live et notamment les Wailers. Les Kingsmen en feront le tube que l'on connait lors d'une session d'une heure à la fin d'une journée de studio. Les paroles difficilement intelligibles ajoutent du piment, certains y entendant des paroles cochonnes ou des messages subliminaux... Le FBI malgré de nombreuses recherches fera cependant choux blanc. A noter que d'autres chansons de Richard Berry trouvèrent une seconde vie entre les mains de groupes garage du coin comme les Sonics (Have love will travel).

(*2) : Tels que le farfisa ou le voxx pour les plus riches. Il faut écouter par exemple 96 tears de ? and the Mysterians ou Liar liar des Castaways pour comprendre la nature profonde de ce son : bon marché, criard et agressif ! Ne dites jamais à un amateur de garage puriste que vous aimez le Hammond il vous rigolera au nez en vous mentionnant Deep Purple ou Emerson Lake & Palmer. Certes, le B3 est réservé aux bourgeois et un lycéen ne pouvait pas se le payer en 1965. On n’est pas là pour la chaleur mais bel et bien pour trouver un truc qui bourdonne dans les oreilles.

(*3) :
La série Pebbles voit le jour en 1978, son nom est une référence directe aux Nuggets (Pépites/Cailloux). Bam Caruso est fondé en 1983. Les Compilations "Back From The Grave" apparaissent en 1983. Le premier Ugly Things est édité en 1983.

(*4) :
Voxx est le label fondé par Greg Shaw après Bomp, avec une orientation 60’s. Get Hip est un label fondé par les Cynics de Pittsburgh, toujours en activité (et plutôt en forme). Moxie est le label des Miracle Workers. Quelques groupes du revival des années 80 : Droogs, Fleshtones, Fuzztones, Crawdaddys, Tell-Tale-Hearts, The Creeps, The Pandoras, The Lyres, DMZ, The Optic Nerve, Chesterfield Kings, Les Playboys, Los Negativos …

lundi 30 août 2010

[Réveille Matin] Petula Clark - Downtown

Quand il s'agit de jeter un coup d'œil aux grandes chanteuses pop des années 60, on semble toujours un peu oublier Petula Clark. Certes, cette anglaise ayant fait ses débuts enfant sur les ondes de la BBC pendant la guerre avait déjà plus de 30 ans à l'époque, ce qui faisait d'elle une ainée, et est surtout connue dans nos contrées françaises pour sa version de la Gadoue, ses chansons qui l'ont un peu rapprochée du mouvement yé-yé (elle vivait en France depuis 1961 et son mariage avec un publicitaire français) ou ses apparitions dans les émissions des Carpentiers comme le Sacha Show, présenté par Sacha Distel. Mais loin de l'image peut-être un peu ringarde que certains pourraient avoir d'elle, surtout en la voyant récemment chez Patrick Sébastien, profitons de cette matinée pluvieuse pour rappeler un fait indiscutable : Petula Clark a été une star pendant les 60's, jouant dans des films aux côtés de Fred Astaire et sortant des tas et des tas d'albums, sa discographie s'étant vendue à plus de 60 millions d'exemplaires dans le monde à ce jour, avec des singles chantés dans plus de cinq langues, en tête des charts du monde entier. Ah, ça rigole moins là. Mais ce n'est pas tout. Figurez-vous qu'en plus de vendre des tonnes de chlorure de polyvinyle, miss Clark a aussi enregistré d'excellents morceaux, et en tête son plus grand succès, n°1 aux USA et n°2 en Angleterre (battu uniquement par I Feel Fine des Beatles, donc tout est excusé) : Downtown.

Et pourquoi ne pas regarder le clip de Downtown pour avoir en plus quelques effets kaléidoscopiques des 60's au charme suranné?

Composé par Tony Hatch lors de son premier séjour à New York et après une nuit passée près de Broadway, Downtown est une idéalisation magnifique de l'idée de la ville, la nuit, foyer d'agitation permanente qui devient, paradoxalement, un havre de paix et d'oubli de soi, puisque "All the noise and the hurry seems to help." Seules les années 60 pouvaient offrir un morceau pareil, qui vous dit "si vous êtes triste, si rien ne va, allez trainer en centre-ville, y'a des cinémas, y'a des bars, y'a des gens, de la lumière, de la joie et vous oublierez vos problèmes, et si ça se trouve, vous rencontrerez quelqu'un comme vous" avec un cœur gros comme ça et une douce naïveté qui mettrait du baume au cœur de n'importe qui. L'instrumentation est proprement épique, jouant sur les variations d'humeur : débutant délicatement avec un petit glockenspiel et un piano délicat, le morceau se lance avec douceur avant de prendre une puissance folle dans un pré-refrain tout en syncopes, court crescendo fait pour vous donner des frissons et aboutir finalement sur un refrain qui brille de milles feux, rempli à ras bord de violons, cuivres et chœurs féminins. Petula scintille au milieu de tout ça, c'est comme si vous pouviez voir le sourire sur son visage rien qu'en entendant le son de sa voix qui chuchote puis s'envole en lançant à l'auditeur "The lights are much brighter there/You can forget all your troubles/Forget all your cares and go downtown," et quand le morceau s'achève dans un fade out de circonstance sur un solo de trompette jazzy sensé symboliser le swing des villes qui ne dorment jamais, de deux choses l'une : soit vous vous décidez à sortir de chez vous comme vous l'a conseillé Petula pour enfin faire quelque chose de votre vie, soit vous vous remettez le morceau en boucle pour oublier le fait que vous aller encore passer une soirée à la maison devant l'ordinateur mais en étant heureux quand même. C'est ça Downtown. Tout le monde gagne. Tout le monde est content. Joie. Bonheur. Pop music.


Emilien Villeroy