C'est entendu.

jeudi 29 septembre 2011

[Fallait que ça sorte] Taj Mahal & Toumani Diabaté - Kulanjan

Avant de se fourvoyer méchamment lors d'une collaboration de sinistre mémoire avec Johnny Hallyday sur l'album "Le Cœur d'un homme" sorti en 2007 (et plus précisément à travers la chanson T'aimer si mal), le blues-man vétéran Taj Mahal avait allié son talent avec des personnes infiniment plus talentueuses et dignes de respect que notre pseudo-rockeur fardeau-hexagonal. Parmi ces personnes figure par exemple l'inestimable Toumani Diabaté, avec lequel Taj Mahal signa en 1999 un album intitulé "Kulanjan". Véritable virtuose de la kora (*), Toumani Diabaté est un habitué de ce genre de collaborations, tout particulièrement avec d'autres musiciens maliens appartenant au même univers que lui, j'ai nommé le grand Ali Farka Touré et Ballaké Sissoko (je ne saurais d'ailleurs que trop vous recommander l'écoute des délicieux fruits de ces collaborations : "In the Heart of the Moon" et "New Ancient Strings", en priorité). Mais c'est aussi Toumani Diabaté que l'on retrouvait derrière son instrument favori sur l'album ouest-africain de Damon Albarn, l'honorable "Mali Music", sorti en 2002. Quelques années plus tôt, en 1990, le jeune Toumani avait donc rencontré Taj Mahal, et ce dernier s'était montré très intéressé à l'idée de concilier leurs talents. C'est en 1999 que l'on put enfin écouter le résultat de cette sympathique coopération aux fragrances exotiques.

(Taj Mahal, vieux de la vieille du blues non-réactionnaire)

Enregistré en Amérique, "Kulanjan" nous propose cinq morceaux de blues chantés par Taj Mahal et accompagnés par le groupe de Toumani Diabaté (six instruments acoustiques maliens), et sept autres titres aux sonorités plus africaines chantés par Kassemade Diabaté. Ces chansons ne sont pas regroupées dans deux parties distinctes, elles sont mêlées et se succèdent les unes aux autres pour notre plus grand plaisir. Le disque nous offre ainsi un fabuleux mélange des genres, mettant en avant les liens entre le blues et la musique ouest-africaine. Les chansons blues de Taj Mahal sont véritablement revisitées, illuminées par l'apport de ces instruments maliens. Ceux-ci se retrouvent dans des registres inattendus, comme par exemple la kora en plein Catfish Blues ou sur Take This Hammer, et leur rencontre fait parfois de superbes étincelles (le piano et le balafon dans Fanta). Le chant de Kassemade Diabaté est un autre point fort de cet album : la voix pure et délicate de la chanteuse africaine répond et s'entrelace idéalement avec celle plus rocailleuse et usée de ce bon vieux Taj Mahal (notamment sur Queen Bee), quand elle ne fait pas des merveilles par sa seule présence (Guede Man Na).


(Catfish Blues, la version de Taj Mahal en solo)

Morceau d'ouverture idéalement choisi, Queen Bee est sans doute celui qui plaira le plus facilement aux oreilles des profanes, et ce fut d'ailleurs celui sur lequel j'ai commencé par revenir régulièrement avant de progressivement découvrir et aimer tout le reste de l'album. Je crois même que je préfère cette version à celle que l'on retrouve sur l'album "Señor Blues" (sorti en 1997) ou sur la compilation "Martin Scorsese Presents The Blues" parue en 2003, également réussie mais aux arrangements moins subtils. Étant à la base une relecture par Taj Mahal de la chanson du même nom de John Lee Hooker, il est cependant intéressant, en écoutant ces différentes versions, de voir comment cette Queen Bee a pu évoluer.

(Toumani Diabaté, derrière sa kora)

Acclamé à sa sortie, "Kulanjan" fut également recommandé par Barack Obama himself, que l'on imagine bien réécouter cet album aujourd'hui pour oublier un peu la crise. Il s'agit d'un véritable régal pour les amateurs de ce genre de sonorités lumineuses et délicates, dépaysantes et apaisantes. Qui plus est, il peut aussi représenter une belle porte d'entrée vers de nouveaux horizons musicaux.

Félix


P.S. : Écoutez les chansons ici.



(*)
: La kora est un très bel instrument à cordes d'origine ouest africaine, que l'on pourrait situer entre le luth et la harpe. Le père de Toumani Diabaté est apparemment reconnu comme le "roi de la kora". Pour entendre Toumani Diabaté s'exprimer à propos de son art, cliquez ici.

7 commentaires:

  1. Au marché où je vais le dimanche matin y'a un noir trop beau avec des cheveux pourris qui joue de la kora, et qui en joue putain de trop bien ! C'est pas Ali Parka Touré mais c'est tout comme et je prends littéralement mon gros pied au milieu des courges et des concombres en écoutant ce con.

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  2. Il en vend ? Je m'en paie une pour mon annif et je m'y mets en autodidacte ! A moins que je l'embauche aussi... =)

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  3. Je conseille la vidz qui a été ajoutée en linkz à la fin de l'article !

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  4. J'habite en banlieue et y'a pas de marché alors y'a pas non plus d'africains qui jouent de la kora. C'est relouuuuuuuu
    Chez moi y'a que des Cora !

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  5. Non il n'en vend pas. C'est le genre de gars qui n'a que ça et qui dort avec, voire dedans.

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  6. Super article gros ! J'ai découvert la Kora via Thee Stranded Horse dont je conseille fortement les deux albums,ainsi que le mini EP qui'il a fait en collaboration avec Diabaté.

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  7. Merci Olive ! Si tu ne les as pas déjà écoutés, je te recommande vivement les albums de Touamni Diabaté (The Mandé Variations et New Ancient Strings), je pense que ça pourrait bien te plaire ! :)

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