Bonjour à tous ! Aujourd'hui, je ne vais pas m'étendre très longtemps sur l'historique du quidam du jour, alias Bertrand Burgalat, étant donné que je maîtrise mal sa carrière, mais je peux vous poser quelques bases. Le monsieur fonde le label Tricatel (oui oui, ça vient de "L'aile ou la cuisse"...) en 1999, et y produit les albums de Valérie Lemercier et de Michel Houellebecq, sur lequel il fait jouer en "backing band" amélioré un jeune groupe de rock français, A.S Dragon, qui à l'époque ne s'était pas encore encombré de l'embarrassante Natasha Le Jeune. Le groupe accompagne également The Sssound of Mmmusic, premier album de Burgalat en 2000, certes très inégal et beaucoup trop long, mais contenant son bon quota de perles qui seront presque toutes sublimées dans un album live, Bertrand Burgalat Meets A.S Dragon, sorti l'année suivante.
(Gris Métal)
Cet album hybride, qu'on ne peut pas vraiment attribuer ni au groupe ni au chanteur est une vraie réussite au son précis et direct qui alterne morceaux tirés de l'album solo de Bertrand, inédits (dont l'excellente Follow Me) et jams instrumentales à la fois concises et cosmiques. Et le tout sublimé par un sens du groove pas croyable. Gris Métal, le morceau que je vous devriez écouter en ce moment même, est présent sur les deux albums, mais je vous propose la version live, aux parties de guitares plus riches et dont le son ne pâlit pas devant la version studio. Le morceau en lui-même est totalement sur le fil, entre distanciation ironique et raffinement élégant. Le flottement langoureux d'un riff de basse imprévisible, des paroles à l'esthétique de film érotique soft ("Fin de soirée, les vagues glissent / Sur le métal du casino / Et le ciel vire à l'indigo / Ta robe est très haut sur tes cuisses"), un chant maniéré juste ce qu'il faut et des arrangements élégants aux textures psychédéliques suffisent à figer le temps dans une ambiance de torpeur d'une soirée moite de Venise.
Ce soir, je ne prévois aucun mea-culpa, mais j'ai néanmoins envie de faire plaisir à tous ceux parmi vous qui seraient encore obsédés par l'indie folk-rock américano-nord-américain cher à ces années 2000 sur le point de se clôturer, et qui auraient encore du mal à sauter le pas, parce que bon, on est quand même en 2009, il est temps d'oublier Elephant 6 (c'est les 90's ça !), Arcade Fire, Sufjan Stevens (ceux qui mettront son dernier truc dans leur top de fin d'année, vous devriez avoir la tehon !) et autres Decemberists, parce que tout ça commence à sentir le renfermé et la naphtaline, non ? DÉBAT.
Enfin bref, je vous vanne un peu, mais cette page de news n'en est pas moins pour votre unique plaisir. Je veux vous montrer que je sais que de nouveaux groupes indies sortent encore du lot, et font des trucs pas mal, alors pour vous, et pour eux, voici quelques images de ceux qui s'en sortent bien :
Port O'Brien, dont l'album "Threadbare" est sorti cette année, étaient les invités de l'émission de radio Morning Becomes Eclectic. Vous pouvez ici voir l'intégralité de leur performance.
The Swell Season, le duo de Glen Hansard et Markéta Irglová, étaient aussi, il y a quelques jours dans cette même émission. Voici aussi le clip de Low Rising, le premier single de leur nouvel album, "Strict Joy" :
On enchaine avec les White Rabbits. Le groupe a sorti son troisième album cette année, un disque dominé par la batterie, assez hors du commun pour un groupe dans ce genre-là. Je vous conseille de l'essayer. Ces gars-là ont eu droit à leur Concert à Emporter, voilà à quoi cela ressemble.
Et puis sachez aussi que Yeasayer sortira bientôt un nouvel album, vous pouvez d'ailleurs télécharger leur nouveau single en cliquant ici.
Enfin, ceux qui se souviennent encore des premiers mois de 2009 (c'est si loin) se rappelleront du premier album de Here we go Magic, le nouveau groupe de Luke Temple, et de la chanson Fangela, que voici jouée lors d'une Black Cab Session.
Je ne sais pas si vous avez commencé à vous y intéresser, mais il serait grand temps les amis. Regardez le calendrier. On est en novembre 2009. Et alors? Vous me dites et alors? Alors dans deux mois, on passe dans les 10's. Faites pas cette tête, vous voyez ou je veux en venir : c'est maintenant ou jamais pour faire vos tops des 00's. Dire vos chouchous. Vous les avez vécues (ou subies parfois) ces 10 fichues années non ? Alors restez pas là. Et soyez originaux hein, un tant soit peu. Parce que si des types comme Pitchfork se sentent obligés de mettre "Kid A" en guise d'Everest musical de l'ensemble bordélique qu'aura été la musique de cette décennie mourante, laissez moi vous dire que pour moi, ça ne va pas se passer comme ça. Non non, moi, j'ai mes championnes. Mes héroïnes. Elles étaient 4 filles. Elles venaient de Brighton. Elles ont fait 4 albums et ont fait le coup du hiatus. Elles s'appelaient Electrelane. Elles ont été l'un des meilleurs groupes de la décennie. Carrément.
(Electrelane circa 2005, avec Ros Murray, à gauche, toute nouvelle bassiste à l'époque)
Je vous fais le coup du superlatif, je sais, mais là, ce n'est plus la raison qui parle. Quand, le 26 janvier 2004, Electrelane sort "The Power Out", un deuxième album produit par Steve Albini après un "Rock It To The Moon" instrumental et psychédélique, c'est un vrai monument timide qui sort. Je sais que j'aime trop cet album. Je sais qu'il n'est pas aussi parfait que je veux bien le hurler. Je sais qu'il est rempli de références et d'influences qui peuvent s'entendre. Je sais que ce n'est, dans l'absolu, qu'un album "mineur", sonnant un peu anecdotique mais sympathique pour beaucoup de monde. Mais, bizarrement, au fil des années, avec le temps et les écoutes compulsives, il m'est apparu, un peu par surprise mais comme une évidence, que c'était un de mes albums préférés de tous les temps. Parce qu'il touche à plein de genres en même temps, mais avec la même fougue, avec la même force, et en réussissant à chaque fois. Parce qu'il synthétise en un seul ensemble absolument tout ce que j'aime en musique : la mélancolie, le rock, les rythmiques répétitives, les envolées psychédéliques, l'humour, un certain lyrisme tout à fait assumé. Et le tout dans un ensemble bordélique où les grosses guitares et un saxophone free croisent des chœurs angéliques et des pianos délicats, et où l'on chante en anglais principalement, mais aussi en espagnol, allemand et même français.
C'est même sur le premier morceau de l'album que Verity Susman, chargée du chant et des claviers, s'essaie à la langue de Sartre, dans le magnifique et obsédant Gone Under Sea. Deux accords et une longue montée qui ne semble à aucun moment forcée. Bien au contraire, tout semble couler naturellement, des premiers arpèges légers de guitare, jusqu'au climax émouvant mais pudique. Et si la voix de Verity au début, sombre et fragile, est empreinte de beaucoup de douceur lorsqu'elle lance "A la belle étoile/J'ai vu ton visage gris", elle se fait douloureuse au fur et à mesure, dans une modernisation déchirante du thème de la veuve qui attend toujours le retour du mari, amenant l'explosion avec ses "La mer était calme, mais il pleuvait sans cesse/J'ai compté les bateaux, j'ai compté la tristesse/Combien de vies cela a-t-il coûté?/Combien de vies cela a-t-il coûté?", puis s'étalant, impériale, sur des "Ave Maria" graves, sans espoirs. Finalement, sa voix s'envole, dans de longues vocalises puissantes qui me collent immanquablement des frissons comme j'en ai rarement. Et la batterie d'Emma Gaze poursuit son rythme sans fin pendant que Mia Clarke plaque inlassablement deux accords majeurs, forcément majeurs jusqu'à ce que s'achève enfin, dans une lumière éclatante, l'un des plus beaux morceaux de la décennie.
Bonjour tout le monde ! C'est grâce à une chouette compilation que j'ai découvert Charles de Goal, et cette compilation, je vous conseille de vous la procurer si comme moi vous êtes trop jeunes pour avoir connu la scène new wave underground française et que vous êtes un brin curieux. Cette compilation c'est "So young but so cold, Underground French Music 1977-1983," sortie en 2004 sur le label Tigersushi (où sont aussi Krikor, Joakim et quelques autres gens de qualité), et sur laquelle vous retrouverez d'autres artistes cultes de l'époque comme JJ Burnel (de The Stranglers), ou encore Nini Raviolette, Ruth, Kas Product et Jacno.
Charles de Goal est Patrick Blain pourrait être inscrit sur la pochette de chacun des disques sortis depuis le premier LP, "Algorythmes," au début des années 80, jusqu'à "Restructuration," l'album de la "reformation" qui a suivi le concert donné en 2006 à Paris. Je ne vais pas en dire beaucoup plus, n'étant accointé de Charles de Goal que depuis peu, je n'en sais pas encore beaucoup sur Patrick Blain, ni n'ai même eu encore la chance d'écouter "Restructuration," mais il fallait que je vous parle de Synchro, le morceau figurant sur la compilation. Il y a tout simplement deux façons d'envisager la langue Française. Soit on la prend comme La Langue De Molière et alors on la respecte et on la traite en Grande Dame, comme l'ont fait beaucoup de grands chanteurs populaires, comme, disons Charles Aznavour ou Alain Bashung dans la seconde partie de sa carrière, mais aussi certains "rockeurs" de talent comme Bertrand Cantat de Noir Désir pour ne citer que lui. L'autre solution consiste à ne pas s'embarrasser de formules, jeux de mots et autres allitérations quand seules les rimes et une certaine dose de langage vernaculaire (comprendre : "le parler de tous les jours") suffisent à faire remuer l'auditoire, qui ne demande d'ailleurs rien d'autre. C'est ce qu'a compris Patrick Blain en faisant Charles de Goal, et Synchro, petit tube de new wave synthétique, n'a d'autre ambition que de faire danser le quidam un peu coincé mais tellement cool (toi, moi, lui). S'ensuivent une ligne de basse démente, une claire source d'inspiration en provenance des tarés de chez Devo, un synthé trop bien et des paroles mémorables :
"Danse dans ton auto / Danse en rythme avec l'écho / Danse au son de ta stéréo/ Mais surtout ne perds pas le tempo"
Quoi d'autre ? What else ? Ça pourrait être le slogan de C'est Entendu, non ?
Il y a mille et un moyens d'arriver à la pop, et les chemins détournés, les itinéraires les moins évidents, sont souvent les plus fascinants et les plus riches. On savait les membres de Fly Pan Am, peut-être la facette la plus francophile du foisonnant label canadien Constellation (qu'il serait bon de ne pas limiter au dénominateur commun Godspeed You! Black Emperor), fascinés par André Breton et le surréalisme en général, mais de là à voir deux des membres les plus importants de ce groupe expérimental passionnant créer Pas Chic Chic, une formation franchement pop se revendiquant aussi bien des yéyés que de Jean-Luc Godard, on avait de quoi être surpris. Rétrospectivement, c'était pourtant évident à l'écoute de N'écoutez Pas, album marquant la fin de la carrière de Fly Pan Am en 2004 et qui s'ouvrait avec le groove mutant de Brûlez Suivant, Suivante !. Il y avait bien dans le chant francophone de Roger Tellier-Craig quelque chose de suffisamment ludique pour voir une recherche sonique exigeante se transformer en arrogance pop détachée.
(Mlle Mille)
Des cinq membres de Pas Chic Chic, quatre viennent de la musique expérimentale à différents niveaux, mais l'élément essentiel au groupe s'appelle Marie-Douce, claviériste minimaliste dont c'est la première expérience musicale, et le groupe n'est jamais aussi efficace que lorsqu'elle mêle sa voix timide à celle de Roger sur des paroles cryptiques enfouies dans des épaisseurs de textures cosmiques. Voici un extrait de leur excellent (et unique à ce jour) album "Au Contraire" sorti l'année dernière, je vous laisse donc apprécier les nuances de Mlle Mille, qu'elle guide avant de se laisser engloutir par un groove prêt à bondir en un final choral épique et étourdissant. En somme, un petit bijou... kraut-yéyé ?
L'autre jour avait lieu à Bordeaux une soirée consacrée aux artistes en vogue chez Warp, et si vous avez un peu suivi l'actualité de C'est Entendu, il n'était pas étonnant que je m'y rende, accompagné de mon ami et hôte, Thomas, le bordelais le plus posé.
Un rapide mot d'abord sur une théorie que j'échafaude depuis quelques années et à propos de laquelle j'aimerais votre avis, ô lecteurs girondins : toutes les salles de concert bordelaises (hors Zénith) sont-elles nécessairement – certainement par arrêté municipal ou décret préfectoral – des caves ? Je ne prétends pas les avoir toutes faites, mais le 4 Sans, le Son'Art ou dans le cas présent l'Heretic Club m'ont à chaque fois donné cette impression de lieux sombres et/ou souterrains, et ont eu tendance à m'évoquer le mot "claustrophobie." J'ai fini par penser que ça devait être un de ces trucs culturels régionaux. Après tout, Bordeaux est la capitale d'une région vinicole, pas étonnant alors que ses lieux culturels rappellent des caves.
Bibio, dans le train qui l'amenait à Bordeaux.
Toujours est-il que la salle ("cagibi" est peut-être plus approprié) au sous-sol de l'Heretic Club accueillait suffisamment de monde ce soir-là pour que l'on regrette par moments d'avoir choisi la visibilité au confort. Lorsque Thom et moi arrivâmes sur place, Bibio, tout de vert vétu, s'installait derrière les platines pour nous livrer un DJ Set. C'est ce que le flyer de la soirée annonçait et on peut le comprendre lorsque l'on sait que Bibio est en quelque sorte l'héritier naturel du Boards of Canada de 2005 (celui de "The Campfire Headphase," avec des instruments au milieu de l'électronique), un groupe qui n'a jamais vraiment donné de concert, et dont la musique n'est pas forcément la meilleure chose à passer pour faire danser des crevards paumés dans une cave à vin (et ce malgré tout le bien que je pense de BoC). Thom et moi on était curieux de voir ce que ce mec-là allait choisir de nous passer, et puis curieux de la façon dont Hudson Mohawke défendrait son album, et enfin curieux de savoir combien de temps il nous faudrait pour quitter le set de Chris Clark (la tête d'affiche, notre tête de turc).
Après quelques minutes, le set de Bibio m'apparaissait un brin brouillon, entre sa (probable) pudeur vis à vis du public (on pourrait taxer son attitude d'être du laptopgaze, si vous me passez l'expression) et quelques petits accrocs au niveau des enchainements et des effets qui me firent penser, vaguement bien entendu, au Collier de nouilles de L'Atelier.
L'Atelier - Collier de Nouilles (2003)
Une jeune femme qui passait à côté de moi lança alors un "Ah non mais lui il sait pas mixer hein !" rageur qui sembla avoir atteint sa cible et à partir de là, Bibio devint bon, et même très bon et la seconde partie de son set devait être le climax de la soirée.
Si vous ne connaissez pas la musique de Bibio, il faut que vous pensiez à de l'électronica chaleureuse hésitant entre influences pop et hip hop. Chez lui, les beats sont moins omniprésents que la guitare, et il a sorti deux LPs cette année. Le premier, "Ambivalence Avenue," est une réussite en cela qu'il ne met jamais trop en avant l'un ou l'autre des éléments qui le composent (arpèges de guitare, électronique pure et dure, influences hip hop), et c'est une véritable bouffée d'air pur que vous devriez écouter au plus vite, chers amis. Le second LP, "The Apple and the Tooth," sortira le 16 Novembre prochain, et il réunit quatre inédits de qualité et huit remixes plus inégaux (celui de S'Vive par Clark, par exemple, est absolument inutile) mais l'ensemble reste tout de même un complément idéal pour ceux qui auraient aimé "Ambivalence Avenue" ou "Fi," le premier album de Bibio (2004).
Jealous of Roses (sur "Ambivalence Avenue")
Deux LPs qui seront bientôt sur vos platines.
Maintenant que vous savez quelle musique produit le gars Bibio, vous devez vous demander de quoi s'est composé son set. Tout d'abord il faut savoir que c'est lorsqu'il a passé quelques extraits de sa musique que le public s'est montré le moins enthousiaste, ce qui peut déjà vous donner un aperçu de 90% de la clientèle ce soir-là, mais j'y reviendrai. En réalité la seconde partie du set de Bibio a été une démo de A à Z de ce vers quoi devait tendre un bon DJ Set et de facto de ce vers quoi (se) devait (de) tendre la musique électronique actuelle. Il a donné aux éventuels accrocs de laptop-music présents dans la salle un Guide des Choses à Écouter en Priorité : Q-Tip, DJ Premier et J-Dilla pour le Hip Hop et Mulatu Astatke pour le jazz éthiopien, entre autres. Et laissez-moi vous dire que ça envoyait sévère : dansant, chébran et enchainé juste comme il faut, c'était ça le gros son de la soirée.
Malheureusement, il faut une fin à tout, et le public venu en majorité se gargariser de beats toujours plus forts, toujours plus crades et bêtes, ne pouvait qu'en demander de plus en plus, et la troisième partie du set fut une longue et lente dérive de l'Eden vers le Purgatoire du Boom Boom Boom grand public qui entraina pogos, transes médicamenteuses cradingues et autres mouvements de foules décérébrés. Inévitable, certes, mais regrettable, même si l'ami Bibio sembla y prendre quelque plaisir coupable et défoulatoire alors que son comparse Clark remuait à côté de la scène, le sourire aux lèvres. Pour nous, un mauvais moment à passer après un Grand Moment, et avant de voir comment Hud'Mo allait nous passer son beurre. Si seulement. Car le problème est que le jeune Hudson Moko, soit trop pleutre pour se risquer à jouer son disque (qui divise l'opinion) soit trop engrainé par une audience en mal de beats béats, se lança non pas dans "Butter" mais bien dans un DJ Set, lui aussi, démarrant très fort et plutôt très mal ce qui ressemblait de là où nous étions à un gros "fastoche."
C'est donc ainsi que, peu enclins à sauter sous X sur du bruit, nous décidions de rester sur la bonne impression laissée par Bibio et de laisser Hud'Mo et Clark finir de masturber un public qui gagnerait en sex-appeal s'il pensait un peu plus avec ses oreilles et un peu moins avec ses jambes.
Coucou me revoilà pour un réveille matin, et j'ai décidé d'allumer les projecteurs sur un chanteur de variété, oui oui, un chanteur pour dames, un vrai de vrai qui chante des chansons d'amour et qui de surcroit est Québécois, le must du must dans le genre en somme ! Et hop je vois là déjà toute une armée d'indie-kids de bon goût prêts à me balancer des tomates. Mais non ce n'est pas Roch, ni Robert, ni Félix, ni Garou, holà stop attention la variété c'est pas que de la daube non plus, elle peut aussi parfois être underground, il n’y a rien d’antinomique là-dedans comme le prouve l'album "Jaune" du québécois Jean-Pierre Ferland sorti en 1970.
Et les superlatifs ne manquent pas concernant cet album que les canadiens avec leur grande modestie considèrent comme "une œuvre magistrale." Certains vont même jusqu'à dire que "Jaune" est le penchant québécois de l'album Blanc des Beatles, pourquoi pas puisque même John Lennon en son temps fut remarquablement impressionné par ce disque de pop moderne et dont les arrangements rappellent aussi étrangement ceux d'un certain Jean-Claude Vannier en 71. D'ailleurs je soupçonnerais presque Gainsbourg de s'être fortement inspiré de son cousin québécois sur son "Melody Nelson." C'est exactement le même concept avec des chansons racontant la même histoire sur des arrangements orchestraux flamboyants. Cependant il n'est pas ici question de faire le procès de qui que ce soit. Je sais que le français est très snob et supporte mal qu'on ose s’attaquer aux mythes de son patrimoine culturel.
Mais rendons à César ce qui lui appartient : non le patrimoine musical québécois ne se résume pas non plus qu'à des chèvres et des caribous qui beuglent et j'en fournis aussi pour preuve l'album de reprises et de remixes de "Jaune" sorti en 2005 et qui réunit quelques-uns des plus beaux fleurons de la jeune génération indie-rock et électro du Québec francophone pour ceux que ça intéresse.
Le Chat du Café des Artistes
Donc à la base je voulais chroniquer cette chanson de l’album "Jaune," God is an american, un morceau expérimental totalement psychédélique et renversant, et puis la semaine dernière Charlotte Gainsbourg, "la fille de... ," est passée dans le poste avec sa reprise inattendue du Chat du café des artistes, quelle étrange et bonne idée de sa part, alors je me suis dis "profitons de l'occasion pour rendre aussi hommage à son géniteur et à cette chanson qui aura bientôt 40 ans." Le texte de JP Ferland qui dépeint les angoisses d'un artiste refusant de tomber dans l'oubli est plein de lucidité et à la fois d’une telle noirceur (parfaitement sublimée par les cordes, les chœurs et les cuivres), mais au-delà des paroles avouons-le trop abstraites pour que l'on y comprenne vraiment quelque chose (les analyses de poèmes et les métaphores c’est pas trop mon fort), en fait c’est surtout l’ambiance et la dramaturgie du morceau qui prédominent avec
cette voix de crooner aux articulations méticuleuses à la manière d’un Aznavour. Il y a aussi cette rythmique presque trip-hop vraiment surprenante pour l’époque, je vous rappelle qu’on est quand même en 70 et qu’on entend déjà des samples de voix sur l’intro et le final. En réalité, Le chat du café des artistes est une chanson de variété ordinaire produite par des types complètement allumés et avant-gardistes, c’est du très grand travail de studio digne des meilleurs production de l’époque et qui surtout n’a pas pris une seule ride, le son est resté impeccable. Ça sortirait aujourd’hui que ça aurait vraiment de l’allure et la petite Charlotte ne s’y est pas trompée puisque sa reprise figurera sur son prochain album "IRM" produit par Beck et à paraitre d'ici la fin de l'année.
Alors voilà je vous propose pendant cinq minutes de laisser de coté vos à-priori sur la variétoche, de jeter une oreille à cette chanson et pourquoi pas également découvrir cet album qui a radicalement changé ma vie et mes perceptions musicales.
Des jeunes gens qui utilisent du falsetto à outrance, d'accord, mais finalement, qu'est ce que vous en pensez? Un article qui pose le débat, mais en voix de tête.
Une autre époque : Prince était un type talentueux et le Joker de Batman n'était pas encore un névrosé émo qui a tout salopé son maquillage. Un article dans le cadre du thème Pelloche et Son présent aussi via les réveille-matin.
On se laisse aller à penser que ce Palomo, qui n'oublie pas de glisser de chouettes guitares là où il faut, qui sait écrire des tubes (6699 (I don't know if you know)) et qui ne se la raconte pas, c'est peut-être l'un des artistes les plus prometteurs de l'année, au bas mot.
Cet EP est une profession de foi, sans détour. Une déclaration d'amour inconditionnelle à la Pop avec un grand P, dans toute la naïveté que les années 80 de Ferris Bueller et Marty Mc Fly impliquaient.
On en vient à se demander si l'on écoute bien The Slits, si c'est vraiment sérieux, si c'est pas un fake, si Ari Up n'est pas morte dans un accident de voiture en 1981, je sais pas, on a envie de faire quelque chose et on est impuissant, comme vide face à tant de sénilité musicale.
En compagnie de Thomas Goo, Joe a assisté à une soirée club célébrant les 20 ans du label Warp Records, où jouaient Bibio, Hudson Mohawke et Clarke, mais un seul de ces électroniciens l'a réellement convaincu.