C'est entendu.

samedi 24 octobre 2009

[Réveille Matin] Wilco - Handshake Drugs

La première collaboration entre [Wo wo woooow quoi ?!!! Un Réveille Matin le Samedi ? Ca n'est pas courant, mon bon monsieur ah mais alors oui !*
Certes, mais ne vous y habituez pas, les amis, ça n'est qu'un pansement sur la plaie béante qu'a été Jeudi matin, où l'on vous a laissé en rade de radio réveil sans mot dire, sous prétexte que l'auteur de ces lignes avait plus ou moins la Grippe A, mais revenons à nos moutons] Jim et le groupe de Chicago, c'était sur le précédent album, "Yankee Hotel Foxtrot" (2002), qu'O'Rourke avait co-produit et mixé (à ce propos, il n'est jamais trop tard pour vous envoyer le fameux rockumentaire "I am trying to break your heart"). En 2004, il est devenu membre temporaire du groupe et participe à la composition et à l'enregistrement de "A ghost is born," probablement le meilleur disque du groupe, et ceci est à prendre très au sérieux si vous êtes amateurs de Sonic Youth, de subtilité, de pop et de bruit en général.

Jeff Tweedy ou l'un des meilleurs songwriters américains de la décennie. Si si.

Handshake Drugs, c'est Waiting for the Man réécrit presque quarante ans plus tard par un Jeff Tweedy père de famille, dans un Monde qui a bien changé, alors c'est plus adulte, c'est moins suggéré, mais l'effet de bouillonnement lancinant du junkie en manque est le même. Au lieu d'un Lou gamin défoncé qui enjambe les trois volées de marches d'un quartier mal famé de New York en quête d'un dealer sordide, c'est un Tweedy d'âge mur plus respectable qui prend le taxi pour aller acheter ses "drogues de mains serrées" en centre ville de Chicago. Le décor change, pas le résultat : un bouillonnement électrique qui décolle au milieu du morceau et finit par l'engloutir.


Joe


* Ce bout de texte coloré c'est toi, lecteur, et tu joues comme Bourvil.

vendredi 23 octobre 2009

[Réveille Matin] Joanna Newsom - Monkey & Bear

John Lennon, au moment où les Beatles (puisqu'on en revient toujours à eux !) diversifiaient leur d'écriture musicale, disait qu'un morceau était radicalement différent selon l'instrument par lequel il avait été composé. Et les exemples ne manquent pas, regardez donc P.J. Harvey qui, avec "White Chalk" en 2007, apportait à sa musique par le biais du piano une dimension insoupçonnée qui allait bien au-delà d'une différence de son ou de jeu. Alors pensez bien que quand Joanna Newsom introduit ni vue ni connue dans la musique indépendante la harpe, on se rend compte qu'on peut avoir encore un tas de choses nouvelles à dire en musique sans forcément passer par l'expérimentation.

En 2004, le premier album de Joanna, "The Milk-Eyed Mender", exprimait déjà sur douze vignettes folk rêveuses tout le talent de la jeune femme de vingt-deux ans pour développer une imagerie miniature bricolée de bric et de broc, en jouant des sonorités de la langue et d'un chant aux accents imprévisibles, à mi-chemin entre gamine et vieillarde (ce qui lui valu de la part de quelques journaleux bas-du-front une comparaison à Björk (sic)).


Deux ans plus tard avec le monolithe "Ys", c'est tout un imaginaire foisonnant qui éclate en cinq morceaux et un peu moins d'une heure. Si elle sait s'entourer d'une dream-team hallucinante qui ressemble à un name-dropping des collaborateurs les plus stimulants possibles (Steve Albini enregistre, Van Dyke Parks arrange et le fameux Jim O'Rourke, collègue du label Drag City, mixe), la demoiselle ne chôme pas en composant de grandes fresques élégantes, à la narration parfaitement maîtrisée, et se permet même de se passer de l'intervention orchestrale de Parks, pourtant imposante, le temps d'une respiration de mi-parcours.


(Monkey & Bear)

Monkey & Bear est le meilleur exemple de cette symbiose entre les rebonds et les cahots inattendus de l'intrigue menée par la voix et la harpe de Newsom et les allers et venues sursautantes de l'orchestration à la mélancolie impalpable (aaah, cette petite trompette dans le speaker gauche !), éléments qui sans cesse se répondent sans jamais se parasiter. De quoi tomber illico presto amoureux, non ?

Thelonius.

mercredi 21 octobre 2009

[Fallait que ça sorte] Jim O'Rourke - Happy Days

Bien avant d'être pop et écoutable par les gens normaux, Jim O'Rourke a toujours été un artiste avant-gardiste sans concession, aux albums longs, difficiles, très intellectuels. Et pour celui qui voudrait connaitre mieux cette facette de Jim après avoir été doucement bercé par "Eureka", c'est un véritable casse-tête. Par où commencer ? Certes, un album comme "I'm happy, and I'm singing, and a 1, 2, 3, 4" peut être objectivement un excellent début pour comprendre, et même aimer cet autre O'Rourke. Mais mon cœur aura toujours une préférence pour un autre album expérimental sorti en 1997 : l'hypnotisant Happy Days.

D'un pur point de vue chronologique, "Happy Days" est un album très intéressant dans la carrière de Jim O'Rourke : après des années de recherches sonores en solo ou dans différents groupe (parallèlement à cette époque, Jim était membre de Gastr Del Sol, à savoir le meilleur groupe de "post-rock" dans le sens non lacrymal du terme et dont les albums "Upgrade & Afterlife" et "Camoufleur" sont deux chef d'œuvres de cross-over entre l'avant-garde et la musique populaire), Jim sort cette œuvre qui fait figure de point de passage entre le passé musical à tendance expérimentale de son auteur et la nouvelle direction beaucoup plus pop et accessible qui sera la sienne jusqu'en 2001 (sur le plan de ses albums sous son nom j'entends), et il est impossible de ne pas entendre sur cet album des bribes de ce que sera le chef d'œuvre de O'Rourke, "Bad Timing", qui sortira peu de temps après, la même année.

Pour l'homme résolument pop que je suis, la première écoute de "Happy Days", long morceau instrumental de 47 minutes et orienté drone les 3/4 du temps, avait été une expérience pénible. J'avais clam(s)é après une seule écoute, avec la froideur et l'impudence de mon âge ingrat, que cet album était un gâchis car il ne s'y passait rien ou presque, et qu'après les 10 premières minutes de guitare, nous n'avions rien d'autre qu'une note, un ré, répercuté ad nauseam sans aucune variation pendant le reste de l'œuvre, et je restais sur cet avis net et sans appel de l'album ennuyeux et prétentieux qui aurait été tellement mieux s'il avait été plus développé, moins poseur, bref moins chiant. Puis, longtemps après, j'ai lu une interview de Jim dans laquelle le journaliste parlait de cet album, expliquait qu'il l'avait écouté attentivement en espérant qu'il se passe quelque chose après l'arrivée du drone (c'est à dire exactement comme moi) et, ne s'étant rien passé, il demandait a Jim O'Rourke si c'était justement l'un des aspects voulu de l'œuvre. Ce a quoi Jim répondait :

"Oops! j'ai creusé ma propre tombe. En fait, ça change beaucoup. Faut l'écouter très fort! [Gotta' play it loud!]. Je présume que l'idée, d'un point de vue théâtral, c'était une auto-annihilation audible. Je voulais présenter une situation dans laquelle le musicien est englué par quelque chose de beaucoup plus important, de beaucoup plus grand que le fait de jouer simplement de la guitare. Disons seulement que j'ai l'impression d'avoir réussi quand quelqu'un me dit que cet album l'a déprimé. J'ai joué ce morceau en live 3 fois : j'étais sur scène à jouer de la guitare tout le temps, et l'on ne m'entendait pas 99% du temps. Mais je continuais de jouer et on me voyait jouer et, heureusement, des gens se demandaient 'mais putain, pourquoi est ce qu'il continue à jouer?' "

Partant de là, j'ai réécouté l'album, au casque, fort, très fort. "Gotta' play it loud" n'est ce pas. C'est peut être là que cela prend son sens. L'introduction est toujours aussi sublime. La guitare acoustique qui ne peut évoquer personne d'autre que John Fahey pourrait jouer éternellement ses lents arpèges. Le passage entre la 7ème et la 10ème minute du disque est totalement parfait, poignant et simple. Puis le drone arrive, frémit derrière la guitare. A partir de là, aucun changement, aucun intérêt ? Stupidité. "En fait, ça change beaucoup". Effectivement, ça change énormément sur 30 minutes. Le drone se fait et se défait, les harmonies varient, la basse disparait jusqu'au maelström final. Il faut l'écouter fort, pour entendre les premiers bourdonnements qui parasitent la guitare acoustique, pour entendre celle-ci noyée dans le son, et pour croire entendre, au fond, quelques notes échappées. Il faut l'écouter fort, pour entendre les irrégularités des sonorités du drone (fait avec une vielle à roue parait-il, mais utilisée façon Tony Conrad plutôt, le héros oublié !). Il faut l'écouter fort pour distinguer un son de flanger et les kilotonnes d'effets qui s'abattent sur la note persistante. Il faut l'écouter fort pour distinguer à un moment des notes discrètes qui modifient de manière dramatique l'harmonie de l'ensemble (comme dans les 20 dernières minutes particulièrement). Il faut l'écouter fort tout simplement pour être submergé et ces mots sont écrits par quelqu'un qui pourtant baille en écoutant n'importe quel album expérimental, mais qui ici est noyé dans le son. Et quand finalement, tout explose à la fin et se dilate dans l'air, et quand finalement la guitare réapparaît derrière tout ce boucan, toujours présente, et quand le son finalement meurt, nos oreilles sont remplies du plus beau des bruits et le silence qui vient après semble être absolument abyssal.

Cela n'excuse toujours pas le fait que cet album est peut être un poil trop long et que quelques minutes en moins n'auraient pas été de refus. Cela n'excuse toujours pas non plus le fait qu'un travail plus poussé sur ce combat guitare/drone aurait pu être fait avec brio et de manière bien plus approfondie, bien que le sujet n'était pas là du tout. Mais la réécoute m'a permis de me corriger, et de me rendre compte que "Happy Days" est une œuvre réussie, belle, profonde, a la fois sombre et colorée, à la fois infiniment statique et pleine de vie.


Cependant, la question se pose toujours : qu'est ce que Fonzie vient faire là dedans?






Emilien.

[Réveille Matin] Stereolab - Space Moth

Jim O'Rourke c'est le genre de mec qui aime laisser une patte sonore plutôt expérimentale lorsqu'il collabore avec un groupe. Quand il produit et/ou mixe un disque il aime bien y caler du drone à la fin des morceaux (on en reparlera demain vous verrez) ou mettre en valeur la dimension BRUIT du groupe. Mais lorsqu'il s'est attelé à "Sound Dust" de Stereolab, en 2001, c'est plutôt son amour des doux arrangements qui est ressorti. Sur cet album il est membre du groupe de Laetitia Sadier, et il joue de tout un tas d'instruments aux côtés de Sean O'Hagan, le leader des High Llamas, lui aussi invité remarqué sur ce disque, et forcément un compère de choix pour développer une pop rêveuse aux arrangements classieux.

L'artwork si beau et si rose de l'album.

Roh, j'allais vous dire qu'il y a plein d'instruments cools comme de la clarinette, du glockenspiel, des marimbas et plein d'autres trucs qui mis ensemble faisaient (en 2001) la pop du futur. J'allais vous dire que le chant de Laetitia Sadier effraiera certainement ceux qui n'aiment pas le chant de Nico (on appelle ça une "voix de personne morte," c'est dans le dico, promis), mais qu'elle est forcément parfaite dans son rôle de fantôme pop élégant. Je voulais ajouter aussi que Space Moth (écoutez-là dans le lecteur) est, comme d'autres morceaux sur le disque, une petite symphonie en multiples mouvements et que vous aurez besoin d'une bonne dizaine d'écoutes pour ne serait-ce que commencer à faire le tour des détails qui la composent. Je voulais dire tout ça et plein d'autres choses, mais finalement, le mieux c'est d'y aller cash et de dire que c'est quand même le meilleur album de Stereolab et que vous devriez vraiment vous le procurer, mes amis. Et encore bravo Jim O'Rourke !


Joe

mardi 20 octobre 2009

[Quitte ou Double] Warp, 20 ans d'avance... ?

Cher tout le monde, c'est l'heure du Grand Débat Bi-Hebdomadaire que vous attendez tous, à savoir l'occasion d'en découdre autour d'une question d'actualité non des moindres et à laquelle vous ne pourrez échapper. Pourquoi ? Parce qu'elle est comme d'habitude assez osée.

Alors qu'en pensez-vous ? Warp, ce label anglais qui se fit connaitre en propulsant les géants de l'électronique (LFO, Autechre, Aphex Twin, Boards of Canada....), mais aussi pour son identité visuelle prononcée, son prosélytisme avant-gardiste et qui s'est par la suite diversifié en signant des artistes novateurs dans leur genre, comme les MCs d'Antipop Consortium il y a quelques années ou les folkeux de Grizzly Bear plus récemment, se pare d'un slogan élégant bien qu'un peu crâneur : "20 ans d'avance."
Or, Warp fête ses 20 ans cette année, et si le slogan valait probablement au début des années 90, sera-t-il toujours valable au début des 2010's ? Il est évident que beaucoup d'artistes signés chez Warp y sont davantage pour leur style (électronique), leur élégance ou leur savoir-faire, que pour une quelconque touche d'avancée sonore ou musicale. Malgré tout le bien que je pense de types comme Bibio ou Gravenhurst pour n'en citer que deux, ils sont bons dans leurs domaines mais ne grimpent pas vraiment les branches de l'arbre généalogique de la Musique, ils ne font que sauter de branche en branche, à leur hauteur. C'est déjà ça, mais afin de faire perdurer la légende et le slogan, le label parie plutôt sur d'autres sorties, à vrai dire toutes très récentes.


I - Electro, hip hop, synthés chiadés des années 80 et breaks bizarres, le territoire d'Hudson Mohawke :


Le dernier arrivant de l'écurie, DJ jeunot venu de Glasgow, n'est pas un indien, ni un sosie italien de Bruce Willis, mais bien un nerd accroc au beat, inspiré par la dance anglaise des années 90 et par le dancefloor ensoleillé des Amériques de la décennie précédente. Hudson Mohawke est le plus flashy des artistes Warp et son premier LP, "Butter," vient tout juste de sortir, tout fluo dehors, les iguanes et autres aigles de la cover étant bien plus efficaces à mon avis pour prévenir l'auditeur éventuel qu'un quelconque Parental Advisory ou autre étiquette de prévention à l'adresse des oreilles sensibles : si vous avez peur de la pochette, n'écoutez pas la musique, vous y paumeriez une jambe !

Pour ceux qui malgré tout passeraient le mur du son, le défi n'est pas moindre et vous crierez probablement à l'écoute des premiers titres. Au génie ou à l'imposture, à vous de voir, mais le pot pourri mixé par Hudson va au delà de ce que vous avez déjà entendu ailleurs. Peut-on laisser ce jeune gars faire hurler à la mort ses synthés plus longtemps ? Y'a-t-il un prix spécial pour l'invention d'un nouveau son dancefloor ? A vous de me le dire.





II - Fantômes errants, pop froide et langueurs, les méandres enchantés de Broadcast and the Focus Group :


Broadcast, oui, eux qui avaient volé le cœur de pas mal d'amateurs d'électro pop rêveuse en trois albums, et que l'on avait plus revus depuis 2005, reviennent avec Julian House, Focus Group à lui tout seul, pour un mini album de courtes mélodies hantées. Ceux qui s'attendraient à des "chansons" seront étonnés ou déçus, tant l'expérimentation sonore est ici la seule bille dans la tête du Super-Groupe, vous feriez mieux de vous préparer à de drôles d'échos, à du bruit et à des entremêlements étranges de sons doux, un peu sales et lo-fi, au-dessus desquels flotte la voix démultipliée de Trish Keenan.

Maintenant, est-ce le psychédélisme qui nous attend dans les années à venir, empreint de lo fi (comme il est de bon ton, ces temps-ci), de collaborations et d'électronique ? Les amoureux de psychédélisme (sixties, notamment) parmi vous sont appelés à la barre.

Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c'est un Super Groupe !




III - Pierre et le Loup dans une Delorean dans le ciel, la lubie post-moderne de Tyondai Braxton :

Fils d'Anthony Braxton (jazzman au goût prononcé pour le challenge sonore) et leader de Battles, le groupe qui sublima le "Math Rock" il y a deux ans (quoi que l'on pense de ce genre musical), Tyondai vient de sortir son premier album solo.

S'y côtoient le fantôme de Sergeï Prokofiev, de drôles de sons métalliques déjà croisés chez Battles et une forte tendance à brouiller les pistes avec des breaks rythmiques, un jeu de guitare de vagabond free jazz, de l'ambient et des réminiscences post punk sur la fin. Avec tout ça, Tyondai a gagné le droit de figurer dans la liste des disques les plus originaux de l'année, c'est clair.

Mais sera-t-il une influence majeure de la décennie prochaine ? Son disque n'est-il pas trop fouillé, trop néo-classique ou trop violemment arrangé (les "Wing Wahhh") pour trouver son public ? A vous de me le dire.



N'oubliez pas de voter, le sondage vous attend dans la barre latérale, et surtout, surtout, donnez nous votre avis sur ces trois groupes et artistes. Dites-nous tout, que vous ne puissiez les supporter ou que vous les trouviez über cools.

[Réveille Matin] Jim O'Rourke - Insignificance

Dire que Jim O'Rourke a une discographie en solo hétérogène serait un genre d'euphémisme ultime. Imaginez un type qui a des morceaux qui vont de 1 minute jusqu'à plusieurs heures, qui va du drone à la musique concrète, en passant par la musique contemporaine, les improvisations électroniques, mais qui s'est aussi mis à faire de la free-folk, de la pop baroque de chambre, et puis un peu de rock 70's tant qu'on y est, le tout dans une ribambelle d'albums sortis depuis la fin des années 80. Aimer tout Jim O'Rourke est une mission quasi-impossible, cette discographie interminable est une sorte de défi à nos goûts qu'on prétend extensibles. Ce n'est pas tant que tout ce qu'on y trouve est réussi, bien au contraire, c'est juste que le spectre musical qu'on y trouve est d'une largeur absolument incroyable, quasiment intenable. Prenons un exemple concret de cette hétérogénéité qui confine à la délicieuse schizophrénie. On est en 2001, et sort "Insignificance" sur le label Drag City. Depuis quelques années, Jim s'est mis à sortir des albums qu'on pourrait qualifier de pop, avec des vraies chansons, parfois avec des vrais refrains, des structures quasi-normales (bien qu'habilement perverties) : si "Eureka" rendait hommage aux arrangements délicats d'un Van Dyke Parks, si l'e.p. "Halfway To A Threeway" était un délicieux croisement entre la folk et la pop, "Insignificance" rend hommage à une autre sorte de musique populaire chère à O'Rourke, à savoir le classic rock et le bon vieux pop-rock 70's. Il ose tout : grosses guitares, batterie qui tape, basse qui groove, le tout couronné de paroles hilarantes et misanthropes à souhait. Et deux mois plus tard, il retournera à l'electronica improvisée sur l'album "I'm Happy, And I'm Singing, And A 1, 2, 3, 4", comme si de rien n'était.

(La très jolie pochette du disque)

Le morceau titre de l'album? Ecoutez-le dans le player tout de suite. C'est la paradis absolu de la pop music et la meilleure manière de se réveiller. Les arrangements très denses et passionnants semblent venir d'ailleurs, toujours placés dans cette entre-deux entre la pureté naïve et un petit peu d'ironie face à tant de propreté : Jim ose tout, le piano électrique retro, les guitares solo qui harmonisent, les synthétiseurs décalés qui imitent le son des petits oiseaux. La rythmique décontractée est portée par un piano magnifique qui martèle bêtement des accords, créants des petites montées harmoniques sans aucune tension. Et au milieu de tout ça, il y a la voix de Jim O'Rourke, un peu éteinte (toujours...) mais toute légère qui se multiplie à la fin dans un jeu de chorale façon Beach Boys du nouveau millénaire. A la fois synthèse de 40 ans de pop, et clé de voûte de 40 ans à venir, plus qu'un morceau, Insignificance est un exemple de morceau absolument parfait. Si arrivé à la fin, quand le morceau se désintègre devant vos oreilles et vous semble n'arriver sur rien après une montée curieuse, c'est normal. Écoutez l'album pour comprendre, le morceau enchaine sur Therefore, I Am, le gros tube rock de Jim. Et l'effet est parfait. Comme tout l'album d'ailleurs. Ne pas écouter "Insignificance," c'est passer tout simplement à côté d'un des albums pop les plus parfaits de la décennie.

(La encore-plus-jolie pochette intérieure du disque qui fait aimer les poulpes)

lundi 19 octobre 2009

[Réveille Matin] Sonic Youth - Free City Rhymes

Bonjour à tous ! Cette semaine, C'est Entendu met à l'honneur le talent polymorphe de Jim O'Rourke, véritable homme à tout faire de l'indie rock américain depuis une bonne quinzaine d'années. Si je ne suis absolument pas le plus qualifié ici pour vous parler de l'étendue du travail du bonhomme, je peux en revanche causer le temps d'un ptit déj' de Sonic Youth circa 2000, puisque Jim collabora avec le groupe (jusqu'à en devenir membre) le temps de trois albums.

Au début des années 80, suivant le conseil d'un ami qui l'assure que le groupe est suffisamment noisy pour lui plaire, Jim s'indigne : "Ça ? MAIS C'EST PAS NOISY DU TOUT !". Il venait d'écouter "Confusion is Sex," l'album le plus dégueulasse de Sonic Youth... Une dizaine d'années plus tard, il se lie d'amitié avec le guitariste Thurston Moore au rythme de leurs rencontres improbables dans les disquaires indés de New York et d'ailleurs. Après avoir participé en 1999 à un album de la série "Sonic Youth Recordings" dédié à l'avant-garde classique, il est invité à mixer leur prochain album, "NYC, ghosts + flowers" (un mixage d'ailleurs très particulier et marqué par de vrais choix radicaux, en atteste Renegade Princess, morceau très sec et dominé par la batterie motorik de Steve Shelley) et à y enregistrer des pistes de basse si ça l'amuse, l'album n'en comportant aucune initialement.


(free city rhymes)

Free City Rhymes est non seulement un morceau sur lequel O'Rourke tient la basse (il n'est pas exclu qu'il y triture également de l'électronique dans l'introduction) mais également un titre parfaitement représentatif du génie de cet album sous-estimé, à savoir la coexistence d'une multitude d'ambiances et de sons dans un tout cohérent, urbain et froid mais jamais vraiment inhumain. Et Free City Rhymes est à la fois un travail de textures dissonantes tissées par des entrelacs de polyrythmes, le doux flottement d'une mélodie légère, fragile, portée par la narration délicate de Thurston Moore et des explosions de guitares dans un déluge de lumière blafarde et hypnotique. Un voyage miniature de 7 minutes dans le labyrinthe qu'est New York.


(C'est issu du livret de l'album, c'est du guitariste Lee Ranaldo, c'est splendide.)

Après la sortie de l'album en 2000, Jim O'Rourke part en tournée dans les bagages de Sonic Youth afin de pouvoir jouer les nouveaux morceaux en live, ce qui ne l'empêche pas non plus d'ailleurs d'accompagner le reste du répertoire du groupe en passant de la guitare à la basse au synthé. Il en devient par la suite officiellement membre le temps de deux albums, qui ne sont certes pas empreints de la beauté terrible de ce chef d'œuvre tardif (bon sang, combien de groupes ayant deux décennies à leur actif se permettraient ça ?), mais qui restent d'excellents albums mineurs du groupe. En 2005, Jim émigre définitivement au Japon et quitte donc le groupe aussi naturellement qu'il l'avait joint.


Thelonius.

dimanche 18 octobre 2009

[Vise Un Peu] Ray Rumours - Le Pont Suspendu

Vous pouvez chanter sur des choses rigolotes, sur l'envie de mourir ou sur l'état délabré du monde si ça vous dit, on ne m'ôtera pas de l'esprit qu'il n'y a rien de plus de plus touchant, de plus efficace, de plus désarmant qu'une vraie chanson d'amour. D'amour heureux, contrarié, mourant, enterré, à sens unique, peu importe. Il y a quelque chose de particulier dans ces morceaux-là. Sont-ils totalement premier degré ou de pures fictions ? Un peu des deux peut-être? On n'en sait rien, mais il n'empêche qu'une belle suite d'accords un peu mélancolique sur laquelle quelqu'un chante d'une voix frêle des paroles adressées à un "you" invisible mais omniprésent, quand c'est bien fait, c'est quelque chose qui touche invariablement notre côté fleur bleue plus ou moins développé. Il y a comme un art de la pop song d'amour qui traverse les décennies grâce à des milliers de gens dans leur chambre qui jouent de la guitare en pensant à quelqu'un. Et parfois, ça donne des albums comme "Le Pont Suspendu", de Ray Rumours.


(Meaningless Words)

Ray Rumours, c'est l'anagramme approximatif et le nom du projet solo de Ros Murray, une fille venue d'Angleterre mais ayant aussi passé pas mal de temps en Espagne et en France, et que vous avez peut être déjà vue au sein du groupe Electrelane jouant de la basse. Elle a toujours eu une activité plus underground en parallèle, très riche, au sein de nombreuses formations dont les noms ne vous diraient rien, et avec ce projet un peu collectif qu'est Ray Rumours. En 2006, elle avait déjà sorti sous ce nom un charmant premier album, "The Hemulen", qu'on imaginait enregistré de manière un peu lo-fi dans sa chambre, collection de petits morceaux très touchants restant souvent dans une formation ukulélé/guitare et voix qui convenait parfaitement aux tonalités personnelles des paroles. Mais pour "Le Pont Suspendu", sans rien perdre de son charme bricolo et simple, Ros a eu l'excellente idée de faire participer encore plus de ses amis, et en premier lieu, Frànçois, dont on vous avait déjà parlé, et qui joue de plusieurs instruments en plus de chanter. Et le résultat, plus riche et plus maîtrisé, est absolument enchanteur.



A mi-chemin entre un côté folk délicat, et une ambiance twee qui ravira les plus tendres d'entre nous (le très pop Meaningless Words en est un brillant exemple), "Le Pont Suspendu" est un album qui est absolument désarmant de simplicité et d'honnêteté. L'ambiance est intime mais chaleureuse, on est pris dans ces morceaux comme s'ils nous concernaient personnellement, et les arrangements légers ont de quoi mettre des sourires béats sur n'importe quel visage : petites trompettes (parfois un peu mariachi, comme sur October) et guitares toutes en arpèges, cordes qui appuient sans jamais en faire trop ou banjos lumineux, c'est un régal de délicatesse sans jamais perdre ce côté doucement lo-fi, avec un doux souffle qui résonne comme un flou artistique charmant. Et s'il y a rarement des imperfections, des fausses notes, des harmonies pas très justes, c'est encore mieux, encore plus touchant et vrai, le genre de petit détails qui rend l'ensemble si modeste qu'on les pardonne tous. Une beauté bancale mais immédiate, même dans les instants les plus dépouillés de l'album, qui en fait son plus bel atout.


(The Turtle)

Ces 13 excellents petits morceaux ont valeur de souvenirs, composés au fil du temps et des pérégrinations autour du monde de leur auteur, et sont en cela immédiatement personnels, touchant l'auditeur avec un naturel étonnant et immédiat. Que ce soit dans les évocations d'un passé s'éloignant inexorablement mais dont le souvenir est toujours aussi vif (Chaussures et ses paroles en trois langues, comme symbole mélancolique de l'éloignement des personnes, thème récurent de l'album) ou dans ces sortes de monologues chantés pour l'être aimé qui racontent des histoires d'amour contrariées, il y a une sincérité magnifique dans la voix de Ros Murray qui rend ces morceaux d'autant plus intimes et vrais. La qualité rare de cet album, c'est qu'il réussit à faire de la mélancolique une chose douce, agréable, vivable, dans laquelle il fait bon s'immerger, et en ne tombant finalement jamais dans un quelconque sentimentalisme mièvre, bien au contraire. Sur Looking For You, il suffit d'une citation de Jean Vigo pour exprimer des sentiments clairs, simples, beaux tandis que les arrangements s'envolent avec grâce vers une coda précieuse.


(Night Time On The Beach In Sydney)

Et quand, à la fin, sur Night Time On The Beach In Sydney, les ukulélés se mêlent dans une dernière berceuse et que Ros chante tout simplement "Now it's time to go to sleep, to sleep/Close my eyes and dream of you, of you, of you", c'est magique, c'est comme si la vie entière était justifiée pendant 1 minute et 37 secondes, et une partie de moi aimerait bien, rien qu'un instant, être le "you", oui, totalement, oui.




Emilien.

(soyez sympa, allez acheter l'album ici, ou chez des disquaires indépendants comme Ground Zero sur Paris!)