Accrochez-vous à vos slibards parce que je vais vous recauser de l'un des trois sujets au centre du Grand Débat sur le Revival de l'Italo Disco qu'on a eu l'autre jour. A vrai dire, des trois, Desireest même le projet qui a suscité le moins de réaction de votre part, qu'elles soient positives ou négatives. Je suppose que cela fait de moi une tête brûlée ou un débile profond, mais je maintiens que cet album vaut le détour.
Pourquoi ? Parce que contrairement à un trop grand nombre de LPs de musique dite dansante, "II" n'est pas un rembourrage transparent autour d'un ou deux singles tubesques. Et ce parce que Johnny Jewel (la tête pensante, aussi à l'origine de Chromatics) a eu la bonne idée de diversifier son propos sans s'étaler. Huit chansons seulement, dont une ouverture et une fermeture sous forme de captations live présentées par Megan Louise, chanteuse canadienne bilingue et deuxième membre d'un trio complété par Nat Walker, de Chromatics. Desire a forcément des allures de projet parallèle avant tout, une sorte de "Chromatics avec une autre chanteuse et quelques mots en français" mais si les synthés et le craquement vinylesque en fond sonore sont toujours omniprésents, les beats semblent un peu plus en retrait, le rythme plus posé, et quelques arrangements (le piano sur Montre moi ton visage, le glockenspiel peu évident sur Colorless Sky...) suggèrent un pas en arrière de Jewel sur le dancefloor.
Johnny et Megan
Si l'on oublie le très laid "For ever ? For ever ever ? For ever ?" surjoué par Megan dans Under your spell, "II" tient la route parce qu'il est court, qu'il n'est pas une redite de Chromatics, mais aussi et surtout parce qu'il contient de fameuses chansons comme Miroir Miroir et Don't call, dans le plus pur style de Johnny Jewel : une pop synthé-discoïde qui couche avec le kitsch mais ne reste pas pour le petit déj'.
Full disclosure : l'auteur de ce réveille-matin est non seulement l'un des fanatiques les plus ardents du duo The Snobs depuis 2004, mais connaît aussi ce groupe dans la vraie vie. Être blogger, ça demande une éthique pas vrai? Que cela ne remette pourtant point du tout en cause mon objectivité quand il s'agit de vous dire qu'Albatross, le dernier album du groupe sorti en mars dernier, est un véritable chef d'œuvre moderne et magnifique, qui est assurément la chose la plus impressionnante, la plus passionnante et même la meilleure en définitive qu'il puisse être donné d'écouter cette année. Des albums comme celui là sont importants, ils sont même nécessaires à la musique, ils sont magnifiques, ils sont surpassants. Vous mettre un morceau de cet album ici, tout seul, ce serait comme si je le dénaturais, tant les 5 morceaux de ce voyage sonique sont intimement liés pour former un tout dans lequel on pourrait se noyer sans fin. Un tout qui a tout compris à tout : le kraut-rock, le bruit, la pop sixties, le post-punk, tout ça, oui, et même plus que ça, rassemblé et magnifié. Grand monolithe hypnotisant et sombre qui garde un goût de mystère même après des centaines d'écoutes, Albatross prend toujours l'auditeur à contre-pied de sa paresse naturelle pour offrir autre chose, une musique troublante, vive. Une accumulation oulipienne interminable de superlatifs ne suffirait sans doute pas à décrire de manière juste cet album et la place qu'il a, selon moi, auprès des grands albums de rock de la décennie.
Alors un morceau, le plus facile pour le néophyte peut-être, bien que représentatif d'un cinquième de l'album seulement, Delhi, un harmonium et une guitare acoustique sur lesquels se pose la voix de Mad Rabbit, sublime, jouant avec les dissonances, un refrain pop angélique, puis les explosions des guitares avant un final où la guitare convulsive de Duck Feeling crache des anti-solos sur des riffs en 5/4. Un chef d'œuvre. Et à part ça, votre album de l'année, c'est quoi? Animal Collective? Ah oui vraiment? Super...
Bonjour à tous ! Si vous suivez C'est Entendu depuis assez longtemps vous savez tout l'amour que je porte à Karin Dreijer Andersson, alias Fever Ray, alias la moitié de The Knife. Cependant, QUID de The Knife ? QUID de mon opinion sur The Couteau, QUID de la poule ou de l'œuf, car nombre d'entre vous doivent penser que le groupe d'origine de Karin est largement d'la balle, et carrément au-dessus du niveau de son projet solo (et puis il y a ceux parmi vous qui pensent que l'un et l'autre se valent et sont de la bouse, et vous je ne vous parle pas).
C'est simple, "Fever Ray" sera probablement mon album de l'année, alors que "Silent Shout," le dernier disque de The Knife est probablement mon album de l'année (2006). Pourquoi ? Un mélange de groove froid, de sons bizarres et pas-kitsch-en-devenir, une gestion du rythme d'enfer, et forcément un chant renversant (Karin, toujours elle). Mais j'aime me contredire un max, et c'est pour cela que j'ai choisi de vous parler d'une chanson issue de l'album précédent, "Deep Cuts," (2003).
Rock Classics est une balade à la façon Dreijer. Posée, pleine de petits détails chouettes (la guitare saturée juste après que Karin ait chanté "rock classics on the radio to clear my mind" qui appelle une réminiscence rock assez étrangère à l'univers de The Knife, ou encore le piano qui se dandine à la fin), et assez "classique" par rapport aux trucs électroniques que le duo aime caler de partout. C'est une porte d'entrée pour ceux que des tubes comme Heartbeats auraient effrayés, et c'est une aire de repos sur l'autoroute de l'électro faite 00's pour les autres.
C'était il y a un mois, au concert des Pastels et des Tenniscoats au Point Éphémère à Paris. Aucune première partie annoncée, mais tout de même un petit trio guitare électrique-contrebasse-batterie qui monte sur scène et se lance dans un morceau tout simple, un peu folk, un peu rock, un peu groovy. Ça ne paie pas de mine, c'est tout simple, 3 accords en tout peut-être, un petit "pa pa palapapa pala" qui revient plusieurs fois. Rien qui ne déplaît à première vue, mais rien qui ne renverse non plus. Et puis au fur et à mesure, on se rend compte que le morceau est vraiment très bon, et le concert d'avancer sans temps mort, sans moments ennuyeux, suite enthousiasmante de chansons très réussies. Celui qui chante et joue de la guitare ressemble à un post-ado anglais qui était président du club d'échec au lycée avec ses petites lunettes, mais on s'aperçoit qu'il est le cerveau, et qu'il maîtrise absolument tout. Et quand il demande gentiment au public de taper dans les mains sur des rythmes un peu déroutants ou de chanter avec lui en harmonisant (qui oserait demander ça à un public en première partie?!), tout le monde s'exécute, face à la persuasion cotonneuse de ce genre de Bartleby musical qui nous dit (en Français!) tout simplement "bon, vous faites bien ce que je vous ai dit d'accord?". Et le concert se finissant, on se rend compte qu'on a passé un excellent moment, tout simplement, et on est presque déçu qu'il n'y ait pas un morceau de plus, juste pour le plaisir.
(Longest Way Round)
Tout le bonheur d'écouter Morning Star est là et c'est tout aussi vrai à l'écoute du dernier album de ce groupe, "A Sign For The Stranger" qui sortira dans le courant du mois d'octobre. Morning Star, c'est le projet quasi-solo mais a géométrie variable de Jesse D. Vernon, un anglais venu de Bristol qui est un véritable vétéran de la scène indépendante et folk de la région depuis le début des années 90. Ami avec des membres de Portishead (il a fait un groupe et ouvert un studio avec Jim Barr, bassiste live du groupe), ayant joué dans plein de groupes et de scènes, il lance Morning Star en 1997, regroupant autour de lui plein d'amis qui jouent avec lui, et sort des albums qui passeront inaperçus mais recevront de bonnes critiques comme "My Place In The Dust" en 2001 ou "The Opposite Is True". Entre temps, il s'installe en France en 2005, et s'y trouve encore d'autres amis avec qui collaborer afin de travailler sur un quatrième album. Et finalement, après beaucoup de travail, voilà enfin "A Sign For The Stranger" un album curieux et assez génial dont le maître mot serait tout simplement la modestie. Morning Star, ou de la force de la modestie musicale.
Oh oui, il faut que vous fuyiez pendant qu'il en est encore temps amis rockeurs ou modernophiles : "A Sign For The Stranger" vous fera convulser tant cet album est simple, timide, aimable, tant il ne cherche pas à changer le monde de la musique, mais juste à offrir 9 morceaux absolument délicieux. Pas vraiment du folk, ni même de la pop, trop doux pour être du rock, l'album brasse plein d'influences afin d'en faire la somme dans une seule musique, à la fois familière et personnelle, qui va dans tout les sens. Qu'elle soit sautillante sur There Was A Man et sa guimbarde cowboy, entre la folk et la bossa-nova sur Golden Boy, ou bien dans des ambiances sombres et cinématographiques sur l'étonnant Rainbow Land, on est partagé entre une variété d'ambiances et de sentiments assez large. Et pourtant s'en dégage une homogénéité qui fonctionne très bien d'un morceau à l'autre : qu'ils soient remplis des gros claviers bizarres avec de la cowbell ou alors de violons qui s'envolent, le tout est cohérent et s'écoute comme un véritable petit voyage, d'abord surprenant puis rapidement très agréable. Et puis surtout, sur 9 morceaux, aucun ne fait tache, une succession de petits tubes, en particulier le formidable Longest Way Round dont les "Woo-hoo!" sont absolument formidables et qui est peut être l'une des choses les plus efficaces que j'ai pu entendre cette année. Un album qui s'écoute avec un plaisir aussi limpide, c'est assez rare pour être signalé.
(There Was A Man)
Et puis quand même, il y a cette capacité à trouver la ritournelle attachante qui fera la différence et donnera envie de faire tourner une chanson en boucle, le signe de la pop de qualité : quand, dans une ambiance ensoleillée façon "le twee-boy en vacances", il se lance dans un Guess It Was You avec ses "Banananana" (sic) tout doux, l'auditeur qui aime la pop fondra devant tant de légèreté maitrisée. Forcément, l'aigri sournois de base nous dira "c'est mou, c'est nul, c'est vide, c'est trop poli, ça sert à rien" : ces gens là passent à côté de l'essentiel, tapent dans l'air, travaillent sur la quadrature du cercle, le sujet n'est même pas là. Ce qui compte, ce sont ces morceaux, des morceaux simples, qui participent presque d'un certain artisanat musical, un savoir-faire pop qu'on acquiert en composant et en travaillant; cet album est formidablement ficelé pour peu qu'on le prenne sans mépris ni raillerie, il est fait avec un soin tout particulier, semble avoir été bien fignolé pendant des mois, des années, est rempli de petites idées qui ne se révèlent être ultimes qu'après plusieurs écoutes. En fait, cet album mesure votre degré d'ironie, le niveau de votre lassitude musicale, si oui ou non vous pouvez encore être touchés entre deux overdoses de nouveautés écoutées à la va-vite par une musique pop touchante et ouverte, que vous prenez pour ce qu'elle est. Si on a un cœur et toujours le même émerveillement pour les choses simples, on ne peut que trouver le morceau final, Gone Again, banale balade au piano avec quelques accords émouvants clichés à première vue, absolument magnifique avec son final façon chorale angélique qui pourrait durer toute la vie. Si on en a pas, tant pis, "A Sign For A Stranger" ne vous a rien demandé de toute façon, vous pouvez retourner vaquer à vos occupations. En fait, écouter cet album de Morning Star, c'est vraiment un plaisir, tout simplement, qu'on a envie de partager, le genre de groupe qui vous donne la bande-son idéale pour n'importe quoi, surtout les après-midis à ne rien faire.
Une anecdote toute simple : A la fin de son concert, ayant déjà oublié le nom du groupe qui n'avait été dit qu'une seule fois au début, mes amis et moi allons parler rapidement à Jesse, en encore sur scène, en train de ranger sa guitare. Très gentil, il nous remercie, il nous parle de ses projets musicaux, nous demande nos adresses mails pour qu'il nous tienne au courant de ses prochains concerts et nous montre une version physique inachevée de son album à venir pour que l'on puisse voir la pochette. La discussion avance un peu, et puis, juste avant qu'il parte, il fouille dans son sac une dernière fois, et nous tend son album à nouveau. Incrédule, nous le reprenons, et il nous dit juste "parlez-en autour de vous". Et puis il s'en va. Stupéfaits, nous nous demandons un instant quand il va revenir. Puis on comprend, ébahis. Il venait de nous filer gratuitement son prochain album qui n'était pas encore sorti, parce qu'il avait vu que ça nous avait plu et voulait qu'on se souvienne de lui même s'il n'avait rien à vendre. Il voulait tout simplement partager sa musique. Rien que pour ça, oui, bien sur que oui, la musique a besoin de gens comme Jesse D. Vernon, et a besoin de groupes comme Morning Star. Et des groupes comme ça, j'espère vraiment que je les défendrai toujours.
Emilien.
Nota Bene : Si vous habitez Paris, alors hé, n'hésitez pas à aller voir Morning Star dès cette semaine, à savoir Vendredi soir dans le cadre du petit festival indépendant Out Of The Blue organisé près de Belleville, un petit festival qui mérite tout le soutien du monde tant les gens qui s'en occupent font du bon boulot.
(cette chronique se situe dans le cadre de la nouvelle mini-rubrique "Microscope sur Microcosmes" a.k.a. "Supportez les petits groupes!" que C'est Entendu tiendra cette semaine et sans doute celle d'après et qui se consacrera de plus près à plein de gens qui méritent plus d'amour qu'ils n'en ont déjà).
Bonjour à tous ! Ce matin, prenez un bon petit déj', parce que si vous habitez Toulouse ou ses environs, ce soir vous êtes de sortie : Uniform Motion Pictures sera en effet de retour sur scène, au Cri de la Mouette.
En plus, d'avoir en son sein l'un des artisans du design de votre magazine préféré, Uniform Motion Pictures est le trio (ou plutôt duo ces temps-ci) toulousain le plus fanatique d'Iron & Wine et autres Bon Iver et Fleet Foxes.
Ce concert sera l'occasion d'entendre de nouvelles chansons, en vue, espérons-le, d'un très prochain second album, après celui sorti en 2008 et dont est extrait Selling Pictures.
Salut les copains ! Eux Autres, comme leur nom ne l'indique pas, sont un garçon et une fille (comme l'indique la photo ci-contre) originaires de San Francisco, et francophiles à mort. Sur leur premier album "Hell is Eux Autres" sorti en 2004, ils déballaient leur humour, leurs accents ricains, leurs influences Twee et leur rock style "we love french pinard, power chords, Jean-Paul Sartre and Sheila."
Alors évidemment, les paroles ne volent pas très haut, mais elles sont néanmoins très drôles : "De temps en temps tu es twès twès bieeeeen / Mais quelques fois, je pense tu es un chieeeeeeennne." C'est de la bonne Twee qui fait bien son boulot, on ne lui en demande pas plus.
« Joe, mon chinois, comment ça va ? Qu'est-ce que tu fais à trainer ici, je croyais qu'il y avait un trou béant dans ton larfeuille ?! - Ne t'en fais pas, l'ami, j'ai dégoté un job, et je suis passé t'acheter le premier album de The XX. - Tu ne le trouveras pas ici, plutôt crever, j'oppose un véto à toute forme de hype injustifiée. Tu leur trouves quoi à ces types ? Même leur blaze est chiant...»
J'ai lu et entendu les propos les plus divergents à propos de ces anglais, qui sont incontestablement, et quoi que l'on pense de leur musique, le gros gros buzz indé de la rentrée, à partir du moment où tous les médias spécialisés (ou pas) en ont parlé (de Pitchfork à Metro en passant par Theneedledrop).
Les avis vont en général de "mais pourquoi tout le monde en parle, c'est pas bien !" à (énormément) de "c'est trop bien" et de but en blanc, je vous le dis, je ne me range derrière aucun de ces deux camps.
D'abord, en tant qu'ennemi du suivisme brut, je ne peux que m'opposer à une telle hype. Non, ce groupe et cet album ne méritent absolument pas une telle surexposition médiatique, surtout quand d'autres pourraient en bénéficier à plus juste titre (Dirty Projectors, par exemple), mais tout cela est bien entendu dû à l'obligatoire effet boule de neige de l'Internet : lorsqu'une sortie est au centre du fameux Triangle du Son (Pitchfork, NME, les Inrocks) et que la télé commence à s'en mêler, il ne faut pas longtemps avant que les blogs, radios et journaux ne suivent. Et si les membres du groupe sont des garnements (ceux-ci ont en moyenne 19 ans), ça ne fait qu'ajouter du piment. Cependant, si l'explosion n'est pas franchement "méritée," je ne comprends pas que l'on en impute la faute au groupe et pas aux médias.
Je prends du plaisir à écouter "XX," mais je sais pourquoi. Je sais que j'aime les voix des deux chanteurs, et la façon qu'ils ont de les mêler. Je sais que j'aime la lenteur du groove, le son des guitares, le mélange d'apathie dans le chant du type et de blue-eyed soul fatiguée dans le chant de la fille. Je sais qu'à aucun moment ça ne va exploser réellement, que ça ne sera jamais sale. Je sais aussi que chaque chanson ressemble énormément à la précédente et que le groupe risque de s'enliser dans sa recette (pourtant très bonne) de cold-pop molle et de ne jamais parvenir à sortir quelque chose de différent.
Je sais qu'il est facile de passer à côté de la beauté des arrangements minimalistes ou des bonnes idées du second mec, celui qui s'occupe de la boite à rythme digitale (au passage si l'un d'entre vous sait comment s'appelle cette machine, dont le nom m'échappe, je vous serais reconnaissant de me le rappeler), et de n'y trouver que de l'ennui et un manque d'énergie, mais d'un autre côté, je suis un fanatique de Low, CQFD. J'aime aussi que leurs chansons se tiennent quand elles sont jouées sans filet, et j'aime qu'ils ne soient pas très beaux :
"XX" a ses défauts mais il n'en reste pas moins un chouette disque homogène.
De cet album, il ne faut pas retenir les à-côtés, mais plutôt se laisser tenter par le charme adolescent cool et à l'anglaise qui s'en dégage, et profiter d'une naïveté qui manque à beaucoup des jeunes musiciens Outre-Manche.