C'est entendu.

samedi 29 août 2009

[C'est tout vu] Fin de semaine

Chers lecteurs, je vous propose de conclure cette semaine chargée qui aura vu l'arrivée d'un nouveau rédacteur, l'exploration d'un thème péri-musical peu creusé, le premier RTT appliqué au Réveille Matin (il n'y en a pas eu Vendredi matin, vous l'avez sans doute remarqué) et la mise à jour de la façade du site (avec l'ajout des sections "A propos" et "En ce moment à l'affiche") et de la conclure par une gigantesque page de news ainsi que par un sondage.

Pour commencer, laissez-moi vous parler de quelques uns des chouchous de la Rédaction, à commencer par Fever Ray, dont le premier album sorti en début d'année est d'ores et déjà sur le point d'être réédité (date prévue : le 12 Octobre) avec en bonus tous les clips et deux reprises (Here before, de Vashti Bunyan, et Stranger than Kindness de Nick Cave and the Bad Seeds). Une bonne occasion d'acheter l'un des meilleurs albums de l'année, donc.

Que les amoureux de Deerhoof se réjouissent ou s'inquiètent, ça n'empêchera pas un certain Pendleton de présenter BAND le 17 Septembre à Toronto, un film qu'il a réalisé en s'inspirant et en utilisant des séquences de One+One (Sympathy for the Devil), le film que Jean Luc Godard avait réalisé en 1968 en mêlant l'enregistrement de l'album des Stones ("Sympathy for the devil, donc") à des scènes de fiction à visée politique. BAND reprendra donc (on se demande pour quelle raison) des extraits de One+One mais sera aussi l'occasion de recréer le processus imaginé par Godard en montrant l'enregistrement (à Toronto) d'un album de Deerhoof. Sera-ce une cagade, sera-ce bien, nous le verrons en temps et en heure.

Vous qui avez épluché "New Moon" (2007) de fond en comble et qui en redemandez, sachez qu'Elliott Smith est peut-être au cimetière depuis six ans, ça n'empêche pas ses proches de faire régulièrement paraître des inédits, et aujourd'hui, c'est Grand Mal (sacré blaze pour une chanson), issue des sessions de "Xo", qui débarque :




Vous vous souvenez peut-être de ce vieux débat selon lequel si Animal Collective savait écrire de bonnes chansons, ils seraient des copies carbones de Akron/Family, eh bien le dernier album de ces derniers, sorti en début d'année, était assez ennuyeux, mais ça ne les empêche pas de livrer une chouette performance dans l'émission américaine de radio Morning Becomes Eclectic, et d'y jouer l'un de leurs plus fameux hymnes post-hippie bizarre, Ed is a portal (qui débute juste avant la 35ème minute) :



En vrac, sachez aussi que Pete Townshend (The Who) a écrit un nouvel opéra rock très ambitieux, qui s'appellera "Floss", qu'Oasis a enfin splitté, apparemment pour de bon, qu'Ellie Greenwich, songwriteuse sixties de qualité (on lui doit notamment Be my baby des Ronettes ou Leader of the Pack des Shangri La's) nous a quitté, et pour lui rendre hommage, voici Be my Baby reprise par les Dum Dum Girls (dont le nom évoque les Stooges, et ça me plait, mais dont l'esthétique musicale - parce que visuellement elles/il sont largement moins hideux - évoque davantage les Vivian Girls, ces cruches bruyantes et pleines de hype) :




Joe

jeudi 27 août 2009

[Réveille Matin] The Slits - Instant Hit

Bonjour à tous ! J'espère que vous n'en avez pas encore assez du "Rock'n Fall" matinal parce que ça n'est pas encore fini ! Aujourd'hui je veux vous parler des Slits, un, non LE girls band anglais de la fin des années 70. Copines de John Lydon et de pas mal d'autres post punks londoniens à l'époque, ces gamines sortent en 1979 leur premier album culte, "Cut" en y mélangeant le dub, le reggae, le punk et l'afrobeat tout en arborant une posture féministe (et infantile) assez appuyée qui marqua forcément l'Histoire du Rock.




Instant hit, premier morceau de "Cut," porte ironiquement un titre qui ne semble pas fait pour lui.

Ici, la question que l'on peut se poser est "à quoi tient ce morceau ?" En effet, on est en présence d'un dépouillement proche de celui d'un morceau de dub dont la guitare minimaliste et la batterie omniprésente sont directement inspirées, créant toutes deux un rythme syncopé caractéristique, suivi d'un break, le tout en une boucle infinie, sur laquelle se pose uniquement une maigre flute. En réalité c'est à se demander si ce sont les voix qui empêchent le morceau de sembler trop branlant. ou si l'inverse est vrai. Bien que le chant ne soit pas réellement mis en avant, les mots scandés par Ari Up et repris en canon semblent faire avancer la chanson (autrement très répétitive et quasi uniquement rythmique) et à la fois l'embourbe dans un nouveau cycle multiple qui donnerait presque le tournis - la flute semble alors avoir pour but d'éveiller un serpent musical tournoyant hors de son pot - ce qui semble être le propos de la chanson, qui évoque un garçon prenant de l'héroïne et qui se perd dans une divagation bipolaire "amour/haine."

Ou quand des gamines inventent le tournis dépouillé médicamenteux. Voici une vidéo accompagnant la chanson (attention la qualité de l'image est affreuse) :




Joe

mercredi 26 août 2009

[Comptez pas sur moi] On ne suède pas la soul

Lykke Li faisait jusqu’à présent partie de ces nouveaux talents pop assez décalés pour avoir le privilège de réaliser un concert à emporter de la Blogothèque. Dance, dance, dance et I’m good, I’m gone étaient même plutôt cools, mais une reprise imprudente suffit à vous faire passer de good à gone... Comme si l’horreur des faits n’eût pas suffit, ceux-ci furent réitérés avec du renfort. En cause, le magnifique After laughter (comes tears) enregistré en 1964 chez Stax par Wendy René, une black au timbre d’un métal chauffé à blanc. Si les chansons étaient des bijoux, la version de Wendy René serait une bague Cartier aux trois ors enlacés et celle de Lykke Li un truc en toc.



Un morceau de soul ne se trouve qu’au rayon des choses précieuses ; il exige une voix ronde, dans laquelle font échos une époque et ses souffrances, intimes et collectives. Certes la qualité des chœurs et le mixage rendent l’harmonie parfaite, mais Wendy René plutôt que de s’y fondre y prend son élan ; le relief de sa voix multicolore irradie. La petite suédoise quant à elle aurait du faire preuve d’un minimum d’empathie pour son auditoire en laissant l’exclusivité de ses vocalises au pommeau de douche. Si la souffrance peut se lire sur son visage, elle semble plutôt relever de l’anesthésie faciale Lara Fabianesque que du sentiment.


Quand Wendy René vous émeut jusqu’aux sanglots et vous fait vous sentir black jusqu’à la moelle, Lykke Li vous tire des larmes de douleur physique et vous dégoute un peu des Krisprolls. Tandis que Lykke Li tente de murmurer fort, Wendy René ne contient pas sa force fragile et bouleverse. Si on peut encore entendre de la soul aujourd’hui, ce n’est certainement pas par le truchement d’une voix actuelle, mais par celui des enregistrements de l’époque pour la simple raison me semble-t-il que la dimension communautaire qui la faisait résonner si profondément a disparu. Le constat est sans appel : Soul is dead, mais la bonne nouvelle c’est qu’on peut encore en pleurer.


George

[Réveille Matin] David Bowie - D.J.

Bonjour à tous ! La chanson de ce matin est certes moins adaptée à un réveil en douceur que les deux précédentes - elle évoque d'avantage le monde de la nuit - elle n'en reste pas moins tout aussi représentative du thème de la semaine.

Remettons-nous dans le bain, voulez-vous ? On est en 1979 et Bowie sort le troisième volet de ce qui sera appelé sa "trilogie berlinoise," soit l'une des trinités les plus cultes de l'Histoire du Rock, avec deux premiers volets ("Heroes" et "Low") sortis tous deux en 1977, et révolutionnaires de surcroit. "Lodger," troisième et dernier épisode, est cependant plus excentré et s'il continue une exploration des possibilités de la pop à l'aube des années 80, il zieute bien moins vers l'expérimentation que vers une approche plus directe du TUBE pop tel que les années 80 le concevront.



Dans l'œil de ce cyclone brassant les influences et les sons, D.J. emprunte autant au funk qu'au post-punk et à l'électronique et est probablement la chanson la plus mythomane que nous vous proposerons cette semaine. Prenez-le dans le sens qui vous plaira : l'étrange melting pot des influences, l'étonnante (sur) occupation de l'espace, le chant tantôt travaillé (sur la fin du premier refrain par exemple) tantôt venu des tripes (sur la fin : "He used to be my boss and millions of puppet dancer / I am a D.J. and I got believers"), les paroles même, évoquant un disc jokey totalement obnubilé par son occupation principale ("I am a D.J. / I am what I play"), mono-maniaque et coupé de la réalité ("I've got a girl out there I suppose / [...] / I think she's dancing, what do I know ?"), tout cela évoque la déglingue la plus totale et pourtant la maitrise nécessaire au groupe pour réussir le morceau est assez dingue.

Et vice versa.

La direction de la chanson et ses arrangements ne sont pas laissés au hasard et il n'est pas aisé d'arriver à un tel résultat. Si vous croyez que les violons au tout début sont là par hasard, détrompez-vous. Ils sont une marque de goût et ne réapparaissent jamais par la suite, un moyen efficace de provoquer le besoin de les réentendre. Si vous croyiez que Prince avait inventé le coup des "smack smack" avec son tube Kiss, ravisez-vous, il l'a piqué à Bowie. Si vous n'avez pas remarqué que le morceau était bâti assez classiquement, finalement, avec des refrains, une accalmie suivie d'une montée explosive, dites-vous bien que Bowie en faisant le D.J. sait exactement où il va : si une chanson valait un rôle, il aurait l'Oscar.

Libre à vous maintenant, de juger de sa performance d'acteur en regardant le clip qui vous attend ici. A demain, pour une nouvelle chanson.


Joe

mardi 25 août 2009

[They Live] Folkeux en sueur dans une maison de plage (Vetiver + Beach House + Los Chicros au Nouveau Casino)

Paris était en train de fondre en ce 19 Août 2009. Et moi aussi. Dans les 33° en après midi. Les terrasses des cafés débordaient, les gens sentaient mauvais, bref c'était l'été caniculaire sur la capitale, et je me rendais, déjà tout humide dans cette ambiance molle et moite vers le Nouveau Casino pour assister à un concert de saison, à savoir celui de Vetiver et Beach House, accompagnés par Los Chicros. Entrer dans la salle assez vide était une délivrance. Oh, air frais et ventilateurs à pleine vitesse. Bien sur, ça n'allait pas durer. Mais tout en profitant de cette courte accalmie, j'observais le public arrivant lentement dans la salle. Quel étrange mélange. Des proto-trentenaires tout gentils lecteurs des Inrocks (c'est pas un mal hein), des folkeux avec chemise à carreaux, des gens qu'on imagine amateurs de musique électronique hype avec leur lunettes à grosse montures. Des cons aussi. Mais j'en reparlerai, ils n'étaient pas encore tous là. La salle était d'ailleurs assez clairsemée quand Los Chicros arrivent sur scène.

Ma première réaction a été de me dire "ah tiens, ils existent toujours eux". Depuis leur présence sur la compilation CQFD way back en 2004 avec un morceau que, dans ma lointaine et douce puberté, j'avais trouvé sympathique, j'avais complètement oublié l'existence de ce quatuor français barbu. Devenu ce soir-là simple trio (le batteur devait être encore en vacances), Los Chicros ont joué un set qualifié d' "acoustique". Comprendre : plus minimaliste, et non pas "avec guitare sèche". C'est embêtant de confondre les mots comme ça. Parce qu'il y avait pas un seul instrument acoustique sur scène. Au contraire. Au lieu du groupe un peu folk/rock/calme que j'imaginais, voilà nos parisiens avec des tas de claviers et une ambiance bien sombre . Ouvrant sur un instrumental électronique et mélancolique, voilà le groupe qui convoque peu après la pop 60's à renforts de jolies harmonies vocales. La transposition "les chœurs des Zombies sur des synthés Roland" est tout à fait plaisante mais ne renverse jamais vraiment le spectateur. Pire, certains morceaux comme ce très embarrassant essai de slow doo-wop 50's avec suite d'accords plus clichée que la mort semblent montrer un manque d'ambition un peu gênant et assez français. Cependant, par fulgurances, le groupe touche finalement quelque chose, dans certaines montées très bien appuyées et libérées de toute filiation appuyée, et prouve que ces gens-là ont du talent. En ont-ils assez ? Difficile de juger après ce concert simplifié. Reste une bonne première partie d'un groupe tout à fait honnête. On a pas toujours cette chance.

La salle est assez pleine (pour un concert en plein mois d'Août), l'air chauffe, le bruit monte, et c'est ensuite Beach House qui vient sur scène. Beach House, c'est ce groupe de dream pop américain qui a sorti l'année dernière Devotion, un très chouette album planant et pop qui enchante ou endort selon les humeurs. Cependant, on était en droit de se demander comment diable le duo comptait retranscrire sur scène l'intimité de leurs disques? La réponse est simple : en amplifiant le son. Rendez-vous compte, j'ai presque regretté de ne pas avoir pris de boules Quiès durant le concert. Augmentés d'un batteur, Beach House surprend par sa puissance complètement mésestimée. Dès le premier morceau, les nappes d'orgue Farfisa vous entourent, vous êtes encerclé par un mur de son inattendu. La batterie, lente et lourde, résonne dans vos os. Et au milieu de tout ça, la voix grave de Victoria Legrand, qui semble sortir sans aucun effort d'un corps épuisé, puissante sinon rien : comment une fille cernée avec son manteau trop grand et troué, qui joue sans regarder son clavier et avec les yeux dans le vague arrive à chanter ainsi, c'est un mystère, c'est un miracle.

Soudain, c'est toute l'idée qu'on pouvait se faire de Beach House (groupe mou, lent) qui est remise en question face à ce cocon sonique assez hypnotisant ; dans le public, beaucoup de gens ont les yeux fermés et écoutent avec une attention totale, dans une douce transe. A la guitare, Alex Scally (et sa très belle moustache) lance des arpèges sublimes, entre surf rock 60's et ambiances précieuses d'un groupe comme Mazzy Star. Tout le monde est noyé : Victoria dans ses cheveux, les guitares dans de la reverb, nos oreilles dans ces nappes de sons. Sur des morceaux comme Gila, c'est absolument magnifique et prenant. On est entre deux impressions : celle d'un groupe pop aux mélodies magnifiques et légères, et puis en même temps cette ambiance de plomb, fantomatique, funéraire qui rend les morceaux parfois absolument déchirants, mais sans forcer le trait. Et la température de monter encore un peu sur cette musique glaciale, Victoria de lancer "je suis une piscine" ou "nous sommes tous dans une grande salle de bain". Cette prestation impeccable aura duré le temps d'une douzaine de chansons seulement, dont certaines issues de leur prochain album, prévu pour l'année prochaine, et qui m'ont semblé peut-être un peu plus énergique, mais surtout très réussies. Et le groupe de finir sur Heart Of Chambers, peut être le meilleur morceau de Devotion, dans une version à l'image de cet excellent concert : puissante, dramatique, magnifique.

Pris qu'on était dans la marré sonore de Beach House, on les a pas entendus. Mais ils étaient arrivés entre temps. Ah, que Paris serait mieux sans les parisiens. Ces types qui viennent à des concerts pour boire des coups et papoter au bar. Oh qu'ils sont laids, oh qu'ils sont nuls, oh qu'ils sont bruyants. Quand Vetiver arrive sur scène, ce non-public qui s'accrochait au fond de la salle faisait un raffut absolument terrifiant, on se serait cru en boite, ils parlaient pour couvrir le son. Sauf que les artistes étaient là sur scène, et quand Andy Cabic, avec son chapeau et à sa guitare sèche a lancé les premiers accords de Rolling Sea, on aurait dit que c'était lui le bruit de fond. Il faut dire que la musique folk et gracieuse de Vetiver, elle aurait pris tout son sens loin d'ici, loin de ces idiots, dans un parc, en pleine après midi, avec la chaleur du soleil qui accompagne les beaux arpèges et les jolies descentes harmoniques. En soi, Vetiver est un groupe qui pratique plus un certain artisanat qu'autre chose. Ne surtout par prendre ça péjorativement, je le dis avec énormément de respect. Ce qu'offre ce groupe, avec sa batterie qui tapote gentiment, sa basse bien ronde, son petit clavier simili-Rhodes et ses harmonies vocales qui nous évoque l'Amérique des grands espaces, c'est tout simplement un prolongement d'une musique folk qui prend ses racines très loin. En soi, le groupe n'invente rien (les fans diront que non, mais soyons honnête), il ne fait que continuer un héritage musical, mais sans aucune forme de révérence, il fait son boulot. Des reprises pendant le concert qui en disent un peu sur les origines, comme celle de Fleetwood Mac (introduit ironiquement par un "j'ai appris que fleetwood mac était moins connu par ici que, mettons, en californie! c'est étonnant!"), mais on a surtout là un groupe qui réactualise la tradition sans la trahir avec un enthousiasme assez réjouissant.

Alors oui, c'est parfois un peu long, certaines ballades des premiers albums sont un peu plates, mais c'est la plupart du temps réussi, et certains morceaux du récent Tight Knit passent très bien en live (le concert a commencé avec les 3 premiers morceaux de cet album dans l'ordre, dont l'entraînant Everyday dont Joe vous avait parlé avec enthousiasme). Et puis quand ils accélèrent le tempo sur des morceaux sautillants, la bonne humeur du groupe est vraiment communicative même si on aime pas vraiment le genre, comme moi. Enfin, peut être pas assez communicative pour que les piliers de bars dans le fond acceptent de la fermer. Mais ces gens là n'aiment rien. Désespéré, un fan du groupe a coté de moi tentera bien des "maiiis chut!" durant les morceaux plus calmes. En vain. Mais peu importe, voilà un groupe très sympathique qui met du cœur à l'ouvrage : il fallait voir Cabic mourir de chaud, sa chemise entièrement trempée, sa guitare pleine de sueur, des gouttes tombant du manche par moment, et qui nous disait "il fait chaud hein?" comme si tout allait bien. Pas forcement le meilleur concert du monde, mais savoir que ces gens-là aiment ce qu'ils font et le font plutôt bien, ça redonnerait presque foi en la musique. Et on a tous besoin de ça de temps en temps.


Emilien


ps : merci à Garance Production pour les invitations.

nb : photos lives non contractuelles respectivement par Hippies Are Dead (pour Beach House) et le Denver Post (pour Vetiver)

[Réveille Matin] Katerine - Titanic

Bonjour à tous ! J'ai décidé de continuer sur la lancée d'hier et de vous embringuer dans une nouvelle histoire de morceaux boiteux, et pour cela, je rappelle à votre bon souvenir ce cher vieux Philippe Katerine, qui avait quand même été un sacré poids lourd du tube "en français" aux côtés de TTC et Cali aux alentours de 2005-2006. Souvenez-vous, il était King of French Pop il y a seulement quatre ans, et c'est comme si c'était au siècle dernier.


Il y a une sorte de paradoxe temporel autour des sorties pop de 2005, d'ailleurs, c'est un fait avéré, et les meilleurs spécialistes se sont penchés sur la question et en sont arrivés à la conclusion que 2005 était la première année depuis 1987 à avoir vu ses sorties pop sombrer aussi vite (en l'espace d'un an et demi MAX') dans la ringardise et le désir d'oubli. En effet, si tout le monde dansa sur Girlfriend de TTC (avec pour mémoire les paroles mémorables : "Suce-moi bien pétasse / Prend des initiatives / Moi j'n'hésite pas / Car direct j'te sodomise !"), et moi le premier, personne aujourd'hui ne peut se targuer de scrobbler* cette chanson plus de 0.1 fois par an en moyenne, tout comme plus personne aujourd'hui n'écoute Katerine et son Marine Le Pen, qui faisait tant rire il y a quatre ans et qui aujourd'hui semble si daté (alors que vous devriez tous jeter un œil au travail préalable à "Robots, après tout," et surtout l'album "Mes mauvaises fréquentations," daté de 1996 et dont l'humour et les arrangements exquis n'ont pas pris une ride).



Cependant, loin, très loin de moi l'idée de rejeter en bloc un album dont les singles ont peut-être perdu de leur pouvoir de séduction mais dont les textes plus intimistes restent tout aussi intelligents et prenants. Ce Titanic évoque dès son titre ce dont je vous parlais hier matin, à savoir la déglingue qui l'anime : une énergie molle, un rythme branlant, un chant faux la moitié du temps, et par moments (le piano arrive) des regains d'inspiration, comme le morceau naissant et se mettant petit à petit en place dans l'esprit du musicien. Les paroles elles-même peuvent être perçues comme une mise en abime, ou quelque distanciation, lorsque Katerine chante son trajet de retour matinal - celui-là même pendant lequel, encore en proie à quelque substance ou manque de sommeil, il commence à visualiser la chanson, qu'il marmonne, et dont le procédé de construction prend fin lorsqu'il arrive au bout de sa pensée et passe à autre chose ("Ça m'est égal et je ne pense plus à ça").

Ce Titanic peut sembler vaguement futile à l'auditeur distrait, mais il revêt néanmoins pour moi l'universalité de cette chanson que tout le monde (vous aussi) a un jour chantonné, à partir de paroles toutes plus quelconques et banales les unes que les autres. La chanson du quotidien, celle qui nous vient sans rien, et qui disparait aussitôt nos lèvres closes.
Vous pourrez dire tout le mal que vous voudrez de Philippe Katerine, mais en ce qui me concerne il a le mérite d'avoir enregistré cette chanson-là.


Joe


* scrobbler, dans le langage internet des geeks musicaux, est un terme lié à l'utilisation du logiciel LastFM, dont le principe consiste à enregistrer dans une banque de données disponible en temps réel la somme des fichiers lus par un ou plusieurs lecteurs défini(s) par l'utilisateur. En clair, "scrobbler" de la musique c'est écouter de la musique sur un ordinateur et ainsi faire évoluer ses charts. Cependant, "scrobbler" est passé (faut-il croire) dans le langage "courant" et peut signifier tout simplement "écouter de la musique."



P.S. : Si plusieurs d'entre vous ne se reconnaissent pas dans le portrait dressé de ces gens ayant aimé Katerine ou TTC avant de les laisser tomber, et si ceux-là parmi vous ont plutôt en tête quelque chose comme "Ja-Mais de ma VIE, je n'ai dansé là-dessus, j'ai toujours trouvé ça bon à ger-ber," passez outre et considérez plutôt la chanson avec une oreille neuve, et si vous ne l'aimez toujours pas, passez-vous un vieux disque de Chet Baker, faites vous un thé et lâchez-nous les baskets !

lundi 24 août 2009

[Réveille Matin] Silver Jews - Trains across the sea

Bonjour à tous ! Ce matin, je vous propose la première chanson du premier album ("Starlite Walker," 1994) de Silver Jews, le groupe de David Berman, dont le dernier album était si chouette, et était aussi probablement le dernier, vu que David a annoncé il y a quelques mois qu'il mettait un terme à sa carrière pour se lancer dans le dessin et la politique.

Rien de tel qu'une balade à bicyclette pour lancer ma carrière de politicien !




Quoiqu'il en soit, je voulais dire à ceux qui trouveraient ce morceau insipide que si je l'aime tant, c'est parce qu'il est bancal : la batterie semble parfois perdre le rythme, le piano au début est un peu lâche, et le chant de Berman (faux, la moitié du temps) ne tient qu'à un bout de ficelle usagé. C'est le genre de morceau qui me parle parce qu'il me semble réaliste, c'est à la fois comme si n'importe qui pouvait le jouer et comme si c'était moins le résultat d'une session d'enregistrement que le déroulement en temps réel de la création du morceau dans le cerveau déglingué de son auteur, lequel, sentant venir la mélodie au fur et à mesure qu'elle lui vient, fredonne sans conviction les paroles qui trainent dans les recoins de son subconscient adjacents au T1bis accueillant cette mélodie nouvelle. En cela, ce morceau bancal m'en rappelle trois autres, que j'aime énormément : DJ, par David Bowie (sur "Lodger," 1979), Dirt, par Lou Reed (sur "Street Hassle," 1978) et Titanic, par Katerine (sur "Robots, après tout," 2005), et je trouve que ce genre de chanson sied parfaitement à une matinée difficile, comme j'envisage que celles de cette semaine le seront (je parle pour moi, en tout cas). D'ailleurs, il y a des chances pour que je vous passe les trois autres morceaux dans les jours qui viennent. Ou peut-être pas.
En tout cas, pour les fanatiques du groupe, ou juste ceux qui auraient aimé cette chanson, la voici jouée en Janvier dernier, lors du concert d'adieu du groupe, avec un son très moyen, cependant :





Joe

dimanche 23 août 2009

[C'est tout vu] L'effet Sunday

Je déteste le Dimanche. C'est un des pires jours de la semaine. Quand on est au lycée, les deux tiers de la journée sont consacrés à trouver au fond de soi la force de repousser mentalement l'abattement que l'échéance sans cesse plus proche du Lundi matin et de tout ce qu'il représente de recommencement perpétuel des emmerdes implique. Si on a de la chance, on passe quelques années peinard sur le campus peinard d'une fac. Et puis on finit par être de nouveau dans la situation où le Dimanche est l'ennemi. En tout cas, cette situation est la mienne. Je déteste l'improductivité (ça arrive), et ne rien faire du tout par la faute de l'assaut cumulé de la chaleur, d'une migraine atroce et de "l'effet sunday" (qui n'a rien à voir avec le fameux "effet sundae," mieux connu chez les anciens de MacDonald's comme le résultat visible en moins de quinze minutes chez un client ayant consommé une glace dans l'heure précédant le nettoyage annuel de la machine à sundae : une horreur intestinale).
Toujours est-il que lorsque vient la nuit, dans ce genre de cas, mon cerveau a tendance à s'apaiser suffisamment pour que je puisse abattre une ou deux des activités prévues, et aujourd'hui, il s'agit d'une page de news, que voici.

Tout d'abord une très bonne nouvelle pour les gens qui pensent comme moi que "Station to Station" (1976) est le meilleur album de David Bowie, puisque ce très bon LP (qui sera chroniqué sur C'est Entendu d'ici quelques mois, soyez-en sûrs) sera réédité au début de 2010 dans un coffret comprenant 3 CDs et un DVD : sur le premier, l'album original, sur les deux suivants, un live jusque là non officiel, à Nassau en 1976, et sur le DVD l'album remasterisé en 5.1 ce qui n'est pas mal mais pas top (on aurait préféré un live vidéo). En tout cas, ce sera une bonne occasion de vous le procurer (d'ici là, je vous aurai convaincus de le faire).


C'est sans désir profond de redondance que nous vous proposons à nouveau d'en apprendre plus sur Annie Clark, alias St Vincent. Disons que c'est d'avantage un bonus offert aux fanatiques de la brune que voici : Annie et sa guitare jouent Actor out of work et The Strangers, sur une pelouse de la Route du Rock :


via Grandcrew


Le septième album de Built to Spill (fameux groupe de rock de américain dont vous devriez vite écouter l'album de 1997, "Perfect from now on" si vous ne le connaissez pas) sortira le 6 Septembre et portera le titre "There is no enemy," qui me plait beaucoup parce qu'il me fait invariablement penser à cet affreux single de Green Day, Know your enemy, qui pourrit les ondes radio en ce moment, comme si Doug Martsch (le leader de BTS) envoyait caguer les punk rockers nullards pour moi. Ouais, j'ai un côté naïf très mignon. Voici la pochette :


Et puis c'est tout. A demain pour une nouvelle semaine de chansons.

Joe