C'est entendu.

samedi 7 mars 2009

[C'est tout vu] Sultan Cocker

Avant de vous parler de deux sorties intéressantes, je voulais revenir brièvement sur le tout premier sondage de C'est Entendu, auquel la plupart d'entre vous a pris part. Vous avez donc plébiscité les disques que vous souhaitiez voir chroniqués, à savoir les albums de Handsome Furs, U2 et Animal Collective, ainsi que ceux, déjà parus, de Dent May et Jeremy Jay.
Sachez que vous n'avez pas voté pour rien, et que ces disques seront chroniqués dans les jours qui viennent. Je vous remercie pour votre participation, et sachez que ce sondage est le premier d'une longue série.
Passons aux news, et en couleurs:


Tout d'abord, célébrons la sortie d'un nouveau single de Mark Sultan, aka BBQ, dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois. Cela s'appellera Hold On, et vous pourrez le trouver à partir du 10 Mars, et l'acheter, genre là par exemple.



Et dans un registre différent, Jarvis Cocker (ex Pulp) sortira un second LP en solo le 19 Mai prochain, chez Rough Trade. Further Complications (c'est son nom) est produit par Steve Albini - excusez du peu, Albini supervisant de la britpop, je demande à entendre - et voici la fameuse pochette qui l'ornera:



Profitez-en pour aller saluer son myspace, ça ne mange pas de pain.

[Vise un peu] Dent May - The good feeling music of Dent May and his magnificent ukulele

Je tenais absolument à vous parler de Dent May. Tout le monde en parle en ce moment de Dent May, sans déconner. La rumeur dit qu'il aurait été découvert au fin fond du trou du cul de l'Amérique profonde (dans le Mississippi ou le Missouri, par là) par les types d'Animal Collective, lorsqu'ils enregistraient leur dernier LP, Merriweather Post Pavillion (promis, je parlerai aussi de ce disque-là, très bientôt).

Moi je préfère croire qu'il a été découvert par le couple June Law et April March lors d'un stage de macramé dirigé par Tom Novembre, dans les Everglades, en Août dernier.
Cela me semble plus crédible de la part de Dent May, même si cette rumeur-ci n'est colportée que par moi.

En tout cas, c'est pas mal ce que fait Dent, comme musique. C'est même super chouette. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit. C'est ce que j'ai entendu dire partout. Paraît-il que sa musique ressemblerait à des trucs. Des groupes connus, style euh... Mais oui, vous savez, le type là... Celui des années 80, avec la houppette, et qui était végétarien, oui et bien, Dent chante un peu comme lui, d'après ce qui se raconte, moi je ne fais que colporter. Et l'autre, aussi, le mec de la première moitié du 20ème siècle, l'anglais, là, enfin j'ai jamais écouté ce type-là non plus, mais on m'en a parlé, les gens m'ont dit que. Il était connu pour jouer sur une guitare pour enfants, je crois... Eh bien, Dent c'est pareil. Comme le gars.
Ah par contre, j'ai lu que les arrangements sur le disque de Dent rappelleraient ceux de l'immigré intégré qui avait pour projet de faire un disque à propos de chaque état des States, avant de réaliser qu'il n'avait aucun talent pour se renouveler et que 51 fois le même disque, ça reste chaud, j'ai lu ça. Ouais ben, là, encore une fois, je ne peux pas être catégorique, mais je me suis laissé dire que ça serait de la foutaise. Une foutue comparaison fortuite en guise de jingle publicitaire, une sorte de bannière frauduleuse à laquelle il ne faut vraiment pas se fier.

On m'a aussi expliqué avec force détails que l'album de Dent, son premier, était en quelque sorte de la pop, avant d'être une folk joliement arrangée, grâce au talent du garçon au look peu probable pour écrire des lignes mélodiques entêtantes et y intégrer des "shoobidoobidouuwiii" assez peu en vogue actuellement et pourtant imparables, d'après les "on dit" et les "qu'en dira-t-on".

Voici un clip d'Oh Paris! (dans ce qui ressemble à une pré-version, me signale-t-on), qui vous permettra de vous faire une idée, en même temps que je m'en fais une:



Avec des chansons comme celle-ci, ou Howard, autre fameux tube si l'on en croit la hype, Dent May se pose en outsider à l'allure de geek, et pourrait remporter vos faveurs printanières, si vous cédez à son charme de freak humain et à sa voix de crooner.

Son Myspace.

Et le clip (plus abouti) de Meet me in the garden:







P.S. : Ne croyez pas les blogs.

vendredi 6 mars 2009

[45 Tours] The Ronettes - Be my baby (1965)

Sans grande surprise, j'imagine, le second choix relatif à un éventuel top 5 chansons, dont je vous parlais hier, se porte encore une fois sur un immense hit des années soixante, et une production de Phil Spector, qui plus est.

Tout est là: l'hymne pop, le girl band sexy, l'innovation sonore, la graine qui donnera naissance à la Twee pop vingt ans plus tard, la bande originale de Dirty Dancing... C'est toutes la pop des années soixante dans une chanson.




Le mieux reste encore de l'écouter dans sa version studio, où le mur de son de Spector prend toute son ampleur, mais je ne résiste pas à vous proposer la version live, obligatoire:



[C'est tout vu] Lytle Billy walked by Vetiver

Un petit coup de news visuelles, pour commencer la journée du bon pied, allez zou !

Tout d'abord, voici la pochette du tout premier album solo de Jason Lytle (ex Grandaddy), qui sortira le 19 Mai et aura pour titre Yours truly, the commuter :


Vous pouvez dores et déjà en écouter Flying through Canyons, une balade au piano qui en est extraite, sur le myspace de Jason.

Par ailleurs, le nouvel album de Will Oldham, alias Bonnie Prince Billy, Beware, sortira le 16 Mars et Drag City vous propose de télécharger le clip du premier single, I am goodbye, en cliquant juste ici (clic doit - enregistrer sous). Pour rappel, voici la pochette de Beware:



On continue avec la toute nouvelle vidéo illustrant le premier single tiré de Tight Knit, le tout récent album de Vetiver, sorti le 17 Février dernier. La chanson s'appelle Everyday:





Et enfin, une petite douceur, la toute première chanson issue du très attendu second volet de la collaboration entre PJ Harvey et John Parish, A woman a man walked by, qui sortira le 30 Mars, comme vous le savez déjà. Ca s'appelle Black Hearted Love, et ce n'est pas un clip, mais bien une piste audio, je vous le confirme (ne soyez pas si gourmands):



jeudi 5 mars 2009

[45 Tours] Jackie Wilson - (Your love keeps liftin' me) Higher and higher (1967)

Si l'on devait me demander un top 5 de mes chansons favorites, toute catégorie et toutes époques confondues, je serais bien ennuyé.
C'est toujours un véritable casse-tête ces choses-là, on a toujours peur d'oublier l'essentiel, ou on hésite bien trop.
Mais si la question était "Y a-t-il une chanson que tu es certain de placer dans un éventuel top 5 ?" (oui, je fantasme souvent les questions de ce type que j'aimerais me voir posées), alors je répondrai que j'en connais deux.


La première, c'est celle-ci, vous l'aurez compris, vous n'êtes pas idiots.

Cette chanson, vous la connaissez sûrement, c'est l'une des plus fameuses des années 60, et elle avait fait une apparition fracassante dans Ghostbusters 2 (SOS Fantômes 2, en françouze), dans lequel elle faisait danser coup sur coup un grille-pain et la Statue de la Liberté.

C'est l'une des meilleures chansons au Monde, elle ferait danser un paraplégique, elle donnerait le sourire à un RMIste.



Je vous propose de l'écouter ici.

Et si vous en voulez encore, voici une version live (datant de 1971) assez folle:


mardi 3 mars 2009

[45 Tours] Richard Hell and the Voidoids - Blank Generation (1977)

Sorti en 1977, le premier single de Richard Hell & The Voidoids est selon moi le meilleur 45 tours jamais issu du mouvement punk (dont Hell était l'un des initiateurs, et à mon sens bien plus intéressant que les Sex Pistols, pour ne citer qu'eux).

Face A: Blank Generation
Face B: Love comes in spurts

N'ayant pas sous la main de clip vidéo de qualité acceptable, la solution alternative est de vous faire écouter la chanson à même le vinyle:











Je vous propose d'y jeter une voire deux oreilles, et plutôt deux fois qu'une. C'est important. On en reparle plus en détail dans la semaine.

dimanche 1 mars 2009

[Vise un peu] Jeremy Jay - Slow Dance

Jeremy et moi, on discutait musique, l'autre jour. Il s'est exilé à Paris depuis quelques temps, mais il est Californien à la base, alors je lui demandais ce qu'il pensait de la scène pop parisienne, et comme je m'en doutais, le nom de Sebastien Tellier a fini par faire surface. Forcément, je commençai à mordiller nerveusement ma lèvre inférieure à tel point que lorsqu'un mince filet de sang commença à s'écouler sur mon t-shirt blanc préféré, Jeremy me jeta un regard inquiet et me demanda quel était le problème. Ma réponse fut à peu près la suivante:
Ecoute, J, je veux bien que, Daft Punk et Air mis à part, Tellier soit l'un des rares français à s'être fait connaitre aux States, je sais qu'il a participé à l'Eurovision et été chroniqué par Pitchfork - et c'est pas rien - mais sa musique, Jeremy, je te le dis en un mot comme en six mille, sa musique c'est de la merde.
A partir de là, la conversation a prit un tour intéressant lorsque mon interlocuteur, ne se fourvoyant pas sur la pente hasardeuse du changement de sujet, ni ne prenant le train fantôme de la contradiction vengeresse pure et simple - son avis définitif sur la musique de Tellier, je ne l'ai jamais eu - décida de me poser une question intéressante, la seule question réellement adaptée à ma haine profonde de la musique de Sebastien Tellier:
Ok, Joe, laisse moi te demander: est-ce à cause des claviers que tu n'aimes pas Sexuality (Ndl: Le dernier LP en date de Sebastien Tellier, sorti en 2008) ?
La réponse me serait apparue comme une épiphanie si je n'y avais déjà songé plusieurs semaines plus tôt et ne l'avais sue avant même d'y réfléchir. Non, le problème ne venait pas des claviers. Non, non et renon, un disque n'a pas besoin d'être bourré de guitares pour me plaire, ou du moins, il n'a pas besoin d'être exempt de claviers langoureux rappelant quelque bande originale de film érotique enregistrée au début des années 90 (en vue, je suppose, d'être vendu à M6 pour la deuxième - ou troisième - partie de soirée du Dimanche).
Le problème de la musique de Sebastien Tellier, ce n'est pas la façon dont elle est habillée, ajoutai-je, mais ce qui se cache sous la tenue de soirée achetée dans une friperie au rayon "années 80", c'est à dire rien. Pour faire de la pop, il faut des chansons, et pas seulement des arrangements.
Plein de fougue suite à cette dernière pensée, je lançai un défi à Jeremy: glisser une palanquée de synthétiseurs datés sur son prochain album, Slow Dance, qu'il était en train de finaliser.
Je comptais ainsi lui prouver qu'un songwriter habile tel que lui réussirait à créer une musique passionnante en mêlant chansons et synthétiseurs cheapos.
Il topa dans ma main, et nous nous quittames en bon terme, ma main sur son épaule, la sienne sur ma fesse gauche.

Pendant toute la discussion, il serrait sa guitare contre sa poitrine, tel le nouveau né.

Quelques temps plus tard, Slow Dance était bouclé, et il m'en envoyait gracieusement une copie, avant la sortie du disque le 24 Mars prochain (toujours chez K Records) et je me réjouissais de ne pas m'être trompé.

Quelques titres seulement y sont épargnés par l'attirail synthétique (Winter Wonder, qui ressemblerait presque à du Silver Jews, et Gallop, plus proche de l'album précédent).
Quant aux autres, ils conservent le style de A place where we could go, mais y intègrent habilement des sons que ne renieraient pas Sebastien Tellier ou Fred Coppula. Cela peut se révêler un brin barbant (Canter Canter) mais en général, lorsque la chanson tient la route, ça ne fait que lui donner du carburant supplémentaire à des tubes en devenir (In this lonely town, Where could we go tonight).
Le gros morceau, le climax, le point chaud, le point G de l'album est le morceau titre, Slow Dance, parangon du synthétiseur osé, qui vous fera un effet boeuf, dans un sens ou dans l'autre, à savoir petit A: hérisser les poils sur les avant bras, et hurler des insanités à mon encontre, à celle de Jeremy et de toute la musique postérieure à 1791, soit petit B: crier au génie, danser (lentement) et avoir envie de sexe torride et urgent.
A vous de voir.

Quoi qu'il en soit, Jeremy a démontré mon théorème, et ce n'est pas rien, ça fait de lui un chouette mec.
Son Myspace, sur lequel vous retrouverez plusieurs titres issus du LP.

Je vous rappelle que le dernier clip en date de Jeremy est disponible ici.

Et si vous n'avez pas encore lu la chronique de son précédent album, il est encore temps


Joe Gonzalez

[Vise un peu] Robert Forster - The Evangelist

Extrait d'un dialogue fictif:

"Qui est-ce, ce Robert Forster ?"
"J'ai googlé son nom et je crois que c'est le type qui jouait avec Pam Grier dans Jackie Brown ! Et plus récemment il jouait le père Petrelli dans Heroes !"
"Ouais ben non, t'es con, t'as faux."

Robert Forster est l'un des deux songwriters à l'origine du groupe australien The Go-Betweens, dont la carrière prend ses racines dans les années 80, durant lesquelles ils furent en quelque sorte les dauphins des Smiths, jamais réellement populaires, et pourtant bien plus productifs et tout autant reconnus par la critique.
A la fin des années 90, le groupe s'était même reformé encore une fois, et a sorti une belle série de réussites, jusqu'à ce qu'en Mai 2006, Grant Mc Lennan, l'autre moitié du tandem, ne s'éteigne, condamnant l'existence du groupe.

Premier album solo de Forster en douze ans, ce disque est une sorte d'adieu à son vieux camarade, et il baigne dans une tendre mélancolie très touchante sans pour autant tomber dans le pathos (It ain't easy, la chanson la plus directement liée au sujet, est uptempo et son refrain est assez entêtant, malgré la nostalgie des paroles).

Je vous propose de jeter une oreille sur It ain't easy, qui me rend jaloux de la facilité avec laquelle ce type sait écrire un tube.

Par rapport à la musique des Go-Betweens, point de révolution musicale, Forster étant toujours un inconditionnel de l'indie pop à tendance jangle (et aux guitares acoustiques, depuis quelques années). Il varie ballades (If it rains) et popsongs (Pandanus), le tout avec un son très océanien (j'en reparlerai à l'occasion de la scène pop océanienne, d'ailleurs), et des refrains frais et efficaces.
Mention spéciale à la très belle From a ghost town, jouée au piano, qui clôt l'album (écoutez-là ici) sur ces vers d'un homme vieillissant mais qui réagit comme un enfant face à la mort de son ami:

David wrote in his good-bye note ‘it’s all different now’
And it is there’s much I’ll miss as I go on as I move on

It’s gone, yes yes yes its wrong and why should this be so why why why

Si vous vous demandez encore ce qu'est l'indie pop, il faut d'urgence écouter ce disque.
Et si vous êtes au courant, vous n'avez aucune excuse pour ne pas encore l'avoir dévoré.

Ce disque est numéro 7 de mon top albums 2008.