C'est entendu.

jeudi 5 février 2009

[Tip Top] Les chansons démentes de 2008

1) The Dutchess & The Duke - Reservoir Park
2) Angil - Song for D.G.
3) The Helio Sequence - Broken afternoon
4) Alain Bashung - Je t'ai manqué
5) Shearwater - The Snow Leopard
6) Billy Bragg - I keep faith
7) Department of Eagles - Phantom Other
8) Tallest man on earth - the gardner
9) The Dodos - Joe's Waltz
10) Joseph Arthur - Winter Blades

[Alors quoi ?] Distribution de prix festivaliers.

Que se passe-t-il avec les musiciens ? N'aiment ils plus leurs publics ?
C'est en rapport avec tout ce bordel de téléchargements illégaux ? C'est à cause de la majoristation des labels ? N'ont ils pas fait caca ? Ne jouent ils plus que pour gagner des sous ? Ne prennent ils plus de plaisir ?

J'ai fait trois festivals en deux étés (2006 et 2007, pour être précis), et le constat me fait peur quant à l'intérêt que les artistes mettent dans leur implication scénique envers le public.
Il y a quatre écoles.


D'abord il y a ceux qui n'en ont rien à foutre (ou qui ne se sentent pas là pour ça). Ceux là débarquent sur scène, ils font leur set, font peu ou prou de rappel, ne communiquent pas du tout, sauf pour quelques éventuels "thank you" parsemés, et puis se barrent comme des voleurs.

Ensuite il y a ceux qui ne communiquent que du vent, avec par exemple Franz Ferdinand à Evreux en 2006. Kapranos n'arrêtait pas de s'adresser au public sans lui parler vraiment. Il présentait le groupe en "français", demandait si "ça va ?" etc etc... Il se parlait à lui même. C'est ce que j'appelle "la communication de type boys band en promo". Du vent.

Il y a ceux qui ne communiquent pas, mais essaient simplement de se mettre le public dans la poche par des slogans (politiques, par exemple), et je pense notamment à Joey Starr avec ses messages envers Nicolas Sarkozy. C'est facile, la démagogie, mais ça sonne creux, et puis forcément dans un festival qui s'appelle Garorock, ou tu as une majorité de jeunes qui sont en vacances (donc non actifs), tu vas avoir une majorité de répondant pour ce genre de propos. Du vent.


Et enfin il y a les groupes qui sont là pour s'amuser, qui sont là pour donner un spectacle ET qui sont là pour amuser leur public et lui parler (par sa musique comme par son discours).
Là je pense majoritairement à Sonic Youth ou Beirut, et dans une moindre mesure à Low ou Wilco, ou encore Jon Richman (tous à Barcelone en 2007).



Je prends un pied bien plus grand (au moins du 46) quand j'entends Lee ranaldo hurler le début d'un morceau, ou Thurston Moore raconter une anecdote entre deux chansons, quand le groupe fait un rappel énorme avec un invité, ou quand Zach Condon ou Jon Richman parlent un français mignon, suent de vraies gouttes de sueur, affichent des sourires énormes et ont l'air de réellement apprécier d'être là.
Je ne comprends pas qu'on puisse faire la gueule ou être si distant quand on se retrouve dans un cadre aussi fabuleux que celui du Primavera (le soleil, la mer, une affiche géniale sur laquelle figurent les nom d'amis (je pense à Modest Mouse et Built to spill), et un public totalement présent).
C'est là je pense que (exception faite des gens qui se tapent un sale festival (style Modest Mouse je pense, au vu du cocard de Brock)) l'on peut faire la différence entre les musiciens professionnels et les artistes. Zach Condon et Sonic Youth m'ont frappé comme des artistes, un peu comme Katerine à Evreux en 2006, des gens qui vivent par et pour leur art, et pas des commerçants bien gentils et efficaces qui vendent leurs disques et encaissent la monnaie, bébé.

[Fallait que ça sorte] L'évolution du style Highschool à travers trois disques et deux groupes ou "La pop se bouffe la queue"

Le style High School, à partir de la fin des années 50, était le terme employé pour définir la musique pop formatée par les maisons de disques américaines pour être vendue aux teenagers, et qui, par essence, s'opposait au rock'n roll fougueux d'Eddie Cochran et d'Elvis (et d'autres plus tard).

Le High School, c'était de la musique jouée et chantée par des teenagers pour d'autres teenagers, ça parlait du lycée, des cours, de l'éclate, du coca cola, des bagnoles, des filles, et de tout ce qui faisait la vie des teenagers à la jonction de deux décennies de confort moderne américain.

C'est une branche évolutive qui s'envole depuis le tronc de l'arbre de la musique commerciale, juste au dessus du "Bubblegum", dont elle se différencie par un peu plus de fougue. La Bubblegum Pop de l'époque, pour rappel, ce sont des types comme Neil Sedaka ou Del Shannon qui la gèrent.

Le style a connu une heure de gloire au tout début des années 60, lorsque le rock'n roll s'est essoufflé (Elvis faisait son service, Chuck Berry était en prison, Little Richard entré dans les ordres, et le genre n'arrivait pas à se renouveler). Les paroliers ont été remis au travail à plein régime dans les centres de production musicale (Philly, NYC et Los Angeles) et des groupes se sont formés sur les cendres encore fumantes de la première génération rock.
(Une parenthèse ici pour signaler que tout ce que vous avez lu jusque là je le sais parce que j'ai lu Nik Cohn ("A wop bap a loo bop a wap bam bom", Editions Allia), donc rendons à Cesar ce qui lui appartient.)
Ces groupes étaient souvent composés d'en moyenne trois à cinq chanteurs dont un meneur, et jouaient beaucoup sur les harmonies vocales et les mélodies bubblegum, le tout ressemblant à du rock'n roll aseptisé, dont on n'aurait gardé que l'apparence pour en retirer tout ce qui en faisait l'essence.
Le portrait que j'en brosse semble bien peu ragoutant, mais bien entendu, comme souvent, il y en eut pour se révéler meilleurs que d'autres, et je vais vous causer de deux groupes de cette vague qui me paraissent être les deux les plus intéressants.

Frankie Valli & The Four Seasons était l'un des meilleurs groupes de pop américaine du début des années soixante. Axés autour de Valli, ils ont enchainé les tubes Highschool de 62 à 65 sans discontinuer. Vous allez me dire "Mais de qui tu causes ?", ce à quoi je répondrai: vous les connaissez.
Souvenez vous, en 1967 sortait un hit d'envergure intemporelle, qui a par la suite été repris par des tas de groupes, de Muse à Abba, à savoir Can't Take my eyes off you.

Ca y est ? Vous les remettez ?
Bon, à partir de là vous pouvez aisément imaginer les trois autres saisons épuiser leurs choeurs infinis pendant que Valli utilise son falsetto énorme sur des compositions un peu plus légères, à base de "Baby, don't go oh noooo / Cause I love you sooo oohoohhh" à longueur d'albums pendant 4 années entières et décrocher le haut du top 50 régulièrement.
Avec des chansons comme Walk Like a Man ou An angel cried, le groupe atteint le firmament du style High School assez vite mais s'essouffle vers 1965 en même temps que celui-ci, en manque de renouvellement, jusqu'à ce que...

En 65 et 66, alors que la Pop commerciale se tourne d'avantage vers le folk rock de la côte Ouest (Lovin Spoonful, Byrds, etc...), ou vers le blues électrifié de Bob Dylan ou Eric Clapton, le style High School tel qu'il était est mourant et il va lui falloir le travail acharné d'un Brian Wilson aventureux pour redorer son blason.




I'm adventurous !





Comme chacun sait, les Beach Boys sont nés en créant la Surf Music, et leurs albums de 62 à 64 (avec une apothéose sur le fameux All summer long) furent consacrés à développer sur ce thème californien de musique du soleil, de la plage, des filles et des bagnoles.
Sauf que, là aussi, après avoir eu bien fait le tour de son propriétaire, Brian Wilson a eu envie de s'attaquer à des choses plus raffinées et grandes, et avec Today!, album de transition, il a commencé à introduire des éléments qu'il développa sur Pet Sounds, et qui firent ressembler sa musique, moins à de la surf music qu'à du High School pur et dur remis au gout du jour. Les arrangements, notamment, devenaient plus coquets, on entendait plus de cordes, et les paroles étaient moins centrées sur les bagnoles et la plage pour se concentrer sur des histoires d'amour pour teenagers. Le rythme en outre, semblait quelque peu changer, et le jeu de guitare perdre ses automatismes cdaliforniens, mais ce n'est que sur Pet Sounds que la transformation prenait vraiment sens, lorsque la guitare y était reléguée au stade de remplaçante, alors que le clavier (et tout un tas d'instruments, on était bien loin de la formation classique guitare/basse/batterie de leurs débuts) prenait le devant de la scène. Ainsi sur des compositions comme You Still Believe In Me ou I'm Waiting for the Day, Wilson réussissait-il à s'emparer du travail mélodique d'un groupe comme les Four Seasons pour l'intégrer au son de son groupe, et y allait de sa fougue

A ce point du récit, je rappelle que je ne suis pas là pour faire un cours sur les Beach Boys, mais bien pour vous démontrer, si besoin est, l'évolution de ce groupe d'un genre vers un autre, et la filiation que l'on peut bien retrouver entre les Four Seasons et les Beach Boys, tout cela n'étant qu'un marche-pied vers la troisième partie de ce texte qui en est le coeur, à savoir un commentaire sur ce qui est selon moi le dernier grand disque de pop High school, à savoir...

En 1969, les Four Seasons font un retour fracassant avec un album qui pourrait apparaitre comme "concept" mais ne l'est pas: The Genuine Imitation Life Gazette.
La recette de base est la même que quelques années plus tôt: Valli est au premier plan et les Seasons balancent des grosses harmonies vocales bien senties.
Ce qui a changé c'est qu'en l'espace de 4 ans, les Four Seasons ont pu appréhender la pop dans ce qu'elle est devenue depuis que des types malins comme Dylan, Wilson ou les Beatles l'ont bousculée: arty.
Arty dans la seconde moitié des sixties, ça peut donner "bandante et expérimentale" (comprendre Velvet Underground), ça peut aussi vouloir dire "intello, nombrilesque, complaisante et hippie" (comprendre Sergeant Pepper, A quick One while he's away...). Mais les Seasons se sont aventuré pile entre les deux, dans le trou creusé juste avant eux par ce bon vieux Brian Wilson, là où l'on a pour ambition de faire du beau qui soit accessible et attrayant.

En cela, ils ont parfaitement réussi leur coup. Les dix pistes de ce disque propulsent le High School vers le firmament en complexifiant son propos (les paroles sont à des kilomètres de ce qu'ils faisaient avant, pas de "Baby noooo" ou de "My girl is sixteen and I love her yeah" ici), en diversifiant sa forme (la basse assure des lignes dansantes sur Mrs Statley's Garden, le piano assure le riff de American Crucifixion resurrection, l'orgue et la batterie minimalistes sur Genuine Imitation Life,...).
Il fallait des couilles à Valli, qui avait commencé une carrière solo quelques années plus tôt pour se lancer dans un projet aussi ambitieux avec les Four seasons, sans pour autant squatter les chansons et en faire son terrain de jeu exclusif. Sur Idaho le groupe donne dans l'harmonie à quatre voix, et à aucun moment Frankie ne se démarque du lot,
Le groupe a appris en écoutant aussi bien les Beach Boys (comme le montrent les variations de tempos imprévisibles et la recherche mélodique autant que sur les arrangements) que les Beatles et le final de Genuine Imitation Life est un hommage (certains y verront un pompage, je ne suis pas aussi négatif que ces gens) direct aux dernières mesures chorales d'Hey Jude, ce que l'on pourrait reprocher au groupe si la chanson n'était pas aussi intelligemment kiffante (la guitare se posant sur les couplets est tellement bien trouvée) de simplicité.

On est alors assez loin des premiers albums des Four Seasons. On n'est plus en face d'une collection de chansons naïves sur les filles, mais devant quelque chose de beaucoup plus réfléchi et qui fonctionne tout de même à merveille, et cela parce que le groupe a su ne pas s'enfermer dans un ton intellectuel et/ou trop complaisant. A la grandiloquence de la première chanson répond la naïveté enfantine d'Idaho, et ainsi de suite...


Et j'espère que ma petite histoire vous a plu. A bientot les amis !

[Vise un peu] Joseph Arthur & The Lonely Astronauts - Temporary People

Il y a une sorte de sentiment qui surnage un peu depuis quelques années.

En 2001, les Strokes ont sorti un disque et toute la critique rock s'est emballée sur le "retour du rock". Bon, je veux bien, mais le rock n'était pas parti. Pour ces mêmes (papys) critiques, il était mort en même temps que Kurt Cobain. Quelle connerie... C'est un raisonnement de fainéant, permettez moi de vous le dire. C'est certain, si on s'attend à trouver le rock dans les bacs à CDs de Carrefour, alors oui, il est mort en même temps que Cobain, ou en même temps que le punk, peu importe. Le rock a tout simplement migré, dès la-dite fin du punk dans l'indépendance, vu que le marché semblait, selon les maisons de disques, plus sûr si l'on pariait sur la variétoche, et autre world music, boys band et assimilés. De facto, si l'on voulait trouver du rock entre 1994 et 2000, on n'avait qu'à se sortir un peu et fréquenter les disquaires: Pavement, Radiohead, Modest Mouse, Built To Spill, Luna, Yo La Tengo, Eels, Far, le BJM, les Smashing Pumpkins.... et j'en passe ! Tous ceux-là n'étaient même pas indépendants, enfin !

Et donc, les années 2000 seraient un retour du rock ?

On est en 2008, et laissez moi vous dire que je ne suis pas d'accord. Les années 90 ont été bien plus rock que les huit molles années marquées par l'octonat Bush. Alors on a bien quelques faux exemples de "retour du rock", oui, des exemples assez navrants en vérité, que ce soit Steeve Estatoff qui gagne la Nouvelle Star, les Vines, ou encore le dernier single de Pink ("So What", dont je vous conseille de lire les paroles, pour mieux comprendre).
Mais soyons réalistes, après les quelques albums des groupes en "The" du début de la décennie, on n'a pas été bousculés par une énergie folle, par des beats novateurs ou dansants sur des guitares saturées et des refrains accrocheurs.
Attention je ne dis pas que nous n'avons eu droit à aucun groupe ou album de rock, mais ce ne fut jamais un raz de marée.

Non, j'ai vécu ces 8 ans comme une incursion de plus en plus poussée dans un mélange d'électronique, de fluo, de prog pop, et si je devais trouver un axe majeur dirigeant la musique indépendante (puisque c'est d'elle que l'on parle) depuis au moins 2004, je dirais: "le Canada". J'y reviendrai un de ces jours, d'ailleurs, parce que je trouve ça intéressant.

Dans le même temps, cette année, je me suis souvent retrouvé dans les critiques d'Emilien, sur Dans Mon Mange Disques, lorsqu'il évoquait des disques raffraîchissant par leur simplicité, leur nostalgie, leurs sonorités évoquant le passé, et tout simplement leur "rock'n roll attitude". Cela a notamment été le cas des albums de Love is all, The Dutchess and the Duke, ou encore sa fameuse review coup-de-poing de Cheap Time. C'est un sentiement que j'avais d'ailleurs en partie exprimé dans mon article sur l'album de Yeti, plus haut sur cette adresse.
Ce sentiment est celui qu'après huit années de vache maigre, quelques sursauts rock font leur apparition depuis plusieurs mois, et que cela a le don de me faire l'effet d'une bombe à chaque fois.

Vous l'aurez compris, si j'évoque tout cela, ce n'est pas par hasard. J'ai lâché l'affaire Arthur depuis bien quatre ans, maintenant. Son second album était une merveille, et ses lives solo de 2002 étaient fabuleux, mais lorsque j'ai acheté Redemption's son en 2003, j'ai déchanté, et la sortie de son album suivant ne m'a pas rendu plus jouasse. Et depuis c'est de pire en pire, chaque fois que j'entendais ses nouveaux albums (il est très prolifique) je ne m'y retrouvais pas. Sauf que.
Sauf que je suis tombé par hasard sur l'"Album de la Semaine" sur Canal + il y a deux semaines, et que lui et son (nouveau) groupe, les Lonely Astronauts étaient là.
Et toute la semaine je les ai attendus à 18h12 précises pour entendre un nouveau titre de cet album. Et parfois j'avais droit à un bout d'interview de Joe et sa bassiste, qui ne disait rien, pendant que Joe disait du vent, mais pas du vent en souriant, pas du vent en promouvant. Juste du vent. "Cet album parle d'amour", ce genre de conneries.
J'ai été conquis.

Cet album a été comparé à Blonde on Blonde de Dylan, à Exile on Main Street des Stones. Et ce n'est pas très crédible mais je m'en fous. Mélodies, arrangements, rien ne rappelle le passé, si ce n'est une chose: la morgue et le désabus de Joe et son groupe.
Joseph semble en avoir eu assez de travailler ses disques dans tous leurs détails. Il semble en avoir eu marre de jouer seul sur scène. Il a l'air d'en avoir marre de se morfondre dans son coin. Et le résultat c'est ce disque de pur rock'n roll aux refrains simplistes, aux guitares saturées, aux pianos superposés, porté par sa guitare acoustique et sa voix encore plus éraillée que d'habitude.
Je m'étais lassé des expérimentations folles et fouillées de Joe, et cette année il a eu le bon goût de sortir quatre Eps avant cet album, dévidant (presque, l'intermédiaire "A dream is longer than the night" est la seule chanson sortant de l'ordinaire rock de l'album) son trop plein de folie avant de laisser s'exprimer son songwriting direct et qui fait mouche: les mélodies accrocheuses se bousculent et je ne saurais quelle chanson préférer à une autre entre Temporary People, Dear Savior, Look into the Sky, Heart's a Soldier ou Winter Blades...

Il y a donc quelques petites choses à retenir à propos de Temporary People:

- Ce disque n'est pas un disque de Joseph Arthur, c'est un disque de Joseph Arthur & The Lonely Astronauts.
- Ce disque n'est pas "génial". Il est "terrible".
- Ce disque est plus rock'n roll que le dernier Interpol, le dernier Muse, le dernier Coldplay, le dernier Vines, le dernier Strokes, le dernier White Stripes réunis. Et en plus il se targue d'un "The" (Lonely Astronauts).


Cet album est numéro 3 de mon top 10 albums 2008.

[Vise un peu] Yeti - The Legend of Yeti Gonzales

Il y a des disques qui, lorsqu'on les entend, donnent envie de faire de la musique. Par exemple, cet après midi, j'écoutais le second album des Lovin Spoonful et je crevais d'envie d'attraper une guitare, un harmonica, une basse, un clavier, bref de faire de la musique.

Mais il y a aussi des disques qui, lorsqu'on les entend, donnent envie de parler de musique et d'écouter encore plus de musique. C'est plutôt le cas de ce second album de Yeti.

Yeti est un groupe formé autour de John Hassal, anciennement bassiste de feu les Libertines. Et cela me donne envie de faire une parenthèse pour parler des Libertines, justement. Malgré tout ce que l'on peut trouver à redire de ce groupe, il faut avouer qu'il a été l'un des gros piliers (si ce n'est le pilier central) de la renaissance pop en angleterre, aux côtés des Coral et autres satellites. Somme toute, l'associer à la vague des "groupes en the" de 2000 (à l'époque, souvenez vous, on rangeait dans cette catégorie aussi bien The White Stripes que The Strokes, The Coral, The Libertines, (The) Interpol (lol mais véridique), ou même The Vines et The Hives). Force est de constater que cette "vague" s'est tellement scindée qu'elle parait illusoire de nos jours, huit ans plus tard. Le véritable courant (celui qui nous intéresse aujourd'hui, qui plus est) est donc celui des Libertines et des Coral: des groupes qui ont écouté les Beatles. Oubliez toutes les influences ponk des Libertines, et oubliez qu'ils ont été produits par Mick Jones, on s'en bat l'oeil, le "revival punk" n'ayant aucun sens, concentrons nous sur la pop là dedans. Après huit années, on se rend aisément compte que le punk des Libertines n'était qu'une façon de percer dans la gelatine Spice Girlesque de la fin des années 90, une façon de se faire entendre, et on s'aperçoit que la pierre angulaire des chansons de Pete Doherty (et de Carl Barat dans une moindre mesure) ce sont des suites d'accords, et un chant décontracté à la coule, souvent, qui, d'ailleurs, et les fans s'en souviendront, avaient valu à Doherty d'être préféré lorsqu'il jouait ses chansons sur une guitare acoustique, tel un "héros folk des temps modernes" (n'exagérons pas, tout de même).

Pete Doherty l'a prouvé avec ses Babyshambles, il a une ambition pop avant tout, et son premier groupe, tel les Beatles, quarante ans plus tot, a été le moteur d'une dynamique pop en Angleterre, et comme les Beatles, après avoir rendu son dernier souffle (je précise très vite que la comparaison avec les Beatles est du domaine de l'importance dans un mouvement, et pas de la qualité intrinsèque des compositions ou quoi ou qu'est ce), le groupe a donné naissance à de nouveaux groupes: Pete Doherty et son groupe (lui, donc) Babyshambles, Carl Barat et ses Dirty Pretty Things (encore plus insipides que les Wings), et John Hassal en chantre pop folk, tel un George Harrison, discret, carré, un peu dans les nuages.

Si je reviens sur tout cela, c'est aussi pour féliciter ces groupes (les Libertines les premiers) qui ont à la fois redonné un enthousiasme pop en Angleterre mais aussi dans nos lycées, et ont assuré une descendance solide avec des gens comme Alex Turner et Miles Kane (Arctic Monkeys / Last Shadow Puppets). Je ne suis pas particulièrement client de tous ces groupes et j'y fais mon marché (Yeti/Coral) mais j'applaudis le renouveau, l'envie, et la diversité.
Voilà pour ma parenthèse.


Yeti donc se compose de ces types là:

* John Hassall, chant/guitare
Image

* Brendan Kersey, basse
* Andy Deian Jung, guitare
* Harmony Williams, guitare
* Graham Blacow, batteur

Les morceaux sont composés en majorité par Hassal et en minorité par Williams, qui se partagent la tâche du chant, mais le groupe tout entier assure les harmonices vocales (très réussies) omniprésentes dans leur musique dont l'inspiration principale vient directement de la pop anglaise des années 60 (Beatles, Who...). Mais, là où leur premier album (Yume! - sorti l'année dernière) pèchait par un certain manque de folie ou d'originalité, The Legend of Yeti Gonzales se démarque de par sa diversité (on sent des influences américaines de folk et country music dans certaines compositions, et on pense parfois au Dylan de Blonde on Blonde dans l'esprit) et son humour (la dernière chanson, cachée, jouée à moitié en se marrant et qui cite Star Wars est nécessaire et inutile à la fois).

Nouvelle parenthèse ici pour parler de deux choses qui me paraissent significatives et à la fois obsolètes dans la pop. Je veux parler tout d'abord des chansons cachées. Les chansons placées sur la dernière piste, après au moins 6 minutes de silence. Ces morceaux souvent inutiles, mais tout de même indispensables parce qu'ils nous ont un jour, lorsque l'on était de jeunes boutonneux découvrant la musique pop, paru "génie", "trop fun", "culte". Il arrive que l'on ne se souvienne d'un disque que par son morceau caché idiot.
Loin de moi l'envie de glorifier une utilisation qui ne devrait rester qu'occasionnelle, mais tout de même, ce genre de chose fait selon moi partie du plaisir d'écouter des disques pour jeunes.
L'autre élément important dans la pop, c'est la référence à la pop culture. Quand Donovan chante Sunshine Superman et fait allusion à Green Lantern, eh bien je bande. C'est un peu gros, mais cela résume bien mon propos. Les choses trop sérieuses, qui se prennent trop au sérieux, ça finit souvent mal, ou vite. Lorsque l'on fait de la pop, il faut de temps en temps se rappeler ce qu'on fout là, et à qui l'on s'adresse. Et moi j'adore les gens qui parlent de ce qui m'intéresse. Les chansons sur les choses de son temps, ou sur les filles, c'est chouette, mais de temps en temps, parler de ce qui les intéresse vraiment (la musique, la pop culture, leurs amplis, leurs caisses, leurs pompes à vélo...)ne fait pas de mal aux songwriters pop. Finalement, c'est comme ça que la culture jeune est née avec le rock'n roll (ces types là parlaient de gros cylindres et de petites pépées).
Fin de la seconde parenthèse.

Yeti suit toutes ces règles que j'expose, mais sans jamais en faire trop. Ils consacrent une chanson à Shane McGowan, font une chanson cachée débile sur Star Wars, et à la fois sont extrêmement efficaces tout en évitant de "sonner exactement comme". Obvious-Lee et Never lose your sense of wonder (le premier single) sont des tubes très efficaces, mais le groupe de distingue d'autant plus sur leur tout nouveau single Don't go back to the one you love, plus complexe (le clip est étonnant, aussi) et très prenant.
En somme, je suis très heureux que les Libertines aient existé, mais surtout qu'ils aient splitté, parce que ce groupe me donne envie de me tourner vers l'Angleterre, que j'avais laissée de côté depuis très longtemps.
J'attends impatiemment la suite.

[Vise un peu] Angil Was A Cat

"En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées," cet axiome transposé en 2008, et appliqué au domaine réservé de la distribution musicale, ça donnerait quelque chose comme "En France, on n'a pas Trent Reznor, mais on a Angil."

On a beaucoup parlé d'innovations dans le domaine de la distribution musicale, ou du rapport entre les groupes et leurs labels, notamment autour de Radiohead, et de la mise en vente de leur dernier album sur Internet au prix choisi par l'internaute. Et cette effervescence a été très intéressante, mais aussi très mercantile, finalement, quand, de ce côté-ci de la Manche (ou de l'Atlantique), Mickaël Mottet et ses amis Hiddentracks s'évertuaient à trouver le moyen de satisfaire leurs fans d'une façon encore plus folle: achetez leur un seul article (à un prix déjà dérisoire) et repartez inscrit sur la Hiddenlist, regroupant emails, et coordonnées des Hiddenlistiens, afin de correspondre avec eux.

En premier lieu, vous recevrez des newsletters signées de la main même de Mickaël et truffées de surprises (affiches, mp3s de concerts donnés par le groupe, ou de projets parallèles,...). Et puis très vite vous vous rendre compte que des cadeaux très concrets viendront frapper à votre porte, et un beau matin, vous recevrez un colis comprenant le dernier disque d'Angil (dont il est question ici) au format Vinyl (!) accompagné de deux albums de groupes présents sur le label We are Unique Records, et de deux marque-pages Angil & The Hiddentracks. Que demande le peuple ? Des clés USB ?

Et c'est sans compter sur la créativité du groupe, dont chaque concert est unique (les morceaux sont interprétés différemment à chaque fois), dont les projets parallèles sont réguliers (le supergroupe The John Venture de l'an dernier, qui regroupait Angil et B R OAD WAY, ou cette année Jerri, regroupant Angil et Deschannel), et qui n'hésite pas à partir en tournée avec les chansons d'un autre (celles de Stephen Malkmus, en l'occurence, lors de la récente tournée Angil plays Wowee Zowee). Le groupe tourne très régulièrement, passant plusieurs fois par an dans chaque coin de France, et la variété de leur palette empêche les fans de se lasser.

Mais n'allez pas croire qu'une telle note puisse ne récompenser qu'une démarche artistique ou autre démarche commerçante, non, ceci n'était destiné qu'à vous placer dans le contexte. Cette note, c'est la musique qui la mérite, et pas seulement Angil, puisque ce disque est en quelque sorte une collaboration.

Tout d'abord il y a un autre disque:
King Kong Was A Cat, disque éponyme, projet solo du guitariste de Melatonine, Mathieu Lozinguez, et sorti lui aussi sur We Are Unique Records, est un album instrumental d'électro-pop, sur lequel Mickaël a décidé de choisir quatre pistes, de les renommer après avoir écrit des paroles et de poser un flow hip hop marqué par son phrasé particulier, intégrant aux déjà très bons instrumentaux quelques samples humoristiquement utilisés, et un propos tantôt comique tantôt sérieux lorsqu'il se penche sur le cas du Jazz dans le dernier morceau:

1. Overkill Bill
2. Song for D.G.
3. Brighton's Two Words of the Day
4. The Shame of Jazz To Cope

Plutôt que de vous décrire en détail ces quatre collaborations, je vais vous dire carrément qu'elles forment le Maxi le plus fou, dansant et ingénieux de l'année, et vous prier de ne pas y réfléchir à deux fois pour écouter au plus vite le meilleur de l'électro hip hop Français (chanté en Anglais, hein, tout de même) actuel.

Maintenant, montez le volume et faites cracher les basses!

Big Bang

Salut, les jeunes. Je m'appelle Joe, et mon souci majeur est de faire partager à tout un tas d'inconnus avisés le plaisir que je ressens face à un bon vieux disque.
Vous vous familiarisez vite avec mes catégories d'articles (si vous ne comprenez pas, vous pouvez toujours demander, eh, je suis un type de chair et d'os, je vous répondrai, pas de problème), et j'espère que vous vous sentirez vite chez vous ici.

N'hésitez pas à commenter mes divagations, quitte à descendre en flammes mes théories fumeuses ou mes goûts douteux.
Et pensez aussi à parler de ce blog à vos BFFs et autres camarades.

Il ne me reste plus qu'à citer la religieuse la plus POP et à vous dire "YALLA"